14.10.2009

Oleg Divov - Le Maître des chiens (La Trace d'un zombie -1)

Le roman Le Maître des chiens (Мастер собак), d’Oleg Divov, est le premier de la trilogie La Trace d’un zombie (След зомби). Il se passe en Russie, à Moscou, et de nos jours. Une force terrible et inconnue tue des gens et les transforme en cadavres ambulants qui sortent des caves et des passages souterrains abandonnés, et qui s’emparent des habitants de la ville.

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Le personnage principal – le Maître (Viktor Larine) – dirige une Ecole où l’on prépare des chasseurs dont le travail principal est d’attraper ces cadavres ambulants. Les chasseurs travaillent la nuit. Un des traits spécifiques de leur travail est l’utilisation de chiens qu’ils dressent pour qu’ils puissent sentir et attraper ces cadavres. Cette Ecole aussi bien que l’Etat-major et le Centre Technique qui la dirigent sont des établissements secrets.

Le sujet principal du roman se développe donc autour de ce Maître qui sait que pour faire disparaître ces cadavres ambulants il faut d’abord supprimer la cause de leur apparition, laquelle se trouve dans le Centre Technique. Dans les années 1980, les pouvoirs ont décidé de créer une arme psychique afin de contrôler le comportement des gens, de réprimer leur volonté et de les transformer en marionnettes. Cette arme se présentait sous la forme d’émetteurs qui rayonnaient et influençaient l'état psychique des gens. Après la chute de l'URSS les émetteurs sont toujours en fonctionnement, mais c’est maintenant le nouveau pouvoir qui les utilise. Cette arme psychologique a un défaut important: elle provoque à Moscou principalement l'apparition de « trous » - tunnels qui lient notre monde avec un terrible monde parallèle et générants ces cadavres ambulants. Ces émetteurs se trouvent dans ce fameux Centre. Ajoutons enfin qu’ils influencent aussi les chasseurs et certains d’eux commencent aussi à se transformer en une sorte de monstre.

Comme on peut le voir, Oleg Divov, alors en début de carrière (le roman a été publié pour la première fois en 1997), fait faire ce qu’il veut la science. Rien ne lui est impossible, ce qui fait que Le Maître des chiens apparaît plus comme un roman fantastique, que comme un roman de Science Fiction.


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En soit, ça ne serait pas bien important, une pseudo-science pouvant servir de métaphore à un propos, voire d’idée romanesque, si Divov n’était pas non plus fâché avec le style, un style de débutant, maladroit, voire lourd. La structure même de son texte est un peu foutraque, bancale. On sent bien qu’il a tenté de critiquer la société russe d’alors, qu’en définitive il place au même niveau que celle de l’époque soviétique, mais à quoi bon finalement, si c’est pour noyer cette critique sous les incohérences. Il apparaît même en définitive que le seul personnage réussi de ce livre est le chien, seul et unique compagnon et ami du Maître, ledit Maître étant l’archétype du héros fort mais solitaire, seul à même de renverser la situation du fait qu’il n’a rien à perdre.

Au final on se retrouve avec un texte qui atteint péniblement le niveau moyen des romans publiés dans la défunte collection « Angoisse » du Fleuve Noir. Espérons donc qu’Oleg Divov, qui a depuis publié de nombreux autres livres, se soit amélioré avec le temps.

23.09.2009

Vadim Panov - Le Club de Moscou

 

Avec Le Club de Moscou (Московский клуб – 2006, Eksmo), de Vadim Panov, voici le premier roman cyberpunk que nous critiquons ici. Son action se passe sur Terre, dans un futur immédiat où, après une guerre du pétrole, le pouvoir est partagé entre des sociétés transnationales et des enclaves, par exemple l'enclave de Moscou, qui est territorialement indépendante.

 

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Un service secret chinois veut s'emparer d'études sur un nouveau type d'énergie mis au point par des savants russes de la société Mostech, énergie qui leur permettrait de dominer le monde. Afin de forcer le réseau informatique de Mostech, les hauts dignitaires du service chinois engagent un hacker russe surdoué surnommé Muette. Ce dernier arrive dans l'enclave de Moscou où il se prépare à cette affaire, tout en se cachant afin de ne pas être arrêté par le Service de Sécurité des Enclaves qui lutte contre toutes sortes d'actions illégales comme la contrebande, et dont le chef de la filiale moscovite est un dénommé Kaufman, surnommé le Mort. Ce dernier est par ailleurs membre d'une sorte de club secret (intitulé tout simplement le Club de Moscou), pourtant lui même considéré comme illégal.

