21.12.2009

Et maintenant, la couverture de Stalker

Après avoir dévoilé la couverture de L'Île habitée, Lasth nous montre maintenant sur le Moonmotel l'illustration qui a été retenue pour Stalker, qui sortira aussi en avril 2010 chez Denoël, dans une traduction révisée par nous.

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Elle exprime merveilleusement bien la solitude et la petitesse du stalker face à une "zone" qui le dépasse, comme elle dépasse tout le monde.

20.12.2009

A propos de Valeri Brioussov - une interview d'André Cabaret

Nous avons saisi l'occasion de la parution du recueil Les Derniers martyrs, de Valeri Brioussov, pour poser quelques question à son traducteur, André Cabaret:

 

Voilà plus de vingt ans que vous travaillez à traduire l'oeuvre de Valéri Brioussov. Qu'est-ce qui vous passionne tant chez cet auteur? Comment vous est venue l'idée de ce recueil?

Au départ, Brioussov n'était pour moi qu'un poète symboliste parmi d'autres, que j'ai un peu visité au cours de mes études. Beaucoup plus tard, fournissant des traductions pour la revue Antarès, j'ai cherché  des textes intéressants et suis tombé par hasard sur la République de la Croix du Sud. J'ai découvert alors un prosateur méconnu dont les nouvelles flirtaient sinon avec la science-fiction, du moins avec une certaine forme d'anticipation ou de fantastique. J'ai traduit dans la foulée les Derniers martyrs et La Terre. Quelques années se sont encore écoulées et j'ai commencé à travailler pour les éditions Circé. Je leur ai proposé mes traductions de Brioussov, dont j'avais entre-temps acquis toutes les nouvelles rassemblées en un seul volume aux éditions Sovietskaïa Rossia (1983).

 

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Il y avait là-dedans des textes inachevés (par exemple : La Révolte des machines) et il en manquait d'autres (Les Récits de Macha). Je me suis attelé à la tâche, avec l'intention de constituer un recueil complet des récits achevés de Brioussov, les romans ayant paru ailleurs (chez L'Âge d'homme, notamment). Pourquoi ? Pour que le lecteur français découvre à son tour cet auteur prolifique, qui ouvre des perspectives fascinantes sur la culture russe du début du xxe siècle. Un volume intitulé L'Axe terrestre a paru chez Circé, au format poche, en 1998, mais il n'y a pas eu de suite et cela ne représentait qu'un tiers des textes.

 

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Le travail de restitution en français d'une œuvre étrangère est une joie en soi. C'est un plaisir véritable que de voir surgir sur l'écran (ou sur la feuille) un texte qui a l'air de naître sous vos doigts, sachant que cela fait aussi d'une certaine manière revivre l'auteur. Ce qui m'a fasciné chez Brioussov, c'est son exploration méthodique des abîmes les plus sombres, les plus morbides, les plus étranges de l'esprit humain. Symbolisme, décadence, hyper-réalisme, fantastique cohabitent dans une logique implacable, sans solution de continuité entre tous les genres. Le tout servi par une langue à la fois simple et flamboyante. Les personnages, toujours entre névrotique et psychotique, à la limite du pervers, du dépravé, de l'amoral, sont en situation border line, et s'ils passent de l'autre côté de la ligne, c'est en restant néanmoins profondément humains – trop humains. Bref tout ce qui satisfait l'amateur de littérature décalée.


Les textes présents dans ce recueil sont vraiment très divers. On a parfois l'impression d'avoir affaire à des auteurs différents. On peut se poser la question, notamment en ce qui concerne les textes historiques, de s'il ne s'agirait pas de textes de commande. Cela peut-il être le cas?

Non : Brioussov n'écrivait pas sur commande. Il avait déjà tant à faire avec toutes les pistes qu'il se proposait à lui-même qu'il n'aurait tout simplement pas eu le temps d'honorer une commande ! C'est ce qui explique la disparité entre les textes : chacun est une expérimentation menée par l'auteur. Il s'essaie à tel genre, à telle manière d'écrire, à telle technique, et il creuse son sujet. L'important pour lui étant de concrétiser par écrit un projet précis, qu'il ait pour cadre une époque historique, une relation amoureuse ou un univers parallèle.


