29.03.2012

Marina et Sergueï Diatchenko - La Cicatrice

Nous vous le signalions il y a peu, La Cicatrice (Шрам, 1996) de Marina et Sergueï Diatchenko est sorti ce mois-ci en anglais chez Tor Books sous le titre de The Scar : il fallait donc que nous vous en parlions.

 

3812151766.2.jpgL'action se passe dans une grande ville, Karraven, où tout jeune homme est élevé depuis la plus petite enfance dans l'idée qu'un homme n'est pas un homme s'il ne porte pas une arme et s'il ne sait pas s'en servir. Egert Soll est le produit parfait de se système éducatif. Noble, jeune et beau, il est membre de la garde et si doué dans l'art de l'escrime qu'il est déjà lieutenant, et doté d'une réputation méritée d'invincibilité en duel. Ses adversaires vaincus – il en a d'ailleurs tué déjà deux – ne se comptent plus. De même qu'on ne compte plus ses conquêtes féminines, dont la femme de son capitaine ! Sûr de lui, rayonnant, Egert est en quelque sorte la star de la ville, dont tous les exploits sont connus, sauf évidemment des maris cocus. Mais voilà qu'arrive en ces lieux un jeune couple : un étudiant et sa future femme, une merveille de beauté. Histoire d'obtenir une conquête de plus, Egert drague lourdement la jeune femme tout en méprisant ouvertement l'étudiant, qu'il considère comme un sous-homme. Ceci se finira bien sûr par un duel, au cours duquel, lors d'une action maladroite, l'étudiant va trouver la mort. Aussitôt tué, aussitôt oublié : le duel ayant été fait dans les règles, il n'y a pas meurtre. Mais dans l'assistance se trouvait un vieil homme qui, quelques temps plus tard provoque lui-même Egert. Or le vieil homme s'avère être un redoutable bretteur, qui marquera définitivement le visage du jeune homme d'une cicatrice, porteuse elle-même d'une malédiction. A partir de cet instant, Egert devient couard. Tenir une arme lui fait peur ; franchir un fossé lui peur ; monter à cheval le terrorise à un tel point qu'il ne peut plus tenir son rang au sein de la garde. Restant d'abord enfermé, il va ensuite quitter la ville et s'enfoncer toujours plus loin des gens, jusqu'à, lors d'une tentative de suicide pathétique (même la mort lui fait peur), il se voit offrir par le doyen de l'Université d'une autre ville, une place d'auditeur. Mais le doyen en question n'est autre que le père de la jeune femme promise à l'étudiant tué par Egert...

 

 

 

3419620255.jpgRoman de fantasy, La Cicatrice est tout sauf une oeuvre d'heroic fantasy : sont personnage principal est le plus parfait exemple de l'anti-héros, puis qu'il est totalement dominé par la peur et incapable de faire preuve du moindre courage. C'est ainsi qu'une bonne moitié du roman nous narre avec une rigueur implacable sa descente en enfer, une longue description, particulièrement subtile, de l'apprentissage de la peur par quelqu'un qui ne l'a strictement jamais ressenti, et du coup de l'apprentissage de la honte par une personne dont le rang, la place à tenir dans la société excluent tout possibilité d'avoir honte d'une action, par fierté à la fois personnelle et familiale. Aussi quand Egert se rend compte que même la mort lui est refusée, accueille-t-il avec presque soulagement la proposition du père de sa victime. Une proposition qui lui permettra petit à petit de comprendre la nature de sa malédiction et d'essayer de trouver un moyen pour y remédier. Egert devra donc apprendre à être humain.

 

Marina et Sergueï Diatchenko ont la réputation d'écrire de la fantasy particulièrement portée sur la psychologie : avec La Cicatrice, cette réputation n'est clairement pas usurpée. Tout y est mené de façon subtile, sans manichéisme, sans céder à la facilité. Rarement un roman n'aura aussi mérité l'étiquette de « récit initiatique ». Initiation pour le héros, mais aussi pour sa victime survivante, Toria, la jeune femme qui va devoir apprendre à vivre quotidiennement avec tout près d'elle l'assassin de son promis. Deux chemins qui évidemment se croiseront.