Dans le même temps, des contrebandiers kidnappent la petite-fille de Roman Fadeev, un entrepreneur très connu et puissant, propriétaire de plusieurs corporations. A partir de ces postulats de base va se développer une série d'intrigues sur la corruption, les luttes entre clans différents, etc. Tous veulent s'emparer de la richesse de Fadeev.

Le roman de Panov n'est donc guère original. Ainsi son cadre géopolitique, avec ce morcellement territorial dû à une grande guerre, et la mainmise de grosses sociétés sur le pouvoir, tout cela se retrouve déjà chez ses illustres prédécesseurs anglo-saxons dans ce genre, par exemple dans le Cablé de Walter Jon Williams. Panov utilise pour cela tout la panoplie habituelle du cyberpunk, avec force implants cérébraux et autres technologies de ce style.

Mais l'auteur compense largement cette absence d'originalité par un solide talent d'écrivain populaire. En décrivant avec précision une Moscou du futur, il y place une intrigue complexe bien ficelée qui ménage astucieusement le suspense. Sans être un grand roman, Le Club Moscou offre au lecteur un très bon moment de détente. Ce qui n'est déjà pas mal.

Ce roman a donc aisément trouvé son lectorat, ce qui lui a permis d'être le premier volume d'une série nommée Enclaves, qui a déjà connu deux suites.

17.05.2009

Marina et Sergueï Diatchenko - La Vallée de la conscience

Le personnage principal du roman est charmant et a du talent. Ses amis ne peuvent pas vivre sans lui. Sa mère l’adore. Les  femmes sont amoureuses de lui. Mais cet amour a un côté négatif : toute personne qu’il rencontre expose sa vie. Qui pourra traverser sans pertes la Vallée de la Conscience ?

C’est ainsi que Marina et Sergueï Diatchenko présentent La Vallée de la conscience (Долина Совести), roman qu’ils classent eux-mêmes dans le genre du « Fantastique social ».

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Le personnage principal du roman, Vlad Palï, étant adolescent, découvre un jour qu'il possède une capacité étrange: tous les gens avec lesquels il entre en contact se retrouvent dépendants de lui, attachés à lui par une sorte de liens. Ce sont tout d'abord ses copains, puis sa mère adoptive. Si Vlad part quelque part ils commencent à se sentir mal et ne peuvent se rétablir qu'à son retour. Cette capacité étrange, ces liens font souffrir Vlad mais il ne sait que faire. Un jour, après avoir terminé ses études secondaire, Vlad part dans une autre ville pour entrer à l'Institut. Il passent bien ses examens, on l'admet à l'Institut mais tout à coup, il apprend par les journaux que ses copains sont tombés malades et son meilleur ami est mort. Cette nouvelle bouleverse Vlad et il décide de ne plus entrer en contact avec les gens pour ne pas les attacher par les liens. Il évite les étudiants avec lesquels il fait ses études, il fait la connaissance de filles juste pour deux ou trois jours puis ils se quittent, il change d'Instituts tout le temps. Sa mère adoptive est morte: elle non plus n'a pu supporter le départ de son fils.Vlad se retrouve complètement seul et mène une vie d'ermite.

Un jour, à l'Institut, à la faculté de la philologie, il rencontre une jeune fille, Anna, et tombe amoureux d'elle mais connaissant sa capacité, il n'ose entrer en contact avec elle pour ne pas la faire souffrir. Il garde ses sentiments secrets, lui envoie des petites notes et essaye de la protéger contre les aventuriers.

Le temps passe. Vlad devient un écrivain célèbre, on le reconnaît dans la rue. Son roman sur un troll Gran-Graim a un grand succès et se vend comme de petits pains. Vlad devient riche. Mais comme auparavant il évite les gens, il vit seul dans sa propre maison, souffre de sa capacité et seuls sa correspondance avec Anna et l’écriture de son livre (qui en effet, est l’expression des ses pensées et sentiments)  lui font plaisir. Il sait qu'elle est déjà mariée et a deux enfants.