Brioussov est connu pour son engagement dans la Révolution. Pourtant, en définitive, cela se ressent peu dans son oeuvre. Même ses oeuvres les plus visionnaires, comme La République de la Croix du Sud, Les Derniers martyrs, ou encore La Terre (que nous avons réédité dans Dimension URSS) sont particulièrement ambigus, en tout cas peu partisans. Comment expliquez-vous cela?

Brioussov ne se positionnait pas en tant que militant politique. Il était un écrivain, un poète, un intellectuel, et, pour lui, les recherches formelles comptaient plus que les réformes sociales. S'il a adhéré, au moins en partie, aux idées révolutionnaires, c'est comme la plupart de ses confrères : sans avoir une vision très claire de l'avenir ni s'enrôler sous la bannière du parti. Tous, ils appréciaient dans l'événement révolutionnaire son caractère cataclysmique, sa force de destruction d'un passé entaché de toutes les tares, et la liberté qu'elle apportait aux créateurs débarrassés de la censure tsariste autant que de l'auto-censure. Il n'est pas certain que beaucoup aient mesuré avec exactitude vers quoi tendaient les bolchéviks avec leur remise en compte radicale du passé et leur volonté de construire un monde nouveau et un homme nouveau, à partir de leurs principes. Brioussov a eu la « chance » de mourir en 1924, avant d'être broyé par le système qui se mettait en place. Il n'en reste pas moins que, désireux « d'être un précurseur dans n'importe quelle nouvelle affaire », il a effectivement pris à bras-le-corps certaines responsabilités : il a administré le service de la Bibliothèque de Moscou et présidé l'Union russe des poètes. Mais il n'avait pas la fibre politique.


Vous avez publié dans ce recueil une pièce d'archive inédite, Les Récits de Macha, dont le ton et la structure fait plus penser au résultat d'une enquête ethnographique à la Afanassiev. Brioussov a-t-il effectué lui-même ce type de travail de collecte?

Oui. Cela faisait partie de ses préoccupations de linguiste.


Comptez-vous publier encore d'autres oeuvres de Brioussov?

Pas vraiment puisque tout ce qui était en prose a déjà été traduit, à part un court roman d'aventure intitulé La Montagne de l'étoile (daté de 1899 et publié pour la première fois en 1974 dans la revue soviétique Fantastika) qui n'ajouterait rien à la gloire de l'écrivain... Quant à la poésie, honnêtement, je préfère ne pas m'y attaquer...


Et sinon, quels sont vos projets en cours, que ce soit dans le domaine de l'Imaginaire ou d'autres?

Actuellement je travaille sur l'histoire de mes parents. Ils se sont connus en Allemagne pendant la guerre, maman arrivant de Kharkov en Ukraine et papa de Mortagne-au-Perche. C'est déjà très romanesque en soi. J'en suis à peu près à la moitié.

Sinon j'ai deux ou trois polars sur le feu et plusieurs traductions en vue, pour Kéruss  ou pour d'autres éditeurs.

 

Valeri Brioussov - Les Derniers martyrs

Il fallait être une petite structure éditoriale, propre à prendre des risques quand les grosses se reposent sur leur patrimoine, pour oser publier un tel ouvrage : un recueil des nouvelles « extraordinaires » de Valeri Brioussov (1873-1924). C'est ce qu'ont fait les éditions québécoises Keruss, et nous ne pouvons que les en remercier. Faisant suite aux Pensées intimes, du même auteur, et aussi traduites par André Cabaret, Les Derniers martyrs regroupent l'ensemble des textes fantastiques, historiques, voire de Science Fiction de celui qui fut un des leaders du mouvement symboliste dans la Russie tsariste agonisante et à l'aube du monde soviétique.

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Du fait du caractère exhaustif de l'ensemble, il va de soit qu'on obtient là un recueil très divers, et le traducteur n'a pas fait le choix de classer ces textes en fonction de leur genre. Et c'est tant mieux, car ainsi, il évite au lecteur un possible sentiment de répétition. Car les textes historiques de Brioussov peuvent parfois sembler redondants. s'ils ont des cadres très divers (l'Italie antique, médiévale ou de la Renaissance, les bords de la Baltique au Moyen Âge), l'histoire qu'ils racontent est trop souvent la même : un amour impossible entre deux personnes de classes différentes. Il n'empêche qu'ils se lisent avec plaisir, notamment la magnifique Rhéa Silvia, une reconstitution magnifique de la Rome antique mourante, prise sous les feux croisés des conquérants goths et des armées venues de Grèce sous la conduite de Bélisaire.

