05.12.2009

L'Épineux chemin des étoiles

Continuons un peu notre voyage dans l'univers de Kir Boulytchov, en nous attachant cette fois-ci à l'une de ses activités les plus importantes, celle de scénariste pour le cinéma. Car non seulement ses oeuvres ont été régulièrement adaptées, mais il a aussi travaillé à des scénarios inédits ou presque (le film dont nous allons parler ci-dessous ayant de fait une vague ressemblance avec une des nouvelles de Kir Boulytchov).

Ainsi, en 1981, les studios Gorki ont sorti le film L'Épineux chemin des étoiles ( Через тернии к звёздам), connu aussi en anglais sous les titres The Hard way to the stars ou The Thorny way to the stars. Ce film de Richard Viktorov, en deux parties et d'une durée totale de 2h20, n'est jamais sorti en France, bien qu'apparemment il ait été diffusé au Canada avec un titre français (Dans les Épines vers les étoiles).

Résumons un peu. Un vaisseau spatial rencontre par hasard l'épave d'un vaisseau inconnu. Lors de l'exploration de celui, l'équipage découvre les cadavres d'humanoïdes dans une sorte de laboratoire de clonage, et, à leur grande surprise, une survivante restée dans une combinaison spatiale alors que le vaisseau inconnu a été endommagée il y a au moins plusieurs mois.

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La survivante en question s'avère être une jeune femme, grande et filiforme, incapable de parler et pourtant douée d'étrange pouvoirs, comme la téléportation ou la faculté de mouvoir les objets à distance. Très vite, on se rend compte qu'elle est artificielle, et qu'il est possible, à l'aide d'un appareil électronique, de contrôler son corps contre son gré.

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Un scientifique propose alors de la placer dans un milieu humain agréable et sans contraintes, afin de l'amener petit à petit à communiquer. Bien évidemment, il s'agira de sa maison et de sa propre famille, autrement dit, ses parents, l'inévitable robot domestique, et surtout son fils, d'une vingtaine d'années, un cadet de l'espace qui ne tardera pas à éprouver des sentiments pour la jeune inconnue.

 

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Une maison du futur à la mode soviétique...

 

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... et le robot domestique, très efficace malgré son apparence, car doté d'un IA rudimentaire.

Petit à petit, la jeune femme va retrouver la mémoire, et se souvenir qu'elle vient d'une planète cauchemardesque, presque totalement détruite par la pollution, et sur laquelle les habitants, réfugiés sous terre, ne peuvent plus sortir qu'avec un masque à gaz.

 

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Le degré de pollution est si fort que nombre d'enfants naissent avec des déformations, y compris au visage, ce qui les obligent à vivre en portant un masque aux traits neutres.

 

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Comme de fait exprès, une délégation venue de ce monde est présente sur Terre, afin de demander une assistance scientifique. Et un vaisseau expérimental, spécialisé dans les travaux de dépollution, va être envoyé, avec bien sûr à son bord le jeune cadet, et notre inconnue, parvenue à y monter clandestinement et finalement acceptée par l'équipage.

Drôle de film que celui-là. D'abord parce qu'il est d'une laideur absolue. La photographie est immonde, et le montage semble avoir été fait à la hache. Enfin la réalisation est d'une platitude extraordinaire. Et pourtant, les acteurs sont excellents, les trucages impécables pour l'époque et surtout pour une production qui ne bénéficie pas de moyens hollywoodiens: nous sommes ici dans le royaume de la débrouille, et finalement, ça passe bien.

Mais ce qui fait tout l'intérêt de L'Épineux chemin des étoiles, est son scénario. Qui n'a pas pris une ride. Certes, le message politique qui se dessine dans la seconde partie est simplitiste, mais il faut bien dire que le film a été produit par la branche des studios Gorki spécialisée dans le cinéma pour enfants. Ce qui importe surtout est l'aspect écologique: ce film fait peur. Il parle de la pollution chimique de l'atmosphère, de l'effet de serre, de la disparition de la vie du fait des activités humaines, en montrant un monde qui pourrait être le nôtre dans quelques décennies. Rappelons que nous sommes en 1981, et qu'à l'époque, le message écologique est encore rare dans la Science Fiction, si l'on fait exception de l'oeuvre de John Brunner (Tous à Zanzibar, Le Troupeau aveugle...) et des auteurs "politiques" français. Le seul film antérieur qui soit chargé d'un message aussi fort restant l'excellent et hélas trop méconnu Silent Running de Douglas Trumbull.

