27.09.2009

Andreï Lazartchouk - Le Pont de Waterloo

L'action du roman Le Pont de Waterloo (Мост Ватерлоо) d'Andreï Lazartchouk, se passe lors d'une guerre. L'armée de l'Empereur – dont les soldats se nomment eux-mêmes « descendants des Hyperboréens » - veut attaquer l'ennemi à revers et pour cela il faut construire un pont au-dessus d'un cañon.

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Le personnage principal, Peter Miller, est un opérateur en chef qui doit filmer la construction du pont en question. Mais Peter n'est pas libre dans ses actions. Il doit suivre tout ce que lui dit l'idéologue et propagandiste de l'Empereur, Markhel. Ce dernier a déjà écrit le scénario de la construction et veux que Peter produise un film truqué, à l'aide de décors, d'après ce scénario. En gros, ce film doit exalter l'Empereur, montrer la lutte de Markhel avec des saboteurs imaginaires, etc. Markhel veille aussi à ce que Peter et ses collègues ne filment pas le déroulement réel de la construction. De plus, il cherche partout des ennemis, parmi les ingénieurs, les soldats, les sapeurs, etc., et fait tuer beaucoup de gens innocents, qu'il appelle à dénoncer.

Cependant Peter et quelques uns de ses collègues filment en cachette ce qui se passe réellement, avant de dissimuler les bandes. De plus, alors qu'il découvre par hasard qu'il a la capacité d'être parfois invisible, il réussit à parler avec des soldats et des sapeurs qui sont aussi mécontents de ce qui se passent autour d'eux, mais qui, malgré tout, restent inactifs et ne se décident pas à entrer en opposition.

Le roman d'Andreï Lazartchouk se veut donc une virulente dénonciation de l'absurdité de la guerre, mais pas seulement. C'est toute la mécanique de la propagande, sous sa forme la plus classique (fausses nouvelles, images mises en scène, et donc manipulation de masses) qu'il dévoile et critique. Pour se faire, il utilise un artifice régulièrement employé par les auteurs de Science Fiction de l'époque soviétique, à savoir, celui des pays imaginaires, ce qui transforme aussitôt son récit en une forme de parabole. Cela n'est pas un hasard puisque le roman date de 1990, à la toute fin donc de cette époque.

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Il n'empêche que ce type de réflexion est clairement intemporel et qu'au final ce roman d'actualité. Sans être un chef-d'oeuvre, il se laisse agréablement lire et pousse bien le lecteur à la réflexion. Toutes ces qualités ont d'ailleurs fait que ce roman a connu rien de moins que trois éditions dès la première année, en tout 190000 exemplaires (pour un total maintenant de 230000).

03.09.2009

Sergueï Pali - Boomerang: une présentation

Depuis une trentaine d'années est apparu aux Etats Unis un genre un peu spécial, celui de la novellisation: mise en roman de films, de séries, voire plus récemment de jeux vidéo ou de jeux de rôle. La production est en général remarquable de médiocrité, mais il arrive que quelques grandes plumes de la SF ou de la Fantasy US s'y frottent. On peut prendre pour exemple la série Star Trek, qui compte parmi ces auteurs d'illustres inconnus, mais aussi James Blish, David Gerrold, Barbara Hambly, Vonda McIntyre, Greg Bear ou encore Joe Haldeman. Malheureusement, la signature de ces poids lourds de la littérature n'a pas toujours été gage de qualité.

 

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En Russie, le phénomène est, comme on peut s'en douter, beaucoup plus récent. Et là bas, c'est un jeu vidéo ukrainien sorti en 2007 qui en est l'origine, Stalker, très vaguement inspiré de l'oeuvre des frères Strougatski, et dont la qualité surprend, justement lorsqu'on le compare avec d'autres jeux adaptés des romans des deux frères.

Depuis plus d'un an maintenant, les éditions Ast publient donc des romans mettant en scène des stalker, romans dont on nous avait fait part jusqu'ici de l'assez faible qualité. Il se pourrait bien que ça change. Car après Alexandre Zoritch, c'est Sergueï Pali qui nous signale la parution récente d'un roman qu'il a écrit pour la série, Boomerang.