Les textes fantastiques sont d'une autre nature. Se déroulant le plus souvent en Russie même, ils ont d'apparence une allure classique. Pourtant, ils ont bien plus de profondeur qu'ils n'en ont l'air. Ainsi Les Soeurs, qui rejouent à leur manière le jugement de Pâris, un jugement qui là aussi tourne mal. Brioussov explore ce qu'il peut y avoir de plus sinistre, de plus bancal dans l'âme humaine. Maintenant que je suis éveillé montre le parcours d'un psychopathe qui préfère les cauchemars à la vie éveillé, allant jusqu'à se droguer pour dormir le plus possible dans des rêves torturés et sinistres. La Défense nous présente un jeune galant qui pousse le mauvais goût jusqu'à prendre l'apparence d'un mari décédé pour séduire la veuve. Seule déception dans ce registre : Eluli, fils d'Eluli, qui use du poncif de l'expédition archéologique en territoire mystérieux pour planter une histoire fantastique finalement banale.

Mais là où Brioussov est le plus grand, le plus impressionnant, c'est dans ses récits pouvant se rapporter à la Science Fiction. Il y fait là oeuvre de visionnaire, dans des textes hélas trop peu nombreux. La République de la Croix du Sud est un texte déjà connu des anciens lecteurs de la défunte revue Antarès. Mais il méritait largement une réédition. Brioussov y décrit l'ascension et la chute d'une société créée de toute pièce, en Antarctique, par un trust de firmes métallurgiques. Ces firmes ont une vision toute paternaliste, typique du patronat du XIXe siècle, de la société, qui vire en définitive à une sorte de dystopie, monde de progrès techniques fulgurants dans lequel les habitants ne vivent que dans une pseudo-liberté. Et c'est cette absence de liberté, pourtant non perçue de façon consciente par les habitants, qui va mener ce monde à la catastrophe.

Les Derniers martyrs, qui donne son nom au recueil, est assurément un chef d'oeuvre. Texte ambigu, il se place dans un monde parallèle, dans le cadre d'une révolution qui mène à la condamnation d'une secte religieuse. Défense de l'Orthodoxie face aux persécutions bolcheviques ? Pas le moins du monde. On ne dévoilera pas ici la chute de cette nouvelle, saisissante : elle montre juste que Brioussov avait un talent immense.

On conclura cette critique par un texte de jeunesse de l'auteur, Chevauchée nocturne (1908), texte très intéressant pour l'histoire de la Science Fiction. Il y est en effet question d'un jeune homme discutant avec le Diable, celui-ci lui proposant d'aller visiter d'autres mondes dans l'univers. Et c'est l'occasion pour Brioussov de faire une description d'extraterrestres remarquable. Qu'on en juge :

« Une végétation croissait partout. Elle bougeait doucement. C'étaient des tiges orangées, grosses comme un bras, enracinées dans le terreau ; elles portaient des feuilles étroites, à peine déroulées, pareilles à des écailles, avec un chapeau arrondi à leur extrémité, comme une petite coupelle. Celle-ci était couronnée de pétales, à peine développées elles aussi, entre lesquelles on voyait, qui reflétait le ciel, quelque chose comme des yeux. » Et chose surprenante pour l'époque, ces créatures à l'aspect de plantes s'unissent par trois, ce qui ne manque pas de choquer le narrateur.

Les Derniers martyrs s'avère donc être un recueil remarquable, très diversifié et intéressant non seulement les passionnés d'histoire de la littérature russe, mais tout simplement les amateurs de bon fantastique. Malheureusement, les éditions Keruss sont actuellement très mal distribuées en France. Il est toutefois possible de passer commande directement sur leur site internet.

17.12.2009

L'Île habitée: la couverture définitive

Et voici maintenant la version définitive de l'illustration prévue pour la réédition de L'Île habitée, des frères Strougatski, chez Denoël en mai prochain. Elle est de Lasth et elle est très réussie:

 

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Pour expliquer le processus de création, Lasth a fait une petite note sur le Moonmotel.