Ce qui frappe aussi le spectateur est la précision de l'arrière plan culturel, une précision qui n'est pas démonstrative: tout passe comme au naturel. Ainsi , par exemple, voit-on des gens employer de manière routinière une base de données informatisée, d'autres vivant dans une maison dont la domotique est particulièrement avancée tout en proposant un cadre traditionnel (le bois est omniprésent). Le vaisseau spatial lui-même est développé sous forme de soucoupe (car dans l'espace un "avant" et un "arrière" n'ont aucun sens). Rien n'est invraisemblable dans ce film, qui du coup vaut largement le détour.


Comme nous l'avons dit plus, le film n'est jamais sorti en France, et la compagnie RUSCICO ne l'a pas encore intégré à son catalogue.

Il est par contre possible de télécharger les deux parties, avec un bon sous-titrage anglais ici et . Pour cela, recopiez dans la petite fenêtre proposée le code indiqué sur un dessin variable, puis cliquez sur "СКАЧАТЬ". Dans les deux cas, une nouvelle fenêtre s'ouvrira, vous proposant un lien: il suffit alors d'y faire un clic droit, puis "enregistrer sous". Attention, le temps de téléchargement peut être très long (quelques heures).

01.09.2009

Loukianenko et Bekmambetov travaillent à nouveau ensemble

Voilà une petite information que nous avions laissée passer, mais qui pourtant a été dévoilée en mai dernier, lors du festival "Aelita" à Ekaterinbourg: Sergueï Loukianenko est en train de travailler à un scénario pour Timur Bekmambetov, déjà réalisateur de Nightwatch et Daywatch.

Le projet s'appelle pour l'instant L'Homme d'or (Золотой человек), et l'on sait juste que ce sera une production russo-kazakh, à très gros budjet, sans doute un film d'action fantastique.

16.07.2009

Arkadi et Boris Strougatski - La Sorcière: un texte inédit

Nous vous en parlions il y a quelques temps, les frères Strougatski ont reçu en mai dernier un prix pour un récit inédit, La Sorcière (Ведьма), découvert dans les archives d'Arkadi, léguées à sa fille, par leur biographe, Ant Skalandis, et publié dans le n°2 de 2008 (avril) de la revue L'Art du cinéma (Искусство кино).

En réalité, le texte fut écrit au début de 1981 par le seul Arkadi, à la demande d'Andreï Tarkovski, Boris ayant refusé de travailler sur ce scénario, le projet étant examiné seulement au travers d'une correspondance. Le texte écrit par Arkadi était donc considéré perdu. Et cette publication inattendue a permis en définitive de découvrir une des premières ébauches de ce qui deviendra, après le passage de Tarkovski à l'Ouest, Le Sacrifice.

Le texte d'Arkadi Strougatski a pour personnage central (on ne peut parler de héros) Maxime Akromis, professeur reconnu de philosophie. La doctrine pronée par Akromis est le thanatisme: la mort serait le vrai but de la vie, il ne faudrait donc pas en avoir peur. "Mesdames, messieurs, rejetez votre peur de la mort car le plus intéressant et le plus beau nous attend là-bas, au-delà du seuil de Thanatos", dit-il notamment lors d'une émission de télévision. Mais le docteur du philosophe lui annonce qu'il est atteint d'un cancer, et qu'il peut en mourir très rapidement.

Plus tard, un inconnu lui téléphone et lui annonce qu'il peut être sauvé s'il arrive à séduire et coucher avec une jeune sorcière, dont on lui fournit les coordonnées. S'ensuivra un ballet amoureux entre le philosophe désespéré, contre-exemple de ses propres opinions, et la sorcière, séduisante et énigmatique renarde.


