23.10.2009

L'anniversaire de Kir Boulytchov

Dans notre précédente note, nous faisions la critique d'une oeuvre pour la jeunesse de Kir Boulytchov, appartenant au cycle des aventures d'Alice.

Il se trouve que ce mois, on fêtait en Russie les 75 ans de Kir Boulytchov. Du coup, le supplément littéraire du journal Nezavisimaya Gazeta (Независимая газета), NG Ex Libris, s'est fendu d'une pleine page sur cet auteur mort en 2003, afin de lui rendre hommage (merci au passage à Michel Niqueux qui nous l'a signalée).

C'est pour l'auteur de cet article, Andreï Chtcherbak-Joukov, l'occasion de se souvenir de sa jeunesse, et de rappeler combien de petits enfants, dans les années 1980, ont pu être amoureux de Natalya Gousseva, ou plutôt d'Alice, son personnage, dans la série de téléfilms qui lui a été alors consacrés.

 

selezneva-01092008231913PwI_middle.jpg

Natalya Gousseva dans le rôle d'Alice en 1985

 

232240.jpg
selezneva_302_01_05.jpg

Kir Boulytchov et Natalya Mourachkevitch (Gousseva)

 

Profitons-en donc pour en montrer ici un extrait, en rappelant que c'est un téléfilm, que cela date de 1985 et que les trucages sont donc faits de bouts de ficelles (on se demande même ce que viennent faire des tie-fighters de Star Wars dans le décor...). Il n'empêche que ces histoires dégageaient un charme fou. Et faire rêver dans le monde de morosité qu'était l'URSS finissante, cela relevait tout de même de la gageure.

 

20.10.2009

Kir Boultychov - Mission sur la planète morte

Kir Boulytchov est un auteur que tous les habitants de l'ex-URSS connaissent. En premier lieu parce qu'il fut un grand auteur de Science Fiction, et nous espérons que la nouvelle que nous avons publié de lui dans Dimension URSS vous aura donné une idée de son talent. Sa SF est hors-normes, sentimentale sans être pour autant niaise. Boulytchov savait faire rêver, et c'est sans doute pour cela qu'il a su bercer l'enfance de millions de petits Soviétiques avec les aventures d'Alice, la petite fille qui a toujours de la chance.

En France, un seul des romans de ce cycle a été traduit, en 1979, Mission sur la planète morte, dont le titre original est en fait L'Anniversaire d'Alice (День рождения Алисы).

 

Boulytchev2.jpg

Cette première édition dut avoir un certain succès puisqu'elle fut suivi d'une autre, en 1982. Alice est une petite fille de 10 ans, dont les capacités dépassent largement ce que son père, un directeur de zoo, est capable d'imaginer. Courageuse, voire intrépide, elle n'hésite pas à braver les interdits pour partir à l'aventure.

Dans ce roman-là, Kir Boulytchov montre les hésitations du père, justement, concernant le cadeau qu'il pourrait offrir à sa fille pour son anniversaire. Mais un ami de la famille, le gigantesque Gromoziek, un archéologue doté de huit yeux, autant de tentacules et trois coeurs, lui ôte cette épine du pied en invitant Alice à venir faire un séjour sur la planète Koléide, où se déroulent de vastes investigations autour d'une civilisation disparue, vraisemblablement victime, il y a un siècle, d'une peste cosmique.

Mais le cadeau de Gromoziek n'est pas sans arrière pensées. Car il embarque aussi avec lui une équipe de l'Institut du Temps, qui garde avec elle une machine capable de remonter le temps. Et comme de fait exprès, les anciens habitant de Koléide sont parfaitement humanoïdes, à ceci près qu'ils sont deux fois plus petits que nous, et que donc seule Alice pourrait passer auprès d'eux pour un individu normal...

Il se pourrait bien, donc que Gromoziek n'ait pas seulement pour ambition de fouiller cette planète morte, mais aussi de la faire revivre.

Il est bien dommage que la traduction de Nina Weinfeld ne soit pas à la hauteur du style de Kir Boulytchov. Certes, l'auteur écrit de façon simple, pour un public jeune (entre 6 et 11 maximum), mais certainement pas d'une manière aussi lourde que cela est rendu notamment dans la première partie. Cela est bien dommage car le récit excèle dans l'humour, dans des dialogues vifs qui poussent le lecteur à sourire en permanence.

Kir Boulytchov dévoile ici toute l'ampleur de son imagination, avec un récit qui, bien que court, arrive à employer en même temps les motifs de l'exploration spatiale, du voyage dans le temps, des cultures extra-terrestres, formant un mélange qui bien sûr est scientifiquement incorrect, mais qui surtout est riche en couleurs, en merveilles, en aventures. Rien d'étonnant donc à ce que ce roman ait déjà plusieurs fois fait l'objet d'adaptations, notamment en dessin animé, et ce encore tout récemment.

 

On pourra lire d'autres aventures d'Alice dans la nouvelle (en fait une suite de courts récits) "La Petite fille qui a toujours de la chance", publiée dans Lettres Soviétiques, 1983, n°296, p. 171-181.

Une autre nouvelle pour enfants a aussi été traduite dans la même revue: "Deux Billets pour l'Inde", Lettres Soviétiques, 1987, n°342, p. 79-112.

Enfin un port-folio d'illustrations des aventures d'Alice par Olena Zenitch a été publié par la revue Antarès dans son numéro 34 de 1989.

 

A voir aussi l'avis de Herveline (chez Soleil Vert) sur Mission sur la planète morte.



