08.11.2009
La guerre des genres n'a pas (vraiment) lieu
Le petit landerneau des littératures de l'Imaginaire français s'affole, depuis quelques semaines. Plus exactement depuis la parution d'une très belle anthologie de Serge Lehman, Retour sur l'horizon, publiée chez Denoël Lunes d'Encre.
Certes, la préface de Serge Lehman n'y est pas pour rien. Prônant une remise de la métaphysique au coeur des problématiques du genre, il a choqué, en gros, tous ceux qui ne demandent à la SF que de l'aventure et se moquent pas mal de philosophie, et ceux qui saisissent mal le concept même de métaphysique. S'y sont greffés d'autres débats, parfois très vifs et non moins actuels, dont le questionnement intéressant, sur le fait que les livres dûment estampillés « SF » se vendent très mal, alors que les livres de Science Fiction publiés sans cette étiquette, quelle que soit leur qualité, trouvent leur public. Le fait est par relevé par le même Serge Lehman, d'ailleurs: les auteurs les plus intéressants du moment, qu'ils soient français ou non, sont bien souvent des auteurs « transfictionnels », pour reprendre la terminologie de Francis Berthelot, et publiés hors collection.
Bref, la SF en France, atteinte comme d'une sorte de malaise, est-elle en train de perdre la boussole? Est-elle morte? Assurément non. Les auteurs sont toujours aussi nombreux et la diversité des thèmes abordés n'a jamais été aussi grande. Même un de nos anciens premiers ministres vient de s'y mettre avec un roman post-apocalyptique. Les éditeurs se multiplient comme les poissons du lac de Tibériade, au point de ne plus être visibles autrement que sur internet. Par contre, les oeuvres relevant de l'imaginaire publiées par des éditeurs généralistes se vendent très bien, quelle que soit donc leur qualité. Autrement dit, si le genre va mal, c'est vraisemblablement du fait d'une crise interne du fandom, qui ne concerne pas ou peu le lectorat.
Car de dernier trouvera toujours son bonheur. Les lecteurs de Fantastique oscilleront en toute liberté entre Marc Lévy et Mélanie Fazi, ceux de Science Fiction entre Bernard Werber et Thomas Day. Il y en a pour tous les goûts, et ça n'est pas prêt de s'arrêter.
De quoi peut-on se plaindre alors? Que le procès en dissolution du genre (l'expression est de Gérard Klein dans un article de la revue Europe en 1977) dans la littérature générale est sans doute perdu. Est-ce un bien? Ou un mal? Voyons donc ce qui se fait ailleurs pour tenter de répondre à cette question.
Notre domaine étant la Russie, c'est bien évidemment sur ce pays que va se porter notre analyse (un bien grand mot pour la petite étude qui va suivre).
Paradoxalement, la chronologie de la SF et de l'Imaginaire russe nous semble presque similaire à celle de ses homologues français: après avoir connus une riche littérature avant la Seconde Guerre mondiale, celle-ci décline, puis se retrouve à nouveau vivifiée après-guerre, d'abord par la publication des oeuvres d'Ivan Efremov, mais aussi et surtout par la traduction de quelques oeuvres anglo-saxonnes marquantes, comme les Chroniques martiennes de Ray Bradbury. Et tout comme en France, l'impact de ces oeuvres colorées va être décisif. Un changement radical de ton et de thèmes va se faire. Avant l'avènement définitif de Staline, l'Imaginaire appartenait à des auteurs capables d'écrire sur tous les thèmes, dans tous les genres, avec le même brio (qu'on pense à Evguéni Zamiatine, à Alexeï Tolstoï, à Andreï Platonov, à Valeri Brioussov, à Alexandre Grine et surtout à Mikhaïl Boulgakov, tous