La parenté avec ce qui deviendra la scénario définitif d'Andrei Tarkovski est certaine: on retrouve l'idée d'amour charnel salvateur, entre une sorcière et un homme. Mais alors qu'Alexandre, dans le scénario définitif, ancien comédien, croit sauver le monde par cet acte, chez Strougatski, c'est-lui même que le personnage sauve, contre la maladie, et surtout contre ses propres idées. La portée des deux récits n'est donc pas du tout la même: alors qu'Arkadi Strougatski se fait intimiste, Tarkovski se veut plus universel.  De même, le récit d'Arkadi Strougatski se veut ouvertement fantastique, alors que celui de Tarkovski reste dans l'incertitude: son héros est finalement considéré comme fou. Il n'empêche que ce scénario, refusé par le cinéaste, est un bien beau texte, parfaitement lisible en tant que tel, et qui méritait bien le prix reçu.

21.06.2009

L'Île habitée - le film: une critique

Il nous aura fallu du temps pour livrer ici notre propre avis sur le film L'Île habitée, adapté du roman du même nom d'Arkadi et Boris Strougatski, surtout après avoir essayé de donner une synthèse des différents avis jusqu'ici exprimés en Russie; mais nous tenions à avoir aussi le deuxième volume (puisque le film est en deux parties) pour voir l'ensemble en un tout cohérent.

Résumons un peu l'histoire. Maxime Kammerer est un jeune homme qui vit sur une Terre du futur qui semble être un véritable paradis. Lui-même est, de ce fait, une sorte de surhomme, pas nécessairement plus intelligent qu'un autre, mais physiquement quasi-invulnérable et doté des meilleures connaissances scientifiques. Un jour qu'il est dans l'espace à bord d'un petit vaisseau, il subit une avarie qui le force à s'écraser sur la planète Sarakch, une planète jusqu'ici non-explorée. Et le voilà qui découvre un Etat dont l'organisation politique se rapproche du fascisme, qui peine à se relever d'une guerre meurtrière, et surtout qui contrôle ses habitants à l'aide de tours émétrices qui augmente considérablement et artificiellement leur fidélité au régime. Maxime, qui n'a quasiment aucune éducation politique, en bon ingénu qu'il est, se retrouve ainsi soldat dans la Garde de Combat, puis, prenant conscience des actions injustes qu'elle mène, il déserte et rejoint la résistance, avant, en définitive, de chercher son propre chemin et d'essayer d'améliorer la situation de ce monde.

Force est de reconnaître que l'essentiel des reproches jusqu'ici adressés à Fedor Bondartchouk sont injustifiés. Le réalisateur livre ici une adaptation particulièrement fidèle de l'oeuvre des Strougatski. Son film est donc riche en détails signifiants, qui font que l'on peut le revoir avec plaisir et en découvrir de nouveaux aspects. Fidèle, Bondartchouk l'est aussi avec l'esprit de l'oeuvre. Et c'est là un paradoxe: alors qu'il est lui-même un admirateur de Vladimir Poutine, il livre un film qui se pose en étonnante allégorie de la Russie actuelle, un empire sur le déclin, qui a perdu ses anciens Etats dépendants et qui cherche malgré tout à survivre dans un orgueil mal placé.

Cette fidélité a été aussi jusqu'à respecter des détails pourtant difficilement transposables à l'écran, ainsi l'horizon courbe qui caractérise ce monde. Dû à une atmosphère particulière à l'indice de réfractométrie négatif, il fait que les habitants de Sarakch croient vivre sur un monde en forme de coupe. De même, le ciel, dont la luminosité donne presque mal aux yeux, leur est définitivement opaque: ils n'ont aucune idée de ce qu'est une étoile.