07.05.2009

Vladislav Krapivine - Les Enfants du flamant bleu

Drôle de défi qu'on tenu à reveler les éditions Delahaye (l'éditeur du célèbre illustrateur du scoutisme Pierre Joubert): publier de nos jours les oeuvres pour la jeunesse d'un auteur soviétique, Vladislav Krapivine. Pire, non seulement Krapivine écrivait pour la jeunesse, était soviétique, mais aussi écrivait de la Science Fiction et de la Fantasy...

Mais Krapivine n'est pas n'importe qui. Immensément célèbre encore maintenant en Russie, il est traduit en de très nombreuses langues, et seule la France semblait jusqu'ici l'ignorer. Pourtant, il n'y a rien de plus périssable qu'une oeuvre de littérature pour la jeunesse: des romans sans téléphones portables, sans ordinateurs, sans télévision même sont-ils donc encore recevables de nos jours? La réponse est, à nos yeux, bien évidemment oui. Prenons l'exemple du premier paru, Les Enfants du flamant bleu (Дети синего фламинго) paru initialement en en 1982 mais édité donc par Delahaye en 2004, sous une traduction de François Doillon, Tatiana Movtchan et Julien Tissen.

ArtHENFABig.jpg
Génia est un petit garçon comme les autres. Âgé de 11 ans, il passe son temps libre à jouer au chevalier avec ses camarades, s'étant fabriqué pour l'occasion des armes en bois. Mais voilà qu'un homme étrange lui fait croire qu'il le prend pour un authentique chevalier, et lui demande de venir l'aider à débarrasser une île mystérieuse, Dvid, du dragon qui oppresse sa population.
Après avoir hésité, Génia n'écoute que sa générosité et suit l'inconnu vers cette île invisible.
Il y découvre ainsi une société gérée par un gouverneur à l'apparence débonnaire, et qui semble jouir de la paix et de la prospérité. Mais il se rend vite compte que cette situation de bonheur apparent à un revers: aucun écart par rapport à l'ordre établi ne peut être toléré. Ainsi, même les enfants ne peuvent rire trop fort ou jouer entre eux. Le stade de l'adolescence a par ailleurs totalement disparu, les enfants se transformant subitement en adultes accomplis. Il faut dire qu'ils vivent tous sous la menace de ce fameux dragon, qui paraît-il, les puniraient si l'ordre venait à être modifié. Comme le dit le gouverneur: "Il faut bien tenir les enfants dans la crainte, pour qu'ils ne se mettent pas en tête d'absurdes fantaisies. Autrement, qu'est-ce qu'on aura? D'abord ils vont sauter, courir et rigoler outre mesure, puis ils vont inventer des jeux interdits, puis quelqu'un va trouver que l'île manque de nouveauté... Et à la fin, quelqu'un pourrait avoir envie de changer cette vie..."

Génia va toutefois accepter de combattre le dragon. Mais le combat sera une mascarade: face à l'immensité du monstre, le garçon effrayé prend la fuite; il est capturé par les hommes du gouverneur, et condamné à mort, pour l'exemple. Le tout était en fait soigneusement mis en scène pour dissuader quiconque de se rebeller.

Pour Génia parviendra à s'enfuir de sa geole, puis il rejoindra un groupe d'enfant, mené par un adolescent, tous échappés des orphelinats de l'île et souhaitant vivre à l'écart de cet ordre établi qu'ils jugent trop strict et cruel.

Vladislav Krapivine, dans ce roman qui se lit d'une traite, produit-là une belle ôde à l'enfance, et surtout au passage à l'adolescence. Il remanie des éléments bien connus de contes populaires (le dragon oppresseur, l'aide fantastique d'un oiseau merveilleux, l'île invisible), mais il s'en sert pour adresser des conseils à ses lecteurs, conseils dont le plus important est tout simplement: jouissez de votre libre arbitre. Les adultes ne sont pas toujours les mieux placer pour vous dire ce qui est bon pour vous, et la société des dits adultes n'est pas nécessairement parfaite. Il ne pousse cependant pas les enfants à la rébellion (même si, dans ce cas précis, Génia et les autres sont amenés à se rebeller), mais bien à réfléchir sur le modèle de société qu'on leur propose, et de ne pas hésiter à le refuser.

C'est là une réflexion surprenante, pour un roman publié en 1983 dans une Union soviétique dont la société est alors plus sclérosée et moraliste que jamais. Mais cette réflexion est bien intemporelle, et en cela, cette traduction, même tardive, est donc particulièrement bienvenue.

On regrettera toutefois que l'éditeur n'ait pas apporté plus de soin à la composition du livre, qui grouille de lignes veuves et orphelines, ainsi que de césure mal à propos. De même, il est dommage d'avoir choisi de reprendre les illustrations de la deuxième édition soviétique, et non de la première. En effet, primitivement en couleur, elles passent très mal lors d'une impression en noir et blanc.

Pour exemple, voici la même scène dans la première édition (à gauche) et dans la deuxième (à droite):

deti_sinego_flamingo_1_02b.gifdeti_sinego_flamingo_2_04b.jpg

De plus, toutes n'ont pas été reprises, alors qu'elles le méritaient (l'illustrateur, pour les deux éditions est Evguéni Medvedev).
Mais peu importe: c'est le texte qu'il faut lire, les images ne sont que superficielles. Faites lire Krapivine à vos enfants!

 

  • Broché: 269 pages
  • Editeur : Editions Delahaye
  • ISBN-10: 2350470067
  • ISBN-13: 978-2350470061

 

Et pour mémoire donc, les trois autres romans de Krapivine publiés depuis chez le même éditeur:

Le Poste sur le champ des ancres (2006)

ArtHPOSTEBig.jpg

Le Pigeonnier de Villenoix (2006)

ArtHPIGEONBig.jpg

et L'Etincelle vivante (2008)

ArtHETINCBig.jpg

Nous ne manquerons pas d'en faire la critique dès que possible.