29.08.2009
Ivan Efremov - Récits
Les Editions en langues étrangères soviétiques n'ont jamais su faire simple. Capables de multiples rééditions, rarement datées, elles sont le cauchemar du bibliophile. Ainsi, avec le recueil de nouvelles d'Ivan Efremov, il est difficile de savoir quelle édition précède l'autre, malgré un examen attentif de celles-ci. Nous en avons recensées au moins deux, sans doute trois. La plus ancienne est vraisemblablement celle-ci:

Belle édition in 8°, richement illustrée en couleur. Aucun des autres titres mentionnés sur les rabats de la jaquette de dépassant l'année 1960, il faut en déduire qu'elle se situe vers la fin des années 1950.
La suivante est donc probablement celle-ci:

D'un format plus petit, elle perd les illustrations en couleur de la version précédente, et c'est bien dommage.
Mais les textes, dans tout ça, que valent-ils donc?
Avant d'en parler, il convient de rappeler quelques petits éléments historiques, même si la plupart des connaisseurs de la Science Fiction ancienne sont déjà au fait. A la fin de l'époque stalienne, la Science Fiction russe et soviétique n'existe quasiment plus, en dehors de textes de bête anticipation technologique dont la distance de prospection dans le temps dépasse rarement les 5 ans. Seul Staline est visionnaire.
Mais il faut bien avouer qu'il est fort difficile de faire rêver la jeunesse avec des histoires de construction de pont par dessus l'Arctique...
Lorsqu'Ivan Efremov, alors encore géologue et paléontologue, publie ses premiers récits, qui seront réunis en volume en 1953, le succès sera immédiat. Pourtant, Efremov ne fait pas encore d'anticipation à long terme, cela viendra avec la remarquable Nébuleuse d'Andromède (le seul ouvrage encore réellement disponible en français de cet auteur, chez Eons). Pire, il parle du passé. De son passé, celui d'un aventurier explorateur, qui s'est retrouvé un peu par hasard à l'université. Mais aussi du passé de la Terre.
De fait, les Editions en langues étrangères ont eu bien fait de modifier le sous-titre du recueil. Celui-ci était primitivement Naoutchnaya Fantastika, c'est-à-dire Science Fiction. En français, c'est devenu "Récits scientifiques" ou "Contes scientifiques" (en fonction de l'édition). Une seule des nouvelles est réellement un texte de Science Fiction, la dernière, "Les vaisseaux du firmament". Les autres sont bâties le plus souvent sur le même principe: il existe dans un endroit peu peuplé (Sibérie, Asie centrale), une légende qui présente un phénomène merveilleux. Un explorateur, souvent un géologue, va démontrer à force de persévérence, qu'il s'agit en fait d'un phénomène naturel, qui pourra être dompté et devenir profitable à l'humanité.
De par leur sujet, les nouvelles d'Ivan Efremov font preuve d'un matérialisme et d'une naïveté qui pourraient être rédhibitoires, d'autant plus que les protaganisme font rarement preuve de personnalité, tous étant bâtis selon les mêmes schémas, du géologue aventurier un peu bourru mais au grand coeur, à l'adjointe (ou fille) du savant, toujours belle, toujours intelligente. Pas de méchant dans ces récits.
Alors comment les apprécier? Et comment donc expliquer leur succès.
C'est que Efremov est doté d'une bonne plume. Il n'a pas son pareil pour dépeindre une ambiance ou un paysage, pour plonger le lecteur dans des aventures qui sans cela seraient plutôt communes (après tout, les récits de voyages en Sibérie ou en Asie centrale ne sont pas si rares, surtout pour les lecteurs russes). Et cela donne à ces récits un charme fou, qui incite à l'évasion.
Paradoxalement, c'est la seule nouvelle de Science Fiction qui est la plus gênante. Car elle est aussi du coup la seule à être doté de développements idéologiques, dans lesquels on sent que l'Occident est devenu l'ennemi, contre lequel il faut développer l'arme nucléaire. Pire, ces développements sont maladroits, et semblent avoir été insérés après coup. Pourtant Efremov n'y parle pas de l'avenir, bien au contraire: un paléontogue découvre, dans des sédiments vieux de plus de 70 millions d'années, des fossiles d'animaux semblant avoir été tués avec une arme perforante. Mais c'est l'occasion pour Efremov d'essayer de définir ce qu'est une civilisation. Et donc d'avoir nécessairement une approche touchant à l'idéologie.
Mais il s'agit-il là d'un seul récit sur les huit proposés. Les autres sont, comme l'exprime bien le dessin placé sur la reliure, une fort belle invitation au voyage et à la découverte.
20:49 Publié dans (aut.) Ivan Efremov | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : efremov