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Lui et ses scénaristes, les époux Diatchenko, ont aussi poussé la fidélité jusqu'à chercher des éléments qui ne se trouvent pas dans ce roman, mais dans d'autres appartenant aussi à l'univers du Midi. Par exemple, les vaisseaux spatiaux des Strougatski sont semi-vivants, ce que Bondartchouk a rendu par une image (hélas furtive) surprenante:


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Le choix des acteurs, lui aussi souvent critiqué, est en fait particulièrement pertinant. Ainsi, Maxime, campé par Vassili Stepanov. On a parfois écrit que Stepanov n'avait pour lui qu'une gueule de bellâtre. Pourtant il colle particulièrement bien dans un rôle d'ingénu parfait.
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Autres acteurs surprenants, Ioulia Snigir (Rada Gal) et Fiodor Bondartchouk lui-même (le Procureur). Ioulia Snigir arrive à faire vivre un personnage à la base particulièrement fade en lui donnant un charme fou; alors que Bondartchouk fait un Procureur très humain, avec ses qualités et ses défauts. Il est sans doute le personnage le plus intéressant du film.
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Enfin, pour assoir sa mise en scène, Bondartchouk et son équipe ont volontairement fait appel à des influences issues de grands films ou de grands réalisateurs de Science Fiction.
Ainsi, à Terry Gilliam et son Brazil ou son Armée des 12 singes:
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De même, les scènes urbaines sont un hommage à peine masqué au Blade Runner de Ridley Scott:
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Enfin, on y a ajouté un zest de Clive Barker (avec le personnage de Sorcier):
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Et pour bien faire, une touche de Matrix dans le combat final:
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Mais Bondartchouk ne se contente pas de copier ses maîtres: il reprend tous ces éléments et les fait fondre dans un même moule qui donne en définitive une oeuvre unique, certes pas novatrice dans sa mise en scène, mais efficace et intelligente. Alternant scènes calmes et passages d'action, il ne laisse pas le temps au spectateur, malgré la durée totale de 3h53, de s'ennuyer, l'action allant crescendo jusqu'à une scène finale très longue mais ébouriffante, qui certes doit beaucoup à Matrix, mais en bouscule largement les codes. Ici, nous n'avons pas le droit à la traditionnelle scène où l'un des deux combattant affiche un remarquable sang froid. Les deux protagonistes, tous deux sûrs de leur bon droit, se laissent aller à une fureur dévastatrice.
On notera pour finir le soin constant apporté aux décors et aux costumes, superbes, et là encore à la richesse de détails de l'environnement. Seul bémol: la musique, banale, voire même hideuse. Fort heureusement, nous n'avons pas là un film hollywoodien: la dite musique n'est pas omniprésente.
L'Île habitée s'avère donc être, à défaut d'un chef d'oeuvre, un très bon film, sans doute le meilleur film de Science Fiction réalisé depuis longtemps.
Il ne reste plus qu'à le diffuser en France!

20.02.2009

L'Île habitée - le film, l'avis de Boris Strougatski

Nous vous avons déjà signalé plusieurs fois (ici et ) les querelles que soulèvent en Russie le film L'Île habitée, de Fiodor Bondartchouk, basé sur l'oeuvre d'Arkadi et Boris Strougatski.

Depuis, nous n'y sommes pas allés par quatre chemins et avons directement demandé à Boris Strougatski ce qu'il pense de cette oeuvre. Voici sa réponse:


"C'est absolument la meilleure de toutes les ADAPTATIONS de nos livres à l'écran : la plus exacte, la plus fine de toutes. J'estime qu'elle mérite facilement 4 sur 5 (1). Maxime est très bon, il est notamment tel que les auteurs du livre se l'imaginaient. Le Procureur, le Pèlerin et Zef sont réussis aussi. Certes, la saveur hollywoodienne est très forte, mais à mon avis ce n'est pas très grave : j'aime Hollywood."

(Courrier du 18 février dernier).

Notez combien Boris Strougatski insiste sur le mot "adaptation". Mais voilà qui est bien rassurant quand même.


(1) en Russie, la notation des copies se fait sur 5.

03.02.2009

Wolfhound / Volkodav

Une fois encore, nous allons nous permettre une petite incursion hors de la littérature, juste pour pouvoir présenter au public français ce qui lui est pour l'instant inconnu (et nous l'espérons, le restera encore longtemps), la BCF (Big Commercial Fantasy) à la russe.