Un jour, par hasard il rencontre une jolie jeune femme, Angela Stakh, et sa vie tourne court. Angela le talonne. Elle se conduit avec agressivité envers lui: elle s'installe dans sa maison et lui dicte ses conditions. Bientôt, Vlad apprend qu'Angela possède aussi cette capacité d'attacher les gens par les liens. Ils se retrouvent ainsi dépendants l'un de l'autre. De temps en temps, Angela lui raconte des épisodes de sa vie, de son enfance. Elle vivait avec sa belle-mère, son père était alcoolique ; à l’âge de 14 ans elle est devenue la concubine d’un vieux directeur de l’usine du village où elle habitait. Ce vieux la violait et maltraitait. Elle s’enfuit en ville, vécut de privations, mais, contrairement à Vlad, essaya de profiter de sa capacité pour attirer des gens riches.

Mais les anciennes relations plus ou moins louches d'Angela vont rattraper le couple qu'elle va à partir de maintenant former avec Vlad, un couple forcé, condamné à une fuite perpétuelle, échappant à plusieurs reprises à des tentatives d'assassinat.

Jouant avec les codes du roman noir sans pour autant écrire un roman policier, les Diatchenko nous livrent-là une description en profondeur de l'antagonisme qui peut exister entre deux personnes ayant le même don, mais étant moralement profondément opposées. L'un veut faire le bien, l'autre se fiche des gens et ne pense qu'à son profit, et pour leur malheur, tous deux sont intimement liés. La Vallée de la conscience n'est pourtant pas un roman manichéen: ses personnages, tout comme l'intrigue, sont subtils et le tout se lit avec passion. Un excellent roman, donc, dans l'abondante production des époux Diatchenko.

23.04.2009

Alexandre Schegolev - Comment le fer blanc fut trempé

 

On nous excusera pour une fois d’user d’un barbarisme pour translittérer le nom d’Alexandre Schegolev : une bonne translittération exigerait un « Chtchegolev », mais avouez que c’est tout de même imprononçable pour le commun des mortels. Bref, Alexandre Schegolev est actuellement un des écrivains préférés de Boris Strougatski. Il faut dire que ses nouvelles, souvent cruelles, ont une profondeur sociale intéressante. Essayons donc un de ses romans, Comment le fer blanc fut trempé (Как закалялась жесть), titre pastiche de Comment l’acier fut trempé, classique soviétique de Nicolaï Ostrovski.

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Dans une petite ruelle du centre de Moscou, dans une villa, vit la lionne séductrice Evglena avec sa fille de 15 ans, Elena. Evglena et Elena font du business: au premier étage de leur maison elles ont installé une sorte de mini-clinique où elles débitent les maris et amants de Evglena. Elles leur coupent les bras, les jambes, la tête, des reins, etc., puis vendent tout cela à des clients très riches. La nouvelle noblesse russe, y compris des fonctionnaires et des politiciens très haut placés, paie beaucoup d'argent pour ces « jouets » qu'elle fait manger à ses chiens (pour que ces derniers ne tombent pas malades et vivent plus longtemps), et de plus masque ce business.

Un des personnages principaux, Savrassov, fait la connaissance de Evglena lors d'une exposition d'art. Evglena le séduit et l'amène chez elle. Il devient son septième mari et neuf mois après leur mariage et il se retrouve dans la mini-clinique de Evglena où elle lui coupe les jambes et un bras. Savrassov ne veut pas se résigner à ce sort et monte Elena contre sa mère, qui la domine. Quelques temps après, Savrassov fait la connaissance de Viktor Nejivoï, un des anciens maris de Evglena, le père de Elena. Nejivoï travaille dans l'administration du Président. C'est avec l'aide de celui-ci que Evglena vend ses « jouets » à des fonctionnaires haut placés et c'est lui qui fournit les riches clients de l'étranger (en y gagnant, bien sûr, l'essentiel). Nejivoï hait Evglena.

