07.05.2009

Vladislav Krapivine - Les Enfants du flamant bleu

Drôle de défi qu'on tenu à reveler les éditions Delahaye (l'éditeur du célèbre illustrateur du scoutisme Pierre Joubert): publier de nos jours les oeuvres pour la jeunesse d'un auteur soviétique, Vladislav Krapivine. Pire, non seulement Krapivine écrivait pour la jeunesse, était soviétique, mais aussi écrivait de la Science Fiction et de la Fantasy...

Mais Krapivine n'est pas n'importe qui. Immensément célèbre encore maintenant en Russie, il est traduit en de très nombreuses langues, et seule la France semblait jusqu'ici l'ignorer. Pourtant, il n'y a rien de plus périssable qu'une oeuvre de littérature pour la jeunesse: des romans sans téléphones portables, sans ordinateurs, sans télévision même sont-ils donc encore recevables de nos jours? La réponse est, à nos yeux, bien évidemment oui. Prenons l'exemple du premier paru, Les Enfants du flamant bleu (Дети синего фламинго) paru initialement en en 1982 mais édité donc par Delahaye en 2004, sous une traduction de François Doillon, Tatiana Movtchan et Julien Tissen.

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Génia est un petit garçon comme les autres. Âgé de 11 ans, il passe son temps libre à jouer au chevalier avec ses camarades, s'étant fabriqué pour l'occasion des armes en bois. Mais voilà qu'un homme étrange lui fait croire qu'il le prend pour un authentique chevalier, et lui demande de venir l'aider à débarrasser une île mystérieuse, Dvid, du dragon qui oppresse sa population.
Après avoir hésité, Génia n'écoute que sa générosité et suit l'inconnu vers cette île invisible.
Il y découvre ainsi une société gérée par un gouverneur à l'apparence débonnaire, et qui semble jouir de la paix et de la prospérité. Mais il se rend vite compte que cette situation de bonheur apparent à un revers: aucun écart par rapport à l'ordre établi ne peut être toléré. Ainsi, même les enfants ne peuvent rire trop fort ou jouer entre eux. Le stade de l'adolescence a par ailleurs totalement disparu, les enfants se transformant subitement en adultes accomplis. Il faut dire qu'ils vivent tous sous la menace de ce fameux dragon, qui paraît-il, les puniraient si l'ordre venait à être modifié. Comme le dit le gouverneur: "Il faut bien tenir les enfants dans la crainte, pour qu'ils ne se mettent pas en tête d'absurdes fantaisies. Autrement, qu'est-ce qu'on aura? D'abord ils vont sauter, courir et rigoler outre mesure, puis ils vont inventer des jeux interdits, puis quelqu'un va trouver que l'île manque de nouveauté... Et à la fin, quelqu'un pourrait avoir envie de changer cette vie..."

Génia va toutefois accepter de combattre le dragon. Mais le combat sera une mascarade: face à l'immensité du monstre, le garçon effrayé prend la fuite; il est capturé par les hommes du gouverneur, et condamné à mort, pour l'exemple. Le tout était en fait soigneusement mis en scène pour dissuader quiconque de se rebeller.

Pour Génia parviendra à s'enfuir de sa geole, puis il rejoindra un groupe d'enfant, mené par un adolescent, tous échappés des orphelinats de l'île et souhaitant vivre à l'écart de cet ordre établi qu'ils jugent trop strict et cruel.

Vladislav Krapivine, dans ce roman qui se lit d'une traite, produit-là une belle ôde à l'enfance, et surtout au passage à l'adolescence. Il remanie des éléments bien connus de contes populaires (le dragon oppresseur, l'aide fantastique d'un oiseau merveilleux, l'île invisible), mais il s'en sert pour adresser des conseils à ses lecteurs, conseils dont le plus important est tout simplement: jouissez de votre libre arbitre. Les adultes ne sont pas toujours les mieux placer pour vous dire ce qui est bon pour vous, et la société des dits adultes n'est pas nécessairement parfaite. Il ne pousse cependant pas les enfants à la rébellion (même si, dans ce cas précis, Génia et les autres sont amenés à se rebeller), mais bien à réfléchir sur le modèle de société qu'on leur propose, et de ne pas hésiter à le refuser.

C'est là une réflexion surprenante, pour un roman publié en 1983 dans une Union soviétique dont la société est alors plus sclérosée et moraliste que jamais. Mais cette réflexion est bien intemporelle, et en cela, cette traduction, même tardive, est donc particulièrement bienvenue.

On regrettera toutefois que l'éditeur n'ait pas apporté plus de soin à la composition du livre, qui grouille de lignes veuves et orphelines, ainsi que de césure mal à propos. De même, il est dommage d'avoir choisi de reprendre les illustrations de la deuxième édition soviétique, et non de la première. En effet, primitivement en couleur, elles passent très mal lors d'une impression en noir et blanc.

Pour exemple, voici la même scène dans la première édition (à gauche) et dans la deuxième (à droite):

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De plus, toutes n'ont pas été reprises, alors qu'elles le méritaient (l'illustrateur, pour les deux éditions est Evguéni Medvedev).
Mais peu importe: c'est le texte qu'il faut lire, les images ne sont que superficielles. Faites lire Krapivine à vos enfants!

 

  • Broché: 269 pages
  • Editeur : Editions Delahaye
  • ISBN-10: 2350470067
  • ISBN-13: 978-2350470061

 

Et pour mémoire donc, les trois autres romans de Krapivine publiés depuis chez le même éditeur:

Le Poste sur le champ des ancres (2006)

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Le Pigeonnier de Villenoix (2006)

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et L'Etincelle vivante (2008)

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Nous ne manquerons pas d'en faire la critique dès que possible.