capables d'oeuvrer dans la Science Fiction, le Fantastique, le roman historique, le roman de moeurs, etc.). Il faut bien noter que la situation était rigoureusement la même en France: aucun des auteurs d'avant guerre ne se serait cantonné à un seul genre. Après 1956 il rare de trouver des auteurs de Science Fiction capables d'écrire ou souhaitant écrire autre chose. Tout comme en France, le genre s'enferme sur lui-même. Pourtant la période 1956-1968 est considérée comme l'Âge d'Or de la Science Fiction soviétique. C'est sans doute vrai pour les idées, qui se renouvellent considérablement, ça l'est sans doute moins pour la question de l'ouverture d'esprit littéraire. Les frères Strougatski sont alors réellement les seuls à pouvoir être lus par tous types de publics. L'inverse est aussi vrai. Le seul auteur de littérature générale ayant à notre connaissance écrit de la Science Fiction est le Kirguiz Tchinguiz Aïtmatov (qui écrivait souvent en russe, notamment pour ses romans d'anticipation). Cet Âge d'Or va se clôturer par la fameuse querelle des "Physiciens" et des "Lyriques", les Physiciens préférant l'anticipation technique à court terme, dans la stricte orthodoxie du régime, les Lyriques ne se donnant pas de limite. Officiellement, les Physiciens vont gagner. Mais à l'aube des années 1980, les rares auteurs sérieux, regroupés dans les séminaires dont nous parlions dans un article précédent, recentrent bien souvent leur propos à la Terre d'aujourd'hui, ou bien à l'Homme: la doctrine du lien entre l'aventure spatiale et la Science Fiction bat sérieusement de l'aile et l'espace n'est plus guère une source d'émerveillement. Nous sommes dans le domaine des Physiciens, dans l'anticipation souvent à court terme, mais appliqué aux sciences humaines. Nombre d'auteurs seront d'ailleurs finalement tentés par la littérature dite générale, ou par un détour vers des genres dit plus réalistes comme le polar.
Avec la Perestroika, la situation va à nouveau changer, et là encore, le facteur essentiel va être la traduction massive d'oeuvres anglo-saxonnes. Là encore, l'Imaginaire russe va être tenté de se calquer sur le modèle essentiellement américain. La Fantasy fait une entrée en masse, les space operas reviennent. Est-ce pour autant que l'on va se retrouver avec un genre cloisonné, ghettoïsé? Certainement pas. Le mot Naoutchnaïa Fantastika (« Fantastique Scientifique », c'est-à-dire Science Fiction), va tout simplement perdre son Naoutchanaïa, et l'Imaginaire russe est de nos jours simplement présenté sous l'étiquette de Fantastika: « Fantastique ». Le terme regroupe tout: SF, Fantastique, Fantasy, etc., et si ces sous-genres existent bien entendu toujours, aucune barrière tangible ne les sépare. Il n'existe pas réellement de collection purement dédiée à l'un d'entre eux. Et les mêmes auteurs vont oeuvrer aisément dans les trois, ou même aussi faire du thriller, du polar, du roman historique. L'un des cas les plus intéressants étant celui de Henry Lion Oldie, auteurs capables de se lancer aussi bien dans une vaste fresque de Fantasy (La Voie de l'épée) que dans un space opera vertigineux (la trilogie Oecumène) ou encore dans des romans historiques à intrigue fantastique (Les Parias du 8e commandement, ou La Geste de Peter Sladek). Une de leurs nouvelles que nous avons choisies pour être au sommaire de Dimension Russie, qui paraîtra en 2010, réussi le tour de force d'être parfaitement inclassable: ni fantastique, ni de Fantasy, ni de Science Fiction. Ou bien les trois à la fois.