13.12.2009

Alexandre Kolpakov - Griada

Il y a des romans sur lesquels nous aurons toujours des difficultés à parler. Certains parce que ce sont des chef-d'oeuvre, et qu'il n'est jamais évident de disserter sur ceux-ci; d'autres parce qu'ils sont à ce point mauvais qu'ils sont carrément exempts d'humour, même involontaire, et donc d'un ennui mortel. Malheureusement, Griada (Гриада) d'Alexandre Kolpakov, entre clairement dans la seconde catégorie. Pourtant, nous avions bien envie de le lire, non pas du fait du résumé de quatrième de couverture, qui laissait attendre une quelconque histoire d'exploration spatiale, mais de la magnifique illustration de Jean-Claude Forest.

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Hélas, mal nous en a pris, car tout comme le Sur la Planète orange, de Leonid Onochko, aussi publié au Rayon Fantastique, ce roman n'est qu'une pâle copie d'Aelita, d'Alexis Tolstoï. Mais non content d'en reprendre simplement le principe, comme l'avait fait Onochko, Kolpakov, lui copie tout, dans le moindre détail: super professeur et super pilote s'en vont dans super vaisseau à la découverte d'une autre planète. Celle-ci est dotée d'une civilisation techniquement supérieure à celle de la Terre. Mais elle est dirigée par une technocratie qui oprime les gentils ouvriers. Mais avec l'aide d'une gentille indigène, nous deux camarades vont se mêler de la révolution locale. Mais là où Tolstoï fait échouer celle-ci, Kolpakov, lui, rate le coche, et c'est ainsi que nos bons prolétaires interstallaires vont pouvoir faire régner l'amitier entre les peuples. Car si Tolstoï écrivait durant la Guerre Civile, et qu'alors la Révolution ne pouvait s'exporter ailleurs, dans les années 1960, la situation est tout autre, et le marxisme-léninisme se veut triomphant.

 

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Trève de rigolade (surtout que la lecture fut tout de même particulièrement pénible). Si l'édition française (dont on notera la grande médiocrité de traduction) date de 1962, l'original ne l'a précédé que de deux ans. Publié en 1960 aux éditions Molodaya Gvardia, Griada n'a par la suite jamais été réédité. Permettons-nous deux hypothèses pour expliquer ce fait: soit tout le monde s'est rendu compte du plagiat et a finalement préféré lire l'original que la copie; soit tout le monde s'est rendu compte de l'immense médiocrité (car Kolpakov n'a pas la moitié du talent de Tolstoï) de la copie en question.

Osons trancher: il s'agissait sans doute des deux...

10.12.2009

Le sommaire de Dimension Russie

Le travail sur Dimension Russie avance. Et les traductions (qui sont cette fois-ci toutes de nous) sont maintenant achevées. Certes, il reste à tout relire et surtout à rédiger l'introduction et le dictionnaire des auteurs. Mais du coup, nous sommes tout de même déjà en mesure de dévoiler le sommaire:

Vladimir Pokrovski, "Avant propos"
Viktoriya et Patrice Lajoye, "Préface"
Pavel Amnouel, Le Rayon vert
Henry Lion Oldie, Relève-toi, Lazar
Marina et Sergueï Diatchenko, Les Ailes
Mikhaïl Ouspenski et Andreï Lazartchouk, "Le Jeune Communiste de Mordovie", sous-marin jaune
Andreï Salomatov, La Fête
Henry Lion Oldie, Viens me voir dans ma solitude...
Marina et Sergueï Diatchenko, Basket-Ball
Sergueï Pali, La Sirène
Iouli Bourkine, Le Papillon et le basilic

Tous les genres sont abordés dans ce sommaire, même si, en définitive, les textes réellement inclassables forment la majorité.

Allez, plus que quelques mois à attendre!

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07.12.2009

L'actualité de Vladimir Sorokine

A lire dans le prochain numéro de Galaxies (n°7, à paraître dans quelques semaines: un article de Denis Labbé sur l'oeuvre de Vladimir Sorokine, et plus spécialement sur la Journée d'un opritchnik.

 

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Autrement, pour 2010, ce ne sont pas moins que deux romans de cet auteur qui sont annoncés. Tout d'abord La Voie de Bro, chez l'Olivier, la suite de la trilogie débuté par La Glace. Ensuite Roman, chez Verdier, un monstre de plus de 1000 pages. Que du bonheur, donc, pour l'année prochaine.

 

05.12.2009

L'Épineux chemin des étoiles

Continuons un peu notre voyage dans l'univers de Kir Boulytchov, en nous attachant cette fois-ci à l'une de ses activités les plus importantes, celle de scénariste pour le cinéma. Car non seulement ses oeuvres ont été régulièrement adaptées, mais il a aussi travaillé à des scénarios inédits ou presque (le film dont nous allons parler ci-dessous ayant de fait une vague ressemblance avec une des nouvelles de Kir Boulytchov).