Un jour, Evglena et Elena ont une sévère dispute à cause de l'ami de cette dernière, Vadim Balakirev. Evglena ne veut pas que sa fille fréquente cet homme et essaye de la contrôler. Elena parvient à faire à sa mère une injection avec une seringue, ce qui la paralyse. Elena la place dans la chambre où se trouvent Savrassov et deux autre « patients »: Alik, ancien amant de la mère qui se meurt parce que la mère et la fille lui ont enlevé les reins, et un jeune musicien, Den, à qui ces femmes ont coupé les doigts.

Elena décide de débiter sa mère et de la vendre par parties, comme les autres. Avec Vadim Balakirev et ses amis (étudiants de l'Institut de la médecine), elle lui coupe les pieds. La mère se suicide. Elena se met à la tête du business et continue à vendre des gens par parties.

Entre-temps, Savrassov, espérant sortir de ce « hache-viande », prépare des outils pour pouvoir se défendre...

Avec un tel résumé, n’importe quel lecteur pourrait penser que nous avons là un roman de Grand Guignol. Pourtant il n’en est rien, car il n’y a ici absolument aucun humour. Il n’y est en tout cas pas simplement question de la lutte sanglante de Savrassov pour sa survie. Sous couvert d’un récit horreur particulièrement dur, l’auteur montre une société où les puissants, les élites ont le pouvoir sur tous et tout, considèrent l’homme comme une viande bonne à nourrir leurs chers chiens. Pour le colonel Nejivoï, des notions telles que l’amour, l’amitié, la charité n’existent pas, il ne les accepte pas (c’est peut-être pour ça que l’auteur lui a donné ce nom de Nejivoï : « Non-vivant »). Ce dernier est prêt à tuer ses proches, à trahir ses collaborateurs pour garder sa place et s’enrichir.

Ce roman montre bien aussi la lutte entre les autorités elles-mêmes : entre la police et le FSB, et même d’autres organisations secrètes. Elles rivalisent pour obtenir le pouvoir l’une sur l’autre.

La satire de Schegolev fut considéré comme si féroce que la publication de ce roman fut retardée au lendemain des législatives de 2007. Car ce roman est finalement bien gênant : même si l’auteur force le trait, tout le monde en Russie sait bien que des organisations proches du FSB ou du Kremlin luttent sans merci et en secret pour le pouvoir. Schegolev caricature donc, mais sans doute pour mieux dévoiler la vérité.

30.03.2009

Sviatoslav Loguinov - La Russie à travers un nuage

An 1863. Le servage est aboli en Russie mais les paysans ne vivent pas mieux pour autant. Dans le village de Kniajevo vit la famille des Savostine. Le père, Platon, est un homme laborieux, qui ne boit pas, mais n’a pas de chance dans la vie. Lors du partage des terres de son village, il a eu la plus mauvaise parcelle.
Un soir, un inconnu frappe à la porte de la maison des Savostine et demande la permission de passer la nuit chez eux. Cet homme s’appelle Gorislav Borissovitch. Après avoir discuté de leur vie avec Platon et sa famille, il leur propose de s’installer dans le pays de Belovodié (un pays imaginaire, fabuleux, du folklore russe), où il y a beaucoup de terres non cultivées et où il faut juste avoir envie de travailler et de ne pas s’adonner à la boisson. Platon ne croie pas que ce pays existe.
Quelque temps plus tard, il donne toutefois son accord à Gorislav Borissovitch et ce dernier fais passer toute la famille des Savostine à travers un brouillard, sur un nuage, dans la Russie du 20e siècle, celle de Boris Eltsine. Tel est le postulat de base de ce roman de Sviatoslav Loguinov.

 