La barrière avec la littérature dite générale n'existe pas plus. Car la Russie s'est souvenue de ses racines. Les auteurs de cette littérature dite blanche qui ne font aucune incursion dans le domaine de l'Imaginaire sont rares. La plupart des « classiques » modernes s'en sont mêlés, et souvent avec vigueur et efficacité: Vladimir Sorokine, Viktor Pelevine, Tatiana Tolstaya, Dmitri Lipskerov et d'autres. Autant de grands auteurs qui sont tous publiés en France en littérature générale, et qui comptent tous un ou plusieurs romans de Science Fiction ou de Fantastique à leur compteur. Et ces incursions dans nos genres de prédilections sont loin d'être ridicules: ce ne sont pas pas des essais de novices qui accumuleraient les poncifs du genre. Ils ont du bagage, de la réflexion derrière eux. Mieux encore, leur cote auprès des fans est loin d'être négligeable. Il n'y a pas ce mépris que l'on peut souvent observer en France pour les oeuvres publiées hors collection.
La situation est-elle pour autant idyllique en Russie, pays où l'on prônerait l'amitié entre les genres littéraires? Non. Car aucun des auteurs « grand public » mentionnés ci-dessus n'a écrit, ni n'écrira d'oeuvre se plaçant dans un monde de Fantasy pure. Aucun n'écrira de space opera. Car tous considèrent l'Imaginaire comme le miroir déformant (le plus souvent pour mieux en faire ressortir les défauts) de notre monde. Leurs jeux de l'esprit ne sont pas gratuits. C'est en ce sens qu'il existe là-bas aussi une différence bien réelle.
Cette note sera partiellement recyclée dans le paratexte de notre Dimension Russie à paraître.
Pour l'intégralité des débats actuels, voir les forums d'ActuSF, du Cafard Cosmique et du Bélial'.
Quelques points de vue externes importants:
La critique de Roland C. Wagner à la préface de Serge Lehman, sur le blog de Bifrost.
La critique de Sylvie Denis au reste de l'anthologie, sur le même blog.
Celui de l'illustrateur et auteur Daylon.
Celui du jeune philosophe Bruno Gaultier, alias Systar.
Et surtout celui de l'auteur Fabrice Colin.
15:09 Publié dans Essais | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
13.09.2009
Aux sources de la SF russe moderne: le séminaire de Maleevka (1982-1985)
Il est assez rare que l'histoire d'un genre littéraire soit radicalement modifiée par un événement précis, bien daté et bien localisé. Par événement nous entendons bien sûr une manifestation réelle, ou un fait historique précis, et non la parution d'un nouveau roman ou d'un nouvel essai particulièrement marquant. Or au début des années 1980, la Science Fiction soviétique allait connaître un tournant majeur, issu d'une sorte d'énorme atelier d'écriture, organisé tout ce qu'il y a de plus officiellement: les séminaires de Maleevka.
Nous avions partiellement abordé ce sujet dans notre postface à Dimension URSS, mais il nous a semblé nécessaire d'y revenir plus longuement, même si, les sources accessibles sur le sujet sont fort peu nombreuses. Une part de ce qui va suivre est donc conjectural, d'autant plus que l'une de nos sources, un article de la revue Lettres soviétiques, relève de la propagande officielle, et qu'il a donc fallu dans la mesure du possible recouper ses informations avec d'autres sources.
Maleevka se trouve dans la banlieue de Moscou. L'endroit n'aurait rien de particulièrement remarquable s'il n'avait été le siège d'une « Maison de séjour des écrivains », gérée par l'Union des écrivains d'URSS, autrement dit un lieu de villégiature dans lequel les écrivains peuvent se retirer pour écrire dans la plus complète tranquillité. Mais à partir de l'automne 1982, le lieu est devenu assurément populaire dans le milieu des amateurs de Science Fiction: il y fut en effet organisé un premier grand séminaire destiné à la formation des jeunes auteurs les plus prometteurs.

Quelques uns des participants en 1982 (source: site de Evguéni Loukine)
Nous ignorons quels furent exactement les critères de sélection, mais ceux-ci vinrent des quatre coins du pays. Ils étaient en tout 70, organisateurs inclus. Le séminaire dura quinze jours, durant lesquels chaque postulant se devait, entre deux conférences, de travailler sur le manuscrit qu'il avait apporté, ce travail se faisant sous le regard des autres, et surtout des « maîtres ».