Ainsi, en 1981, les studios Gorki ont sorti le film L'Épineux chemin des étoiles ( Через тернии к звёздам), connu aussi en anglais sous les titres The Hard way to the stars ou The Thorny way to the stars. Ce film de Richard Viktorov, en deux parties et d'une durée totale de 2h20, n'est jamais sorti en France, bien qu'apparemment il ait été diffusé au Canada avec un titre français (Dans les Épines vers les étoiles).

Résumons un peu. Un vaisseau spatial rencontre par hasard l'épave d'un vaisseau inconnu. Lors de l'exploration de celui, l'équipage découvre les cadavres d'humanoïdes dans une sorte de laboratoire de clonage, et, à leur grande surprise, une survivante restée dans une combinaison spatiale alors que le vaisseau inconnu a été endommagée il y a au moins plusieurs mois.

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La survivante en question s'avère être une jeune femme, grande et filiforme, incapable de parler et pourtant douée d'étrange pouvoirs, comme la téléportation ou la faculté de mouvoir les objets à distance. Très vite, on se rend compte qu'elle est artificielle, et qu'il est possible, à l'aide d'un appareil électronique, de contrôler son corps contre son gré.

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Un scientifique propose alors de la placer dans un milieu humain agréable et sans contraintes, afin de l'amener petit à petit à communiquer. Bien évidemment, il s'agira de sa maison et de sa propre famille, autrement dit, ses parents, l'inévitable robot domestique, et surtout son fils, d'une vingtaine d'années, un cadet de l'espace qui ne tardera pas à éprouver des sentiments pour la jeune inconnue.

 

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Une maison du futur à la mode soviétique...

 

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... et le robot domestique, très efficace malgré son apparence, car doté d'un IA rudimentaire.

Petit à petit, la jeune femme va retrouver la mémoire, et se souvenir qu'elle vient d'une planète cauchemardesque, presque totalement détruite par la pollution, et sur laquelle les habitants, réfugiés sous terre, ne peuvent plus sortir qu'avec un masque à gaz.

 

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Le degré de pollution est si fort que nombre d'enfants naissent avec des déformations, y compris au visage, ce qui les obligent à vivre en portant un masque aux traits neutres.

 

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Comme de fait exprès, une délégation venue de ce monde est présente sur Terre, afin de demander une assistance scientifique. Et un vaisseau expérimental, spécialisé dans les travaux de dépollution, va être envoyé, avec bien sûr à son bord le jeune cadet, et notre inconnue, parvenue à y monter clandestinement et finalement acceptée par l'équipage.

Drôle de film que celui-là. D'abord parce qu'il est d'une laideur absolue. La photographie est immonde, et le montage semble avoir été fait à la hache. Enfin la réalisation est d'une platitude extraordinaire. Et pourtant, les acteurs sont excellents, les trucages impécables pour l'époque et surtout pour une production qui ne bénéficie pas de moyens hollywoodiens: nous sommes ici dans le royaume de la débrouille, et finalement, ça passe bien.

Mais ce qui fait tout l'intérêt de L'Épineux chemin des étoiles, est son scénario. Qui n'a pas pris une ride. Certes, le message politique qui se dessine dans la seconde partie est simplitiste, mais il faut bien dire que le film a été produit par la branche des studios Gorki spécialisée dans le cinéma pour enfants. Ce qui importe surtout est l'aspect écologique: ce film fait peur. Il parle de la pollution chimique de l'atmosphère, de l'effet de serre, de la disparition de la vie du fait des activités humaines, en montrant un monde qui pourrait être le nôtre dans quelques décennies. Rappelons que nous sommes en 1981, et qu'à l'époque, le message écologique est encore rare dans la Science Fiction, si l'on fait exception de l'oeuvre de John Brunner (Tous à Zanzibar, Le Troupeau aveugle...) et des auteurs "politiques" français. Le seul film antérieur qui soit chargé d'un message aussi fort restant l'excellent et hélas trop méconnu Silent Running de Douglas Trumbull.