Pour être honnêtes, nous n'avons pas lu le roman de Maria Semionova.

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Et pour être honnêtes aussi, nous n'avons guère l'intention de le lire, s'il est du même niveau que le film qui en a été tiré, et qui vient de sortir en DVD en France sous le titre de Wolfhound.
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Oui, vous lisez bien: Wolfhound, et non Volkodav, car la version française de ce film semble avoir été faite à partir de la version anglaise (ça coûte toujours moins cher en frais de traduction). Ainsi les noms des personnages sont translitérés à l'anglaise (par exemple Zhadoba au lieu de Jadoba), quand ils ne sont pas laissés tels quels ("Maneater" au lieu de "Cannibale").
Mais passons sur ces petits détails un tantinet agaçants et concentrons-nous sur l'essentiel. De quoi s'agit-il?
Le plus simple est encore de citer le synopsis fourni:
"Enfant, Wolfhound est témoin de l'assassinat de tous les membres de son clan par Zhadoba, le chef sanguinaire d'une armée de barbares. Réduit à l'esclavage, il devient un redoutable guerrier. Devenu libre, il n'a qu'une obsession : venger la mort de son clan. Il prend sous sa protection Elen, une princesse poursuivie par le même ennemi, et un jeune esclave. Ensemble, ils vont vivre des aventures fantastiques et vont devoir affronter tous les dangers."
Là, les amateurs de littérature de l'imaginaire peuvent d'emblée faire des bonds... Serait-ce un plagiat, ou une parodie, de Conan le Barbare(1)?
Pas le moins du monde.
De même, en avançant dans le film, on découvre le faciès du grand méchant Zhadoba (car dans la BCF il y a toujours un grand méchant). Et là en encore, les mêmes amateurs peuvent refaire des bonds... Serait-ce une reprise du tristissime Skeletor des Maîtres de l'Univers?
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Là encore, pas le moins du monde.

Car les références de ce cinéma russe sont autres.
En effet, la trame de Volkodav suit de plus ou moins loin celle d'un autre film, de 1944, à savoir Kochtcheï L'immortel (Кащей Бессмертный), du maître soviétique du film fantastique, Alexandre Roou.
Jugez-en:
Kochtcheï et ses troupes attaquent un village, le brûlent, massacrent tout le monde en enlevant une jolie jeune fille. Le héros arrive trop tard et part à la recherche de Kochtcheï.
Zhadoba et ses troupes attaquent un village, le brûlent et massacrent tout le monde, sauf le héros, qui survit dans un mine, comme esclave, en se promettant de venger tout son monde.

Ici les histoires divergent: Volkodav se met au service d'une princesse, menacée par le grand méchant. Mais...
En cours de route, le héros s'arrête dans une ville et y sauve un condamné à mort, qui deviendra son compagnon de route.
En cours de route, le héros s'arrête dans un village et y sauve une condamnée à mort, qui deviendra sa compagne de route.

Dans les deux cas, les grands méchants ont un aspect squelettique. C'est d'ailleurs surtout valable pour Kochtcheï l'Immortel:
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Dans les deux cas, les répères des grands méchants sont situés au sommet d'une montagne rocheuse et sans vie, et on ne peut y accéder que par un pont de pierre (amovible dans le cas de Kochtcheï):

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Dans les deux cas, évidemment, le héros vaincra le grand méchant au cours d'une bataille dans laquelle magie et force brute sont intimement liées:

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(Kochtcheï se fait régulièrement couper la tête, mais celle-ci repousse...)

Et bien évidemment le héros est vainqueur et va pouvoir épouser la gentille princesse.

L'hommage au film de de Roou dans Volkodav est donc particulièrement évident, mais est-ce seulement un hommage? En effet, Kochtcheï l'Immortel est une adaptation relativement fidèle d'un conte populaire russe qui a déjà été adapté à plusieurs reprises, en opéra par Rimski-Korsakov, mais aussi en peinture par Vasnetsov:
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Mais de toute façon, qui dit conte populaire, dit forcément archétype. Et c'est bien là tout le problème de la BCF: c'est qu'elle fonctionne par archétypes le plus souvent grossiers. Avec Volkodav, nous sommes en plein dedans. Aucun cliché du genre, finalement, ne nous est épargné. Pourtant la réalisation est plus qu'honnête, les trucages impécables. On ne s'ennuie pas une seconde, tant l'action est présente (avec des épées qui font dzinng! et des coups qui font chlock!).
Mais le niveau de réflexion est singulièrement bas, pour ne pas dire réduit à zéro.