Les « maîtres » en question n'étaient pas n'importe qui: les deux principaux artisans du séminaire étaient Dmitri Bilenkine et Evguéni Voïkounski, et parmi les invités à donner des conférences, on note la présence essentielle d'Arkadi Strougatski et du critique Evguéni Brandis. Une manière de marquer le fait que les deux grands courants de la Science Fiction soviétiques, les « physiciens » et les « lyriques », qui s'étaient si durement opposés à la fin des années 1960 (querelle manquant de mettre définitivement fin à la carrière des Strougatski) sont bien représentés et que nulle porte n'est fermée.
L'objectif de ce séminaire est louable: à l'époque, si les fan-clubs sont nombreux, les fanzines sont beaucoup plus rares, car essentiellement clandestins. Seules les maisons officielles d'État sont habilités à publier des textes littéraires. Les places sont donc chères, pour les apprentis écrivains. Il leur faut avoir d'emblée le niveau de publier dans les revues professionnelles. De plus, la publication de romans relevant purement et simplement de l'utopie (les rares maisons d'éditions publiant de la Science Fiction étant sous la coupe des « physiciens » comme Alexandre Kazantsev, dont la production est littérairement médiocre), c'est sur l'art de la nouvelle que les participants au séminaire vont se faire la main. Ce sera là une des sources de l'échec relatif de cette génération d'auteurs, comme nous l'a expliqué Vladimir Pokrovski dans notre postface à Dimension: formés à l'art de la nouvelle, tous ces auteurs mettront des années à réussir à publier des romans, quand ils y arriveront, car beaucoup cesseront d'écrire après la Perestroïka, submergés par de nouveaux auteurs, issus d'un fandom redynamisé à l'époque de Gorbatchev, auteurs qui ont pu, eux, se prépublier dans d'innombrables fanzines.
Le critique Vladimir Gakov, écrivant en 1985, se faisait très optimiste concernant cette génération d'auteurs formés à Maleevka: « Et sans doute n'ont-ils pas perdu leur temps. Certains d'entre eux ont publié des livres après les séminaires de Maleevka, et deux d'entre eux ont déjà été admis à l'Union des écrivains ». Mais cet optimisme est refroidi dès 1987 par des propos de Vitali Babenko, un des piliers du fandom moscovite, qui fit part dans un article publié par un fanzine de Saratov, des difficultés presque insurmontables qu'il y eut à publier un recueil issu des séminaires auprès de la maison d'édition Molodaya Gvardia.
Il faut dire que le ton et les thèmes abordés par les textes en question ne s'accordaient guère avec ce qui était ordinairement publié par cette très conservatrice institution. Comme le note Vladimir Gakov, beaucoup ont repris le crédo édicté par les Strougatski à la fin de leur roman Les Apprentis: « L'essentiel est sur la Terre. L'essentiel reste toujours sur la Terre ». La politique, l'écologie, les problèmes sociaux sont donc bien présents, souvent plus que les thèmes classiques de la Science Fiction que sont l'espace et les extra-terrestres.
Il n'empêche que certains des jeunes auteurs accueillis alors sont devenus de grands noms de la Science Fiction russe actuelle. Si l'on fait exception de Vitali Babenko, qui s'est tourné vers le polar (déjà dans les années 1980 il pouvait écrire des textes dans un genre surprenant pour l'époque: le technothriller), Viatcheslav Rybakov, Sviatoslav Loguinov, Lioubov et Evguéni Loukine, Lioudmila Kozinets ont poursuivi malgré tout leur carrière et sont connus de tous les fans actuels, publiant encore des romans qui n'ont rien perdu de leur intérêts, étant à la fois distrayants et riche de sens. Nous avons d'ailleurs déjà régulièrement parlé de certains, et quelques uns de leurs textes ont trouvé leur place dans Dimension URSS.