Ce qui frappe aussi le spectateur est la précision de l'arrière plan culturel, une précision qui n'est pas démonstrative: tout passe comme au naturel. Ainsi , par exemple, voit-on des gens employer de manière routinière une base de données informatisée, d'autres vivant dans une maison dont la domotique est particulièrement avancée tout en proposant un cadre traditionnel (le bois est omniprésent). Le vaisseau spatial lui-même est développé sous forme de soucoupe (car dans l'espace un "avant" et un "arrière" n'ont aucun sens). Rien n'est invraisemblable dans ce film, qui du coup vaut largement le détour.


Comme nous l'avons dit plus, le film n'est jamais sorti en France, et la compagnie RUSCICO ne l'a pas encore intégré à son catalogue.

Il est par contre possible de télécharger les deux parties, avec un bon sous-titrage anglais ici et . Pour cela, recopiez dans la petite fenêtre proposée le code indiqué sur un dessin variable, puis cliquez sur "СКАЧАТЬ". Dans les deux cas, une nouvelle fenêtre s'ouvrira, vous proposant un lien: il suffit alors d'y faire un clic droit, puis "enregistrer sous". Attention, le temps de téléchargement peut être très long (quelques heures).

01.12.2009

Les Strougatski en 2010 chez Denoël

Nous vous l'annoncions dans notre précédente note: deux romans des frères Strougatski sont à paraître en 2010 dans la collection Lunes d'Encre chez Denoël.

Cela vient donc d'être officialisé: L'Île habitée et Stalker sont prévus pour avril prochain.

 

24.11.2009

Kir Boulytchov - Le Village

L'un des romans les plus connus de Kir Boulytchov, mais aussi un de ses derniers de la période soviétique, est Le Village (Поселок), publié en 1988 et tiré lui-même d'une nouvelle datant de 1980.

 

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Le Village est un récit tout simple: un vaisseau spatial  « Полюс » (le Pôle) a fait naufrage sur une planète inconnue. L'équipage a été obligé de quitter le vaisseau à cause de trop fortes radiations. Les gens se sont retrouvés sur une planète sans nom dont le climat est beaucoup plus dur que celui de la Terre. Pour trouver un endroit où s'installer ils en ont été réduits à se frayer un passage au travers de chaînes de montagnes. Lors du passage, maintes personnes ont péri, ceux qui ont survécu  (à peine une poignée) se sont installés non loin d'une forêt et ont créé un petit village.

Un des personnages principaux, Oleg, est un jeune homme de vingt ans. Il s'est retrouvé  sur cette planète alors qu'il avait un an (il est né au bord du vaisseau). Son père est mort lors du passage. Oleg vit avec sa mère dans une sorte de cabane. Les autres survivants ainsi que leurs enfants, qui sont nés sur cette planète, vivent dans des cabanes similaires qui forment donc cette sorte de petit village. Ces gens sont coupés de la civilisation. Cela fait déjà presque vingt ans qu’ils habitent sur cette planète et ils ont essayé à plusieurs reprises de repasser à travers la chaîne de montagnes et de retourner à leur vaisseau pour prendre des choses nécessaires, mais toutes leurs expéditions se sont soldées par des morts.

Pour survivre, les gens du village sont obligés de se procurer de la nourriture dans la forêt qui cache d'ailleurs beaucoup de dangers. Ils se sont fabriqués des instruments aratoires primitifs, ils n'ont pas de médicaments nécessaires et utilisent des racines et des herbes qu'ils trouvent dans la forêt. Leur vie ressemble beaucoup à la vie de nos ancêtres. Mais ils gardent l'espoir qu'un jour ils pourront établir une liaison avec la Terre. Les personnes les plus âgées du village tâchent de transmettre leurs connaissances aux enfants. Un des personnages principaux, le Vieux, enseigne l'histoire, la littérature, la géographie et d'autres disciplines aux enfants, il compte beaucoup sur la nouvelle génération du village et notamment sur Oleg. Dans ses conversations avec Oleg, sa mère et les autres il craint que plus le temps passe plus les enfants s'attachent à la forêt et à la vie « sauvage ». Il propose de former une expédition, qui va comprendre Oleg, Dick, Mariana (ces deux derniers sont des jeunes gens du même âge qu'Oleg) et Tomas (ancien membre de l'équipage du vaisseau), et de l'envoyer vers le vaisseau « Le Pôle » pour qu'ils rapportent des livres restés au bord du vaisseau. Certaines personnes (y compris la mère d'Oleg) ne sont pas d'accord avec cette entreprise. Elles ont déjà accepté leur situation et ont peur de perdre leurs enfants.

