03.02.2009

Wolfhound / Volkodav

Une fois encore, nous allons nous permettre une petite incursion hors de la littérature, juste pour pouvoir présenter au public français ce qui lui est pour l'instant inconnu (et nous l'espérons, le restera encore longtemps), la BCF (Big Commercial Fantasy) à la russe.

Pour être honnêtes, nous n'avons pas lu le roman de Maria Semionova.

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Et pour être honnêtes aussi, nous n'avons guère l'intention de le lire, s'il est du même niveau que le film qui en a été tiré, et qui vient de sortir en DVD en France sous le titre de Wolfhound.
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Oui, vous lisez bien: Wolfhound, et non Volkodav, car la version française de ce film semble avoir été faite à partir de la version anglaise (ça coûte toujours moins cher en frais de traduction). Ainsi les noms des personnages sont translitérés à l'anglaise (par exemple Zhadoba au lieu de Jadoba), quand ils ne sont pas laissés tels quels ("Maneater" au lieu de "Cannibale").
Mais passons sur ces petits détails un tantinet agaçants et concentrons-nous sur l'essentiel. De quoi s'agit-il?
Le plus simple est encore de citer le synopsis fourni:
"Enfant, Wolfhound est témoin de l'assassinat de tous les membres de son clan par Zhadoba, le chef sanguinaire d'une armée de barbares. Réduit à l'esclavage, il devient un redoutable guerrier. Devenu libre, il n'a qu'une obsession : venger la mort de son clan. Il prend sous sa protection Elen, une princesse poursuivie par le même ennemi, et un jeune esclave. Ensemble, ils vont vivre des aventures fantastiques et vont devoir affronter tous les dangers."
Là, les amateurs de littérature de l'imaginaire peuvent d'emblée faire des bonds... Serait-ce un plagiat, ou une parodie, de Conan le Barbare(1)?
Pas le moins du monde.
De même, en avançant dans le film, on découvre le faciès du grand méchant Zhadoba (car dans la BCF il y a toujours un grand méchant). Et là en encore, les mêmes amateurs peuvent refaire des bonds... Serait-ce une reprise du tristissime Skeletor des Maîtres de l'Univers?
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Là encore, pas le moins du monde.

Car les références de ce cinéma russe sont autres.
En effet, la trame de Volkodav suit de plus ou moins loin celle d'un autre film, de 1944, à savoir Kochtcheï L'immortel (Кащей Бессмертный), du maître soviétique du film fantastique, Alexandre Roou.
Jugez-en:
Kochtcheï et ses troupes attaquent un village, le brûlent, massacrent tout le monde en enlevant une jolie jeune fille. Le héros arrive trop tard et part à la recherche de Kochtcheï.
Zhadoba et ses troupes attaquent un village, le brûlent et massacrent tout le monde, sauf le héros, qui survit dans un mine, comme esclave, en se promettant de venger tout son monde.

Ici les histoires divergent: Volkodav se met au service d'une princesse, menacée par le grand méchant. Mais...
En cours de route, le héros s'arrête dans une ville et y sauve un condamné à mort, qui deviendra son compagnon de route.
En cours de route, le héros s'arrête dans un village et y sauve une condamnée à mort, qui deviendra sa compagne de route.

Dans les deux cas, les grands méchants ont un aspect squelettique. C'est d'ailleurs surtout valable pour Kochtcheï l'Immortel:
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Dans les deux cas, les répères des grands méchants sont situés au sommet d'une montagne rocheuse et sans vie, et on ne peut y accéder que par un pont de pierre (amovible dans le cas de Kochtcheï):

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Dans les deux cas, évidemment, le héros vaincra le grand méchant au cours d'une bataille dans laquelle magie et force brute sont intimement liées:

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(Kochtcheï se fait régulièrement couper la tête, mais celle-ci repousse...)

Et bien évidemment le héros est vainqueur et va pouvoir épouser la gentille princesse.

L'hommage au film de de Roou dans Volkodav est donc particulièrement évident, mais est-ce seulement un hommage? En effet, Kochtcheï l'Immortel est une adaptation relativement fidèle d'un conte populaire russe qui a déjà été adapté à plusieurs reprises, en opéra par Rimski-Korsakov, mais aussi en peinture par Vasnetsov:
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Mais de toute façon, qui dit conte populaire, dit forcément archétype. Et c'est bien là tout le problème de la BCF: c'est qu'elle fonctionne par archétypes le plus souvent grossiers. Avec Volkodav, nous sommes en plein dedans. Aucun cliché du genre, finalement, ne nous est épargné. Pourtant la réalisation est plus qu'honnête, les trucages impécables. On ne s'ennuie pas une seconde, tant l'action est présente (avec des épées qui font dzinng! et des coups qui font chlock!).
Mais le niveau de réflexion est singulièrement bas, pour ne pas dire réduit à zéro.


Puisque nous citons Kochtcheï L'immortel (Кащей Бессмертный), il est possible de visionner ce film très court (64 min.) directement en ligne. C'est un film accessible même aux non-russophones, tant l'intrigue est linéaire et le jeu des acteurs expressionniste (c'est un jeu digne du cinéma muet). Et c'est un régal pour les yeux, avec des trucages extraordinaires pour l'époque.


(1) Notons que l'éditeur du DVD ne s'y est pas trompé puisqu'il nous a collé, en guise de musique pour le menu, le O Fortuna des Carmina Burana de Carl Orff, musique par ailleurs totalement absente du film...