 

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Il nous a au passage fait parvenir la quatrième de couverture:

"La Zone a proposé de nouveau un curieuse énigme à ses habitants. Des artefacts uniques, les "boomerangs", apparaissent en différents endroits. Avec eux, il est possible non seulement de guérir les blessures ou de parer les balles mais aussi d'influencer le cours des événements.

La chasse à ces curiosités commence.

Le libre stalker Minor est un centenaire de la Zone. Comme pas un, il sait que plus la gratte est précieuse, plus il est difficile de s'en procurer et de rester vivant. De plus, il comprend qu'il n'y a qu'une seule chance d'obtenir ce trésor.

Avec une équipe à toute épreuve, Minor part pour un dangereux voyage afin de résoudre le mystère du "boomerang". Mais les pièges mortels et les mutants féroces ne sont pas le principal danger pour un stalker expert..."


Nous tâcherons de nous procurer ce livre, histoire de voir et de vous en dire plus.



PS: Comme de fait exprès, nous travaillons en ce moment à la révision de la traduction du roman Stalker, l'original celui-là, d'Arkadi et Boris Strougatski. C'est à paraître chez Denoël en 2010: ne le ratez, c'est un chef-d'oeuvre!



 

12.07.2009

Vladimir Mikhaïlov - Le Corps de la menace

Fichtre. Deux semaines sans rien poster. Un record dans la (courte) histoire de ce blog. Mais après cette pause bien méritée, il est temps de reprendre du poil de la bête. Hélas, cela se fera avec un échec: le roman Le Corps de la menace (Тело Угрозы), de Vladimir Mikhaïlov.

 

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Vladimir Mikhaïlov (1929-2008) était un écrivain dont la carrière dans le domaine de la Science Fiction fut longue et intéressante, notamment à l'époque soviétique, durant laquelle il publiait ses textes auprès d'éditeurs de Lettonie, où il résidait et où il fut directeur de plusieurs revues littéraires, dont Daugava (une des plus célèbres revues littéraires d'URSS).

Il nous semblait donc intéressant de découvrir ce qu'il avait bien pu écrire après la Perestroïka et sous l'ère Poutine. Le Corps de la menace est notre première lecture en ce sens, et, il faut bien le dire, nous avons été déçus.

L'action de ce roman passe de nos jours. Un astronome amateur, Lutsian Rjev, découvre un corps cosmique inconnu qui s'approche de la Terre et peut la menacer d'une catastrophe : il l'appelle le Corps de la Menace. Lutsian Rjev essaye d'en prévenir la société et des savants. Il s'adresse à des observatoires russes et aux pouvoirs (en mentionnant le Président). Un journaliste, Minitch, vient chez lui pour écrire un article sur lui puis, commence aussi à s'intéresser à l'astronomie et à ce corps cosmique. Quelque temps plus tard, Rjev meurt d’un cancer des poumons et lègue sa petite maison et son télescope à Minitch.

Entre temps, le service de la sécurité du Président, qui examine toute information où celui-ci est mentionné, avant de lui parler de ce corps cosmique, décide d'abord de consulter des astrologues, des voyants connus. Ces derniers, à l’exception d’une dame nommée Zina, disent que dans le cosmos il n'y a rien qui puisse menacer la Terre.

Après la mort de Rjev, Minitch décide de visiter sa maison, qui se trouve dans la région de Moscou. Chemin faisant  il fait la connaissance d’une femme (c'est Zina) qui se rend aussi dans la maison de Rjev. Ensemble, ils décident de continuer l'observation du corps cosmique. De plus, Minitch écrit un grand article sur ce corps cosmique et la catastrophe qu'il peut éclater. Bientôt, les relations entre Minitch et Zina deviennent intimes. Ils rentrent à Moscou. Minitch passe son article au rédacteur en chef du journal et attend son parution.