Sviatoslav Loguinov, Lioubov Loukina et Vitali Babenko en 1984 (source: site de Sviatoslav Loguinov)
Paradoxalement, l'Union des écrivains de l'URSS fut très fière du résultat de ces séminaires, qui devaient se reproduire plusieurs années de suite, au point d'en publier certains en diverses langues dans un numéro spécial de Lettres soviétiques. Et l'impact de l'événement sur le fandom soviétique fut très fort, au point que même maintenant, quand Henry Lion Oldie et Andreï Valentinov organisent un séminaire similaire en Crimée, ils s'empressent de le nommer Novaya Maleevka (« Nouveau Maleevka »), même si ici la différence existe bien: le Maleevka original ne travaillait que sur des nouvelles, alors que le nouveau n'accepte d'examiner que des romans et des novella.
Sources:
Vladimir Gakov, « Les orbites de Maleevka », Lettres soviétiques, n°318 (n° spécial « Science Fiction soviétique moderne »), 1985, p. 162-170.
Boris Bagalyakz, « Fandom in the USSR », Locus, 1985, n°12, p. 20 et 29.
A. Skorloupkine et A. Romine, « Nado veseleï, rebyata! », Zarya molodeji (Saratov), 1987, 24 octobre, p. 9.
Dmitri Volodikhine, « Ochtchenie vysoti », Esli, 2004, n°10, p. 84-95.
18:00 Publié dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : maleevka
09.06.2009
L'état de l'Imaginaire russe contemporain
La revue Midi XXIe siècle (Polden XXI vek) vient de publier dans son numéro de juin 2009 un article de Vassili Vladimirski, "Sors, on est arrivé!", dans lequel celui tente de dresser un bilan de l'Imaginaire contemporain en langue russe. C'est bref, mais remarquablement intéressant.
« L'année 2008 est condamnée à entrer dans l'histoire de la littérature de genre comme la dernière durant laquelle tout marchait bien. » nous dit-il « Est-ce que la variété d'antan survivra, est-ce que quelqu'un se risquera à dépenser de l'argent et du temps pour mener à bien des projets d'expérimentaux? Nous n'avons pas de réponse à ces questions ».
La tendance principale de l'année 2008 était peut-être la discussion sur la nécessité de renaissance de la SF classique. De ce fait paraissent quelques romans de ce genre, qui ont marqués la critique et dont certains ont même reçu des prix.
Cependant « le fantastique d'empire » (la SF ou la Fantasy décrivant une Russie impériale) a abandonné le terrain en 2008.
En ce qui concerne les projets multimédia (des livres crées sur la base de jeux vidéo et de jeux de société), ils ont occupé une part importante du marché du fantastique. Il faut noter que des auteurs connus tels que Sergueï Loukianenko et Boris Akounine ne sont pas restés sur la touche. Akounine a publié le roman-jeu Kvest (Quest), Loukianenko, le roman Konkurenty (Concurrents) où le personnage principal devient un membre du jeu « Starquake ».
D'après Vassili Vladimirski, le futur du fantastique d'aventure russe appartiendra justement aux projets multimédia et non à la SF ou la Fantasy pures.
Il remarque aussi qu'en 2008, une situation paradoxale s'est amorcée à l'égard des récits et des nouvelles. D'une part, comme auparavant, les éditeurs ont volontiers publié différentes anthologies avec de grandes tirages, mais de l'autre part, ce n'étaient que des recueils d'auteurs bien connus (comme par exemple Evguéni Loukine).
En parlant du fantastique russe il faut bien mentionner un événement littéraire important. Il s'agit livre d'Ant Skalandis, Les frères Strougatski, la première grande biographie des Strougatski. La presse y a réagi vite et de façon vigoureuse. Cette biographie n'est pas idéale mais c'est la première expérience dans ce domaine et ceux qui aiment les Strougatski seront bien sûr très contents d'avoir ce livre.
En résumé, « le fantastique russe de la fin 2008 ne se trouve pas en très bonne forme. Tout s'est figé du fait de la crise économique: éditeurs, écrivains, critiques... Serait-ce une période noire pour la littérature, dont nous pourrions toutefois sortir avec peine? .... Il n'y pas de réponse ».