Cependant, Oleg cherche de lui-même à franchir le passage et à voir le vaisseau qu'il ne connaît que par des conversations du Vieux et de sa mère.

Oleg, Dick, Mariana et Tomas partent tout de même en expédition vers le vaisseau. Le passage à travers les montagne coûte la vie à Tomas. A l'aide des cartes de ce dernier, Oleg, Dick et Mariana trouvent le vaisseau, prennent tout ce que le Vieux leur a demandé et retournent au village.

En utilisant des livres ainsi rapportés, Oleg se met à étudier le mécanisme du vaisseau afin d'obtenir les connaissances techniques nécessaires pour pouvoir établir la liaison avec la Terre.

Quelques temps plus tard, il décide de construire un ballon pour pouvoir se déplacer vers le vaisseau et éviter le passage pénibles à travers les montagnes. A l'aide de Sergueev (ancien membre de l'équipage) il réussit à plusieurs reprises à faire des vols d'essai avec ce ballon. Un jour, en plein vol d'essai avec Segueev, il découvre tout à coup un point noir dans le ciel. Sergueev le regarde attentivement et voit que c'est un Scout, appareil de recherche scientifiques. Donc, cela signifie que l'expédition géologique qui l’a lancé doit se trouver quelque part pas loin... Sergueev détermine la direction du vol du Scout.

 

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Dit comme ça, ce texte semble d'une banalité rare. Mais l'auteur, au moment où il a publié ce roman, avait déjà pas mal d'expérience en tant qu'écrivain populaire, et il va de soi qu'il a ajouté à cela une bonne dose de réflexions. Des réflexions sur la notion de survie. Faut-il vraiment survivre à tout prix? Ces gens vivent dans une misère crasse, entourés d'un environnement particulièrement hostile. Boulytchov tient compte du fait que sur une autre planète, la vie sera nécessairement hostile à l'homme, ne serait-ce qu'au simple niveau biologique: le risque d'empoisonnement ou d'allergie est donc permanent, et les morts sont nombreux (le village possède plus d'habitants dans son cimetière que dans ses maisons).
Mais pourtant ils ont des enfants. Et ces enfants s'adaptent, font de ce monde le leur. Pour certains d'entre eux, la forêt n'est plus dangereuse ou si peu. Et c'est là que s'ouvrent les réflexions de Boulytchov: les parents sont particulièrement divisés face au risque d'ensauvagement, d'oubli. Certains ne veulent pas entendre parler de cela, et essayent d'enseigner à ces enfants l'histoire, la géographie de la Terre, ce monde qu'ils n'ont jamais vu. D'autres au contraire voient d'un bon oeil que ces enfants soient mieux armés qu'eux pour la survie.
Et l'expédition vers le vaisseau est justement le prétexte à la confrontation entre ces points de vue, une confrontation entre Oleg, mémoire vivante d'une Terre qu'il n'a jamais vu, un garçon rêveur et idéaliste, et Dick, le parfait chasseur ("c'est moi le plus fort" dit-il régulièrement), garçon d'un pragmatisme rare, réaliste au point d'en être cruel. Et ainsi le lecteur se retrouve pris entre deux feux. Il ne peut qu'approuver le pragmatisme de Dick, ne peut que le trouver raisonnable. Et pourtant il ne peut non plus être insensible aux rêves d'Oleg, rêve de visiter enfin ce fameux vaisseau qui, bien qu'endommagé, recèle encore nombre de trésors civilisationnels (des livres!), et puis aussi la mémoire de son père.
Dick ne pense qu'à la survie, Oleg pense à ses connaissances, à ses réflexions sur le monde.



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Mais Boulytchov ne profite pas de cela pour allourdir son propos de longues considérations philosophiques ennuyeuse: il distille cela au fil de pages, le plus souvent dans les propos de ses personnages. Il est avant tout un écrivain pour la jeunesse, et cela se sent dans ce roman, qui, bien que destiné aux adultes, est parfaitement lisible par tout adolescent. Car son style est simple (mais pas simpliste!), il privilégie l'efficacité à la recherche, plonge immédiatement le lecteur dans l'action (dès les premières pages on assiste à une attaque du village par des "chacals", par exemple). On tient alors là un livre dont les pages se tournent avec aisance. De l'aventure, de la passion, et de la réflexion. Le cocktail idéal. On comprend pourquoi il est devenu avec le temps un classique.

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