Puisque nous citons Kochtcheï L'immortel (Кащей Бессмертный), il est possible de visionner ce film très court (64 min.) directement en ligne. C'est un film accessible même aux non-russophones, tant l'intrigue est linéaire et le jeu des acteurs expressionniste (c'est un jeu digne du cinéma muet). Et c'est un régal pour les yeux, avec des trucages extraordinaires pour l'époque.


(1) Notons que l'éditeur du DVD ne s'y est pas trompé puisqu'il nous a collé, en guise de musique pour le menu, le O Fortuna des Carmina Burana de Carl Orff, musique par ailleurs totalement absente du film...

17.01.2009

L'Île habitée - le film: même les communistes s'en mêlent

Le film de Fiodor Bondartchouk n'en finit pas de faire des vagues et de soulever des protestations aussi diverses que variées. Même les communistes de la région de Saint-Pétersbourg protestent contre ce qui, selon eux, une vision diffamatoire de l'oeuvre.

Il est clair que ces braves gens n'ont absolument rien compris à l'oeuvre des frères Strougatski, puisque pour eux, Maxime Kammerer, le héros du roman et du film, ce surhomme naïf, est le parfait Komsomol ("Membre des Jeunesses Communistes"). C'est assurément vrai. Mais ce qu'ils n'ont pas saisi est que Sarakch n'est pas qu'une dictature fasciste, c'est aussi un portrait en noir de l'URSS et de ses dissidents.

On peut comprendre, certes, leur haine contre Bondartchouk, qui, rappelons-le, membre du parti au pouvoir Russie Unie, mais de là à rejeter toute l'oeuvre, à demander à Boris Strougatski de retirer son nom du film, et à appeler à son boycott, il y a un monde. De même, dire que l'acteur principal, Stepanov, du fait de son physique, serait juste bon à intégrer les "boudoirs des femmes lascives des oligarques" relève de l'absurde.

Ceci-dit, on peut se demander si ces camarades sont encore tout à fait sérieux, puisque leur appel s'achève par les mots suivants:

"Gloire éternelle aux internationalistes du futur et aux communiste des autres planètes!

Vive l'amitié fraternelle des communistes de Pétersbourg et de Sarakch!"


Intéressant, non?

 

08.01.2009

L'Île habitée - le film

 

Adapter au cinéma le grand classique de la Science Fiction russe qu'est L'Île habitée, des frères Strougatski, était un véritable défi. C'est celui qu'à voulu relever Fiodor Bondartchouk, à l'aide d'un budget colossal (plus de 35 millions de dollars, du jamais vu en Russie).

 

 

Cependant, les fans des Strougatski avaient de multiples raisons de s'inquiéter. D'abord du fait de la personnalité-même du réalisateur, qui n'a jamais caché, bien au contraire, la grande sympathie qu'il a pour le régime de Vladimir Poutine, qui, s'il n'est pas dictatorial, prend une tournure qui rappelle singulièrement la Sarakch du roman. De plus, la volonté affichée de tourner un « blockbuster » ne pouvait que faire peur.

Le film étant sorti le 1er janvier dernier, il est temps de faire une première revue de presse.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce film ne laisse personne indifférent. Si certaines craintes ont été écartées (sur le risque politique), le débat se porte sur les qualités esthétiques du film lui-même.

Sur le plan politique, tout le monde note que le film a une résonance particulière de nos jours, résonance qu'il n'aurait pas eu il y a seulement quelques années.