Entre temps, le service de la sécurité du Président tâche de ne pas divulguer l'information sur le corps cosmique. Il interdit au rédacteur de publier l'article et recherche Minitch et Zina.

Pendant ce temps-là, le Président se trouve en mission au Kamtchatka. Il ne sait rien du corps cosmique et son objectif principal pour les jours à venir est la préparation d'un accord et d’une conférence sur le désarmement nucléaire en collaboration avec le Président américain.

Comme on peut le voir avec ce court résumé du début, ce roman nous plonge dans une ambiance digne de la Guerre Froide, mais remise au goût du jour. La Russie et les Etats Unis ont toujours les pires peines du monde à s'entendre. De méchants et malhonnêtes oligarques (évidemment en exil aux USA) font tout pour prendre le pouvoir à la place du Président russe. Tout cela fait qu'au départ, tout le monde se contrefiche de cette menace venue de l'espace, et que, quand enfin elle est prise au sérieux, les deux pays sont incapables d'unir leurs efforts, chacun envoyant un vaisseau vers la chose, avec tous les risques de cafouillages que cela entraine.

Partant d'un cliché (l'astronome amateur qui découvre, seul, ce corps céleste menaçant et qui peine à en faire prendre conscience la communauté scientifique), l'ensemble du roman fonctionne finalement en mode binaire. Les Européens en sont  quasi totalement absents, par exemple (pour ne pas parler de la Chine ou de l'Inde). S'il y a bien un but que le roman réussi à atteindre, c'est de montrer qu'en cas de menace globale, chacun cherche à tirer la couverture vers soi, mais personne ne pense au bien commun. Cependant tout ceci en fait quand même quelque chose de raté sur le plan de l'histoire. Nous sommes bien loin de l'intérêt philosophique des romans du même auteur écrits dans les années 1970.

 

Edit 15h00

Ceux qui voudraient se faire une idée du talent passé de Vladimir Mikhaïlov peuvent toujours se reporter à sa nouvelle Triste conversation à l'aube,Antarès traduite par André Cabaret et publiée dans Antarès, n°24, 1986, p. 40-55. C'est un très beau texte.

22.03.2009

Iouli Bourkine - Des Fleurs sur nos cendres

 

Dans un futur lointain, l'Humanité a disparu, mais a laissé derrière elle des êtres qu'elle a volontairement créés pour lui succéder, des papillons anthropomorphes, êtres dont le corps est humain, mais dôté d'ailes, et dont le développement implique un passage par les stades «chenille», puis «chrysalide» et enfin «adulte». Tel est le postulat de base de Des Fleurs sur nos cendres (Цветы на нашем пепле) de Iouli Bourkine.

 

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Un des personnages principaux du roman est une jeune femme-papillon, Livienne. Elle appartient à la tribu des Maakiis. En dehors des Maakiis, la Terre est habitée par les Machaons et les Uraniidés. Ces trois tribus sont en mauvais termes. Les Maakiis sont considérés comme des papillons civilisés. Ils vivent dans une Ville. Chez eux, le rôle dominant appartient aux femelles et notamment à un Conseil d’Initiées (celles qui ont le pouvoir sur les autres). Cette tribu crée d’une manière artificielle des soit-disant penseurs : ce sont des chrysalides qui ne se transforment jamais en papillons. Elles ne se développent pas physiquement mais par contre leur cerveaux est beaucoup plus formé que chez les papillons normaux. Les penseurs ne savent pas parler mais sont capables de retenir et d’analyser beaucoup d’informations et d'en tirer des conclusions. Ils jouent le rôle de conseillers, de pronostiqueurs auprès du Conseil d’Initiées et ils communiquent avec la société à l’aide de leurs mères (par voie de télépathie). Pourtant, la société, en général, les considère comme proscrits.

 

Les Machaons sont religieux. D’après eux, c’est un Dieu nommé Hello (qui habite dans une caverne du même nom) qui a crée les papillons. C'est ce dieu qu'ils honorent.

Les Uraniidés sont considérés comme des barbares. Ils vivent dans une forêt et de par leur mode de vie sont plus proches de la nature que les autres.