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Nos héros se retrouvent dans le village d’Efimovka, non loin de la ville de Novgorod. Presque toutes les maisons de ce village sont abandonnées et à demi détruites. Auparavant, à l’époque soviétique, c’était un kolkhoze mais après la Perestroïka, les villageois sont partis et maintenant, les champs sont envahis par l’herbe ; l’étable et la vacherie sont vides et sont tombées en ruines. Gorislav Borissovitch possède une petite datcha dans ce village où il vient passer ses vacances en été et parfois, en hiver.
La famille des Savostine s’installe dans une maison et commence à s’habituer à sa nouvelle vie. Platon gratte la terre ; avec le temps, ils achètent une vache, ils cultivent des légumes et des fruits. Leurs enfants Nikita et Choura (Alexandra) vont à l’école dans une ville voisine. Quelque temps après, la femme de Platon, Feoktista accouche d’un garçon qu’ils appellent Nikolaï. Leur ménage s’agrandit. De temps en temps, ils vont au marché pour vendre du lait, de la crème et leurs produits artisanaux. Pour éviter les problèmes, Gorislav Borissovitch leur conseille de dire qu’ils sont des réfugiés.
De temps en temps aussi, ils reviennent, avec Gorislav Borissovitch, en 1863, dans leur ancien village pour voir leurs proches et vendre quelque chose au bazar.

Là où on serait en droit de s’attendre à un choc des cultures, entre ces paysans du XIXe siècle, et la Russie moderne, Sviatoslav Loguinov nous montre que ce choc n’a pas lieu d’être. Nos braves paysans n’ont guère de mal à s’intégrer à leur nouvelle époque, tant les campagnes russes sont actuellement en déserrance.
Sans réellement quitter son XIXe siècle natal, la famille vit et évolue dans son nouveau temps, avec tous les problèmes que cela implique : l’aîné, Nikita, après son service militaire, s’engage dans la guerre en Tchétchénie ; Choura se marie avec un habitant de la ville, qui la délaissera pour une autre ; Nikolaï, bien débrouillard, s’arrange pour faire du trafic d’antiquités entre le siècle de ses parents et son siècle à lui.
Tous ces déboires permettent à Loguinov de dresser le portrait des campagnes russes actuelles, des campagnes délaissées par le pouvoir et les administrations, livrées à elles-mêmes et se vidant de leurs habitants, qui partent travailler en ville. Mais il ne donne pas pour autant dans le misérabilisme et sait être truculent. De plus, La Russie à travers un nuage n’est pas qu’un roman social, et l’idée de portails temporels dissimulés dans une brume n’est pas qu’un prétexte : Loguinov a bâti autour de ces portails sa propre logique, solide, ce qui permet d’en faire autre chose qu’un élément incongru dans un monde bien réel. En cela, son roman est à la fois un excellent roman contemporain ET fantastique, lisible par tous les publics, et le public russe ne s’y est justement pas trompé puisque qu’il est arrivé en troisième place du palmarès du prix Roscon 2008, et que Loguinov a reçu autrement le prix Aelita, l’un des plus prestigieux prix de Science Fiction russe.

Moscou, Eksmo
2007
384 p.
ISBN 978-5-699-23159-1

06.03.2009

Quelques informations diverses

Voici quelques informations sur des publications importantes à venir:

Sergueï Loukianenko a achevé son travail sur le roman du fantasy humoristique L'Empoté (Недотепа). L’action du roman se passe dans une époque pseudo-médiévale. Le personnage principal est le jeune fils, nommé Empoté, d’un duc. Ce duc est détrôné frauduleusement. En essayant de recouvrer l’héritage de son père, le jeune homme devient le disciple d’un mage. Ce roman doit sortir en avril-mai aux éditions Ast.


Les écrivains de Kharkov Henry Lion Oldie et A. Valentinov ont terminé la rédaction du troisième et dernier livre du roman Alioumen ou Opéra de la Terre (Алюмен, или Земная опера). Les éditions Eksmo  envisagent de sortir au début de l’automne la partie finale de cette trilogie Le Mécanisme de la vie (Механизм жизни).


Les écrivains de Kiev Marina et Sergueï Diatchenko ont achevé leur nouveau roman intitulé Digital ou BREVIS EST (Цифровой, или BREVIS EST). Le livre doit sortir cette année aux éditions Eksmo.

23.11.2008

Alexandre Gromov - Le Maître du vide

Alexandre Gromov fait partie de ces nombreux auteurs russes de Science Fiction apparus après la Perestroika. Prolifique, il a déjà publié de nombreux romans, mais c'est sur son deuxième, Le Maître du Vide (Властелин пустоты), publié en 1997 chez Eksmo et encore inédit en français, que nous voudrions revenir.

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(On s'abstiendra ici de mettre la couverture de la première édition, qui est un exemple parfait de laideur. Les volontaires peuvent la voir ici).