 

Mieux, bien qu'attachés à l'étude de l'évolution interne de leurs personnages, les auteurs ne cèdent pas pour autant dans la passivité : si la magie est présente– c'est un roman de fantasy – mais discrète, l'action, elle, est régulière, apparaissant aux moments clés et relançant l'intérêt en faisant apparaître de nouvelles données. La Cicatrice est une oeuvre forte, impressionnante, qui entraîne le lecteur à filer sans cesse d'une page à l'autre tout en lui laissant en tête quantité de questions.

 

A en lire les quelques comptes rendus et critiques déjà parus outre-Atlantique, il se pourrait bien que le succès soit à la clé. Il nous reste donc plus qu'à espérer une chose : qu'il en soit de même en France !

 

 

 

A découvrir pour les non-russophones, le site officiel des Diatchenko en anglais.

 

Vous pourrez y lire une de leurs formidables nouvelles fantastiques en anglais (La Tour brûlée – The Burned Tower), et si vraiment ça vous plaît, n'oubliez pas que certaines de leurs oeuvres sont déjà traduite en français !

 

 

 

Une lecture de Patrice

 

03.11.2011

Marina et Sergueï Diatchenko publiés en anglais

Diatchenko.jpgVisiblement, le marché anglo-saxon de la SF et de la Fantasy est moins imperméable vis-à-vis des oeuvres en russe que le marché français. Loukianenko, Peroumov, Freï, Pekhov, et bien d'autres sont déjà traduits. C'est au tour de Marina et Sergueï Diatchenko, connus en France pour leur roman La Caverne (Albin Michel, maintenant disponible en poche), d'être édité chez Tor Books, avec La Cicatrice (Шрам, 1996), qui sortira en février 2012 sous le titre de The Scar.

Diatchenko2.jpgIl s'agit là de l'histoire d'un spadassin, un redoutable bretteur, Egert Soll, qui lors d'un duel tue un innocent étudiant. Défié ensuite par un inconnu surnommé le Pèlerin, il est blessé et marqué au visage par une cicatrice qui sera le signe de sa malédiction. Et pour lever celle-ci, Soll va se lancer dans un long voyage.

Cette parution est bien évidemment pour nous une bonne nouvelle, car elle pourrait relancer l'intérêt des éditeurs francophones pour ces auteurs brillants qui ont su donner une réelle épaisseur psychologique à leur oeuvre de fantasy.

14.05.2011

Les prix Interpresscon et Escargot de Bronze 2011

Du 6 au 9 mai dernier s'est tenu à Saint-Pétersbourg l'autre grande convention de l'Imaginaire russe (la première étant la Roscon à Moscou), l'Interpresscon, une convention qui fut comme à l'accoutumée l'occasion de remettre des prix: l'Interpresscon, l'Escargot de Bronze (prix décerné par Boris Strougatski), le prix Polden' (prix décerné par la revue Polden' XXI vek), et le prix Beliaev.

Nous ne donnerons que les résultats des deux plus importants, l'Interpresscon et l'Escargot de Bronze, les autres étant moins susceptibles de toucher un public autre que russophone.

Prix Interpresscon

Catégorie "Roman":

Diatchenko.jpg

 

Marina et Sergueï Diatchenko, L’émigrant, ou Brevi finietur (Мигрант, или Brevi finietur, 2010, Eksmo). Un roman signalé récemment par la revue américaine Locus.

Catégorie "Novella" ("Povest'):

 

Sviatoslav Loguinov, "L’axe du monde" ("Ось мира", Esli, 2010, n°3).

Esli3.jpg
Catégorie nouvelle :

Henry Lion Oldie, "Le rire du dragon" ("Смех дракона", Esli, 2010, n°3).

 

Prix Escargot de Bronze

 

Catégorie roman :

Tim Skorenko, Le Jardin de Jérôme Bosch (Сад Иеронима Босха, 2011, Snejniy kom).

Skorenko.jpg
Catégorie novella (povest’) :

Alekseï Loukianov, "Haute pression" ("Высокое давление", Polden’, XXI vek, 2010, n°1). Notons au passage que Boris Strougatski a de la suite dans les idées puisqu'il avait déjà primé cet auteur en 2009.

Polden.jpg
Catégorie nouvelle :

Maria Galina, "Soyez les bienvenus dans un beau pays !" ("Добро пожаловать в прекрасную страну!", Esli, 2010, n°8).