Livienne, sans le savoir, est un membre d’une expédition sécrète envoyée par le Conseil d’Initiées à la recherche de la caverne du Dieu Hello où se trouve a priori la réponse à la question : « D’où viennent les papillons ? ». Lors d'une étape, un gros "chat" attaque Livienne et l’emporte dans le forêt. Un chasseur de la tribu des Uraniidés, Rambaï, la libère et lui propose de se marier avec lui. La mère de Rambaï était Maakii mais elle s’était enfuie chez les Uraniidés car elle ne voulait pas qu’on fasse de son fils un penseur. Livienne et Rambaï arrivent dans la tribu des Uraniidés et demandent à son Chef la permission de se marier. Ce dernier leur donne son accord pour le mariage mais en même temps, il les chasse de la tribu car les descendants qu’ils pourraient produire seraient Maaki et non pas Uranidées.

Telles sont les origines du premier empereur de cette société à la fois familière et étrange. Un empereur immortel et dangereux, qui conduira ses opposants à une fuite dans l'espace et à la destruction définitive de la Terre.

 

L'intrigue du roman de Bourkine est complexe, mais elle prend le temps de se déveloper et est finalement assez aisée à suivre, du fait d'un style simple mais pas simpliste. La langue de l'auteur se veut volontairement chantante, au point d'ailleurs qu'il utilise un «refrain», élément pour le moins étonnant dans un roman.

Si l'idée d'hommes-papillons n'est qu'un artifice poétique (le fait qu'il puisse voler est totalement irréaliste), elle entraîne toutefois à sa suite bien d'autres concepts intéressants, comme ces «penseurs», des papillons volontairement sacrifiés, que l'on force à rester à l'état de chrysalide, cerveaux télépathes faisant office d'ordinateurs vivants. L'idée d'un empereur doté de nombreux clones, télépathes eux aussi constituant ainsi un réseau dans lequel ils fusionnent en une seule et même entité intelligente, est aussi quelque chose de bien amené et original.

Le travail de Iouli Bourkine n'est pas novateur, du moins pas plus que ne l'était par exemple celui de Pierre Bordage, dans Les Guerriers du silence, mais c'est son ampleur qui force le respect. Il nous propose une vaste fresque, presque un chant épique sur l'échec d'une société émergente qui n'a pas sû réellement se distinguer de son modèle et créateur. Ces papillons sont finalement aussi humains, et donc imparfaits, que nous. Des FLeurs sur nos cendres contitue un roman ambitieux, important et captivant.

 

Ce roman a déjà été réédité deux fois. Il a remporté le Strannik, sans doute le plus important prix de SF russe de nos jours, de même qu'il a été bien placé pour le prix Booker 2000, prix de littérature générale pourtant...

 

Editions Ast (Moscou)

480 p. (pour la première édition)

ISBN 5-237-04655-X

06.03.2009

Quelques informations diverses

Voici quelques informations sur des publications importantes à venir:

Sergueï Loukianenko a achevé son travail sur le roman du fantasy humoristique L'Empoté (Недотепа). L’action du roman se passe dans une époque pseudo-médiévale. Le personnage principal est le jeune fils, nommé Empoté, d’un duc. Ce duc est détrôné frauduleusement. En essayant de recouvrer l’héritage de son père, le jeune homme devient le disciple d’un mage. Ce roman doit sortir en avril-mai aux éditions Ast.


Les écrivains de Kharkov Henry Lion Oldie et A. Valentinov ont terminé la rédaction du troisième et dernier livre du roman Alioumen ou Opéra de la Terre (Алюмен, или Земная опера). Les éditions Eksmo  envisagent de sortir au début de l’automne la partie finale de cette trilogie Le Mécanisme de la vie (Механизм жизни).


Les écrivains de Kiev Marina et Sergueï Diatchenko ont achevé leur nouveau roman intitulé Digital ou BREVIS EST (Цифровой, или BREVIS EST). Le livre doit sortir cette année aux éditions Eksmo.