Le bilan décrit par cet auteur n'est donc pas très bon. Malgré des chiffres de tirages et de ventes qui laisseront toujours songeur n'importe quel auteur ou éditeur français, l'Imaginaire russe semble donc se développer maintenant par le biais de ce qu'on appelle les "licences", à savoir des oeuvres adaptées de jeux ou de films, et des films ou des jeux adaptés de romans. Une situation dont nous faisait part avec enthousiasme Sergueï Loukianenko lorsque nous l'avons interviewé, mais qui laisse tout de même songeur sur le degré de créativité propre des auteurs.
Référence:
Vassili Vladimirski, "Sors, on est arrivé!" ("Vylezaï, prekhali!"), Polden XXI vek, juin 2009, p. 143-152.
08:19 Publié dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.05.2009
Le Fantastique ukrainien moderne
Depuis la dislocation de l'URSS, l'Ukraine se cherche une identité, à l'ombre du "grand frère" russe. L'ukrainien peine à devenir une langue littéraire tant l'usage du russe est répandu dans toutes les couches de la société. Ce problème bien entendu aussi dans le domaine de l'imaginaire, et la plupart des auteurs ukrainiens actuels de Science Fiction et de Fantasy écrivent en russe, le plus souvent d'ailleurs auprès de maisons d'éditions russes.
Il n'empêche que ce fantastique cherche aussi sa voie, son identité propre. C'est dans ce but en quelque sorte qu'à été publié à Kharkov (Kharkiv en ukrainien) en 2007 un remarquable dictionnaire des auteurs du Fantastique ukrainien, Фантасты современной Украины.

Rédigé par A. B. Avakov, A.A. Riabkin, V. K. Mousi, A. N. Makarovski, et surtout Dmitri Gromov et Oleg Ladyjenski, alias Henry Lion Oldie (qui nous ont d'ailleurs transmis cet ouvrage et que nous remercions chaleureusement), et publié en russe, il contient les notices bibliographiques de 64 auteurs de styles et d'époques différentes.
Remarquablement complet, il offre ainsi un panorama intéressant de la diversité de l'Imaginaire ukrainien. Nous ne manquerons donc pas de le mettre à profit pour le développement de ce blog et nos futurs projets éditoriaux.
En attendant, voici quelques portraits d'écrivains dont nous aurons sans doute à reparler:


Andreï Valentinov
(qui a publié quelques romans avec les Oldie)

Vladimir Vassiliev
(un compagnon de route de Sergueï Loukianenko, qui a d'ailleurs co-signé le 2e tome des Sentinelles)

Lioudmila Kozinets
(dont une nouvelle a déjà été traduite en français)

Andreï Kourkov
(l'auteur du Pingouin, un excellent roman satirique)

Léonid Panassenko
(dont trois belles nouvelles sont disponibles en français)

Irina Potanina
(une jeune auteure très prometteuse)

Alexandre Zoritch
(prolifique auteur bicéphale de Khakov)
11:06 Publié dans (aut.) Andreï Kourkov, Auteurs ukrainiens, Essais | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : ukraine
03.05.2009
Quelques petites modifications
Après plusieurs mois d'activité, il est temps de procéder à quelques petits ajustements, notamment au niveau des catégories proposées. L'univers de l'imaginaire en langue russe étant particulièrement important, avec un nombre difficilement estimable d'auteurs, il nous a paru bon de créer deux nouvelles catégories: "auteurs russes" et "auteurs ukrainiens". Seuls les auteurs majeurs (à nos yeux) auront leur propre catégorie.
Pourquoi "auteurs ukrainiens"? Simplement parce qu'un bon tiers des auteurs que nous avons mentionnés sont de nationalité ukrainiens, ou bien sont originaires d'Ukraine. Il était donc important, sans pour autant faire de nationalisme déplacé, de faire apparaître cela.