La fiche technique:
Editions Eksmo
352 p. (pour l'édition de 2001)
ISBN 5-17-007067-5

Après diverses catastrophes, conséquences du progrès technique et d'une Grande Guerre interplanétaire, l'humanité renaît et de "nouveaux terriens" attaquent la Galaxie afin de coloniser d'autres planètes en utilisant des purificateurs dits "ordinaires" qui, conformément au programme qu'on leur a inculqué, y exterminent la flore et la faune potentiellement hostile, sans même regarder s'il y a du monde ou pas sur celles-ci. Un navire spatial, "La base des bases", dirige ces purificateurs. Son équipage comprend des mutants, sortes de cyborgs.
Dans ce context, un astronaute de la planète Siringue subit une avarie et se retrouve sur une planète inconnue.
Dans les premières pages du roman, l'auteur donne l'image d'une planète, Prostor ("Vaste espace"), où se trouve une société utopique et pastorale au sein de laquelle les gens vivent en harmonie avec la nature, utilisent des armes et des outils primitifs. Cette société ne connaît ni guerres, ni violence. Un des personnages principaux, Léon, est un chasseur.
Mais un jour, la vie paisible de cette société est troublée par des disques volants inconnus, qui tombent du ciel et détruisent les maisons, les gens, les forêts. Tout le monde est pris de panique. Entre-temps, dans le village où habite Léon, arrive un homme que tous appellent "Le Plus Intelligent". Il sait que ces disques ne sont rien d'autre que les purificateurs ordinaires. Le vrai nom de cette personne est d'ailleurs Sigmund, il s'agit de l'astronaute tombé il y a 50 ans. Il décide que pour se protéger de ces engins, la société doit s'armer, et donc fabriquer des canons, des tanks, des avions, etc. Mais pour organiser et mettre en état d'insurrection ce peuple, il lui faut trouver un leader. Sigmund - Le Plus Intelligent - choisit Léon (qui avait auparavant réussi à abattre un des disques à coup de sarbacane!) pour ce rôle, et peu à peu fait de lui un chef, une idole qui attire des milliers de gens. La puissance militaire de ce pays augmente, on construit des engins de plus en plus perfectionnés, et pour un certain temps, on réussit à repousser l'attaque des purificateurs (tout en subissant des pertes énormes).
Cette évolution très rapide, en à peine quelques années, entre le stade pastoral et le stade industriel, n'est rendue possible que par la découverte de ce qu'on devine être les restes d'un vaisseau de colonisation, d'où sont issus les habitants de la planète, dans lesquels on retrouve un robot possédant tous les schémas de construction nécessaires. Toutefois, la compréhenson de ces schémas, les expérimentations, se feront à un rythme assez hésitant, souvent au prix de vies humaines.
Léon établit une discipline sévère et devient le seul maître de cette société: son caractère change, il devient plus méchant, cruel, autoritaire. La fin du roman reste en quelque sorte ouverte: Léon veut installer sa société dans une grotte immense et continuer à faire s'accroître sa puissance militaire.

Voilà un roman bien intéressant. Le style est clair, voire même limpide (sauf peut-être dans les descriptions techniques), très inspiré en fait par la façon de faire des Strougatski (qui de toute façon sont les maîtres de la plupart des auteurs russes, stylistiquement parlant). Ce roman a donc un peu des faux airs de L'Île habitée avec cette histoire de naufragé supérieur aux autochtones et cherchant à les faire évoluer.
Cependant, on y décèle aussi des influences occidentales: d'abord celle d'une des nouvelles de Le Ciel est mort, de John Campbell, pour cette histoire de disques qui détruisent tout sans se poser de question; et du coup aussi des Berserkers, de Fred Saberhagen. Il y a aussi du Heinlein, quelque part.
Reste que la question centrale du livre est intéressante et propre à l'auteur, du moins présentée de cette manière: une société a-t-elle le droit de se fasciser pour survivre? L'auteur, tout en gardant une certaine distance, n'est bien sûr pas tout à fait neutre: il nous montre à la fin un Sigmund déçu par la tournure des événements. Mais il est vrai que c'est principalement au lecteur de faire son choix. Un choix douloureux...