Selon le Russian Newsweek du 23 décembre, « le film raconte de gré ou de force encore ce qui se passe maintenant chez nous. Les créateurs de L'Île Habitée ne souhaitaient évidemment pas faire un film d'opposition. Mais ils ont produit par mégarde un tableau qui crée le modèle d'un futur possible en Russie. Il n'est pas encore question chez nous d'ennemis de l'intérieur, du moins de ceux que les chaînes de télévision officielles nommeraient 'avortons'. Mais voici que les extérieurs sont cultivés activement, et ce que sont Honti et Pandeia pour l'Empire des Pères Inconnus représentent, comme il est dit dans le film, nos provinces anciennes. [...] Mais [on] explique ailleurs l'idée actuelle que la lutte avec les ennemis du dehors est le meilleur moyen de détourner le peuple des problèmes intérieurs réels. De ceux que dans le pays possède réellement, des commandes militaires, de la corruption (c'est une nouveauté du film). On peut continuer la liste : des problèmes des pensions, du paiement des formations et de la médecine ».

Cependant, selon la Rossiskaya Gazeta du 29 décembre, « ce qui en dit plus sur l'atmosphère du totalitarisme est le son : c'est un film grondant, cliquetant, sifflant et éprouvant pour les nerfs ». De plus, pour la Nezvisimaya Gazeta du 25 décembre, le film s'élève juste au niveau d'un conte de fée, avec « le mal incarné, les scélérats féeriques, le beau chevalier sauvant la jeune fille aimée et de concert toute la planète. Chez les Strougatski, ce mal avait un prototype concret. Ici les créateurs du film tentent de s'en sortir avec des généralisations, donnant au film une sonorité philosophique intemporelle. Cependant cette sonorité philosophique ne peut pas être assourdissante. Tout sage est doux et non agressif. Voilà le conte de fée des producteurs: un blockbuster profond et philosophique. Mais le blockbuster peut être professionnel ou non professionnel, il peut être ou non stupide, simplement prenant et attrayant sous tous rapports, excepté un : il n'arrive pas réellement à la sagesse.

Les choix esthétiques sont donc aussi discutés. Ainsi, le Russian Newsweek note que les premiers doutes étaient dus au choix de Vassili Stepanov, un novice, pour le rôle de Maxime Kammerer. Mais, « Le premier volet du film l'a bien montré: Stepanov joue convenablement. [...] Conformément au roman, il se devait d'être comme tel: physiquement parfait, un vrai Aryen, similaire aux canons esthétiques masculins de Leni Riefenstahl, mais avec des convictions démocratiques ». Ca n'est toutefois pas l'avis du Rossiskaya Gazeta pour qui: « le débutant Vassili Stepanov est en effet un peu bizarre. Sur un plan général il est semblable à une sculpture animée. [...] Dans les scènes de combat, il n'a pas plus de personnalité que le Terminator de Schwarzenegger ». Voilà un avis partagé par la Nezvisimaya Gazeta: «  le personnage est exceptionnellement fané, malgré sa beauté indiscutable, son beau sourire et ses boucles blondasses. Il n'y a pas en lui d'idée et d'émotion authentique, et avec toute cette beauté, il serait aussi utilement parfait dans un dessin animé sur un Ivan-tsarévitch moderne semant le bien à l'aide de ses poings bien entraînés ».

Ce que la plupart des critiques notent est le soucis du détail apporté par Fiodor Bondartchouk dans sa mise en scène, le soucis de bien présenter la planète Sarakch, d'où l'idée finalement de faire un film en deux volets. Cependant, pour la Rossiskaya Gazeta, « étant resté coincé à mi-chemin entre la métaphore intellectuelle, tel qu'était le livre des Strougatski, et le banal thriller spatial, le film laisse une grande sensation d'être dévoué à sa tâche, mais en se basant sur un travail de réflexion inachevé. Déjà après une paire de jours après après sa sortie, il reste en mémoire une image de quelque chose de grondant et d'absolument surhumain. Mais le sens du roman, qui pendant la séance émergeait de temps en temps de ce cliquetis, s'est noyé en fin de compte dans les effets spéciaux ».

Que dire, devant des avis aussi tranchés? Que finalement il faut voir le film, et que pour cela il faudrait qu'il sorte en France...