Autre catégorie nouvelles: "Essais", dans laquelle nous signalerons les essais et articles intéressants (en russe et en français) dont nous aurons eu connaissance.
Bonne lecture!
16:33 Publié dans Auteurs russes, Auteurs ukrainiens, Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.05.2009
Histoire de l'utopie en Russie
Faire une histoire de l'Utopie en Russie relevait de la gageure, pourtant c'est le pari qu'ont tenu Leonid Heller, déjà connu pour son remarquable ouvrage sur la Science Fiction soviétique, et Michel Niqueux, professeur de russe à l'Université de Caen et traducteur.

Même si malheureusement ce livre est épuisé, il faut faire l'effort de le lire. Publié en 1995, peu de temps après la disparition de cette utopie réelle qu'était sensée être l'Union soviétique, il dresse une synthèse complète des divers courants utopiques qui ont parcouru la littérature russe du Moyen Âge à nos jours. C'est-là un des points forts du livre: démontrer que l'Utopie n'apparaît pas au XIXe siècle, avec les auteurs pré-révolutionnaires, mais bien plus tôt, dès la conversion de la Russie au christianisme. Plus tard, le schisme orthodoxe, avec l'apparition de l'église des Vieux Croyants, verra l'émergeance de nombreuses légendes à tendance utopiques. C'est sur ce support, en autres, que les textes utopiques ultérieurs vont s'appuyer.
Cependant, ce sont les chapitres concernant le XXe siècle qui vont le plus intéresser les lecteurs de Science Fiction que nous sommes. On y retrouve de nombreux éléments déjà abordés dans la thèse de Leonid Heller, mais largement complétés jusqu'en 1994: on y saisit donc la longue lutte entre utopies (pas forcément socialistes d'ailleurs) et contre-utopie ou dystopies, dont beaucoup sont le fait d'auteurs de Science Fiction. L'étude est intelligemment faite avec une mise en parallèle avec les éléments politiques réels, qu'il faut toujours avoir à l'esprit pour comprendre l'intérêt des récits et romans présentés (il faut par exemple se souvenir que les grandes céréales bleues que les extraterrestres demandent au humains de cultiver dans La Seconde invasion des Martiens, des frères Strougatski, font directement référence à la culture monomaniaque du maïs à l'époque de Krouchtchev).
L'Histoire de l'utopie en Russie est donc un livre riche, passionnant et intelligent, dont il faut souhaiter la réédition.
- Broché: 295 pages
- Editeur : Presses Universitaires de France - PUF (1 avril 1995)
- Collection : Écriture
- ISBN-10: 2130467628
- ISBN-13: 978-2130467625
15:35 Publié dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : niqueux, heller, utopie
19.12.2008
Arkadi et Boris Strougatski - le dossier
Depuis 1984 et le n°3 de la défunte revue semi-professionnelle Proxima, rien n'avait été fait sur ces grands auteurs russes que sont Arkadi et Boris Strougatski.
Et après deux ans d'efforts, d'aléas éditoriaux divers et variés, nous avons enfin pu faire paraître un dossier complet les concernant dans la revue Lunatique, éditée par Eons.

- une nouvelle: Détails de la vie de Nikita Vorontsov, d'Arkadi Strougatski (p. 106-141)
- un article biographique: Deux utopistes en Utopie (p. 142-148)
- une interview de Boris Strougatski, réalisée par correspondance entre le 20 décembre 2006 et le 2 février 2007 (p. 149-153)
- une bibliographie française complète (p. 154-156).
Notons simplement au passage une bourde monumentale de l'éditeur, qui, nous l'espérons, sera corrigée lors d'une éventuelle réimpression: la nouvelle est malheureusement attribuée à Boris, alors qu'elle est d'Arkadi...
Il va de soit, cependant, que nous ne pouvons que vous recommander la lecture de ce dossier!
19:57 Publié dans (aut.) Arkadi et Boris Strougatski, (éd.) Eons, Auteurs russes, Essais, Revues | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : strougatski, Стругацкий, lunatique


