10.12.2009
Le sommaire de Dimension Russie
Le travail sur Dimension Russie avance. Et les traductions (qui sont cette fois-ci toutes de nous) sont maintenant achevées. Certes, il reste à tout relire et surtout à rédiger l'introduction et le dictionnaire des auteurs. Mais du coup, nous sommes tout de même déjà en mesure de dévoiler le sommaire:
Vladimir Pokrovski, "Avant propos"
Viktoriya et Patrice Lajoye, "Préface"
Pavel Amnouel, Le Rayon vert
Henry Lion Oldie, Relève-toi, Lazar
Marina et Sergueï Diatchenko, Les Ailes
Mikhaïl Ouspenski et Andreï Lazartchouk, "Le Jeune Communiste de Mordovie", sous-marin jaune
Andreï Salomatov, La Fête
Henry Lion Oldie, Viens me voir dans ma solitude...
Marina et Sergueï Diatchenko, Basket-Ball
Sergueï Pali, La Sirène
Iouli Bourkine, Le Papillon et le basilic
Tous les genres sont abordés dans ce sommaire, même si, en définitive, les textes réellement inclassables forment la majorité.
Allez, plus que quelques mois à attendre!

10:27 Publié dans (aut.) Andreï Lazartchouk, (aut.) Henry Lion Oldie, (aut.) Iouli Bourkine, (aut.) Marina et Sergueï Diatchenko, (aut.) Pavel Amnouel, (aut.) Sergueï Pali, (aut.) Vladimir Pokrovski, (éd.) Rivière Blanche, Auteurs russes, Auteurs ukrainiens | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dimension russie, rivière blanche
31.10.2009
Une revue ukrainienne: UFO
Il y a déjà quelques temps, nous vous faisions part de l'apparition d'une Science Fiction ukrainienne, qui tendait à prendre ses propres repères et à acquérir sa propre identité par rapport à sa consoeur russe, chose difficile du fait que beaucoup d'auteurs ukrainiens écrivent en russe et son publiés en Russie.
Le fait est que d'intéressantes structures apparaissent, favorisant ce phénomène, et notamment une revue, qui existe maintenant depuis plusieurs années, UFO - Commentateur Ukrainien du Fantastique (УФО - Украïнський Фантастичний Оглядач).

Au sommaire, quelques grands noms, comme Henry Lion Oldie, des interviews, des critiques, et surtout quelques nouvelles d'auteurs pour l'instant peu connus. La revue, qui publie quatre volumes par an, est bien entendu en ukrainien, ce qui explique que nous n'y soyons pas encore abonnés, notre maîtrise de cette langue n'étant pas suffisante. Il n'empêche qu'elle a bien du mérite d'exiter face aux poids lourds que sont ses consoeurs russes (Esli, Polden' XXI vek, etc.), surtout quand on sait que quasiment tous les Ukrainiens parlent et lisent le russe couramment.

13:46 Publié dans (aut.) Henry Lion Oldie, Auteurs ukrainiens, Revues | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ufo, УФО
06.03.2009
Quelques informations diverses
Voici quelques informations sur des publications importantes à venir:
Sergueï Loukianenko a achevé son travail sur le roman du fantasy humoristique L'Empoté (Недотепа). L’action du roman se passe dans une époque pseudo-médiévale. Le personnage principal est le jeune fils, nommé Empoté, d’un duc. Ce duc est détrôné frauduleusement. En essayant de recouvrer l’héritage de son père, le jeune homme devient le disciple d’un mage. Ce roman doit sortir en avril-mai aux éditions Ast.
Les écrivains de Kharkov Henry Lion Oldie et A. Valentinov ont terminé la rédaction du troisième et dernier livre du roman Alioumen ou Opéra de la Terre (Алюмен, или Земная опера). Les éditions Eksmo envisagent de sortir au début de l’automne la partie finale de cette trilogie Le Mécanisme de la vie (Механизм жизни).
Les écrivains de Kiev Marina et Sergueï Diatchenko ont achevé leur nouveau roman intitulé Digital ou BREVIS EST (Цифровой, или BREVIS EST). Le livre doit sortir cette année aux éditions Eksmo.
31.12.2008
Henry Lion Oldie - La voie de l'épée
Après avoir publié la traduction des Parias du 8e commandement, d'Henry Lion Oldie, auteur bicéphale ukrainien, les courageuses éditions québécoises Keruss ont achevé cette année la publication de la trilogie de La Voie de l'épée.



La critique
L'émirat de Kabir, avec à sa tête le débonnaire Daoud Abu-Salim, est au coeur d'un vaste empire, un empire remarquable par sa stabilité: depuis des siècles, nul meurtre, nul crime n'y a été commis. Il faut dire que l'empire ne connaît plus aucun ennemi extérieur, et que sa population est habituée depuis longtemps à inculquer aux enfants, dès la naissance, le respect de la vie humaine. Pourtant les armes abondent: elles y sont même prestigieuses, et on se les transmet au sein des familles de siècle en siècle. Les duels aussi, sont nombreux, ainsi que les tournois. Mais les blessures y sont extrêmement rares: une discipline de fer fait que l'on contrôle ses coups. Ces duels sont d'ailleurs renommés « discussions ». Ainsi, les humains, hommes ou femmes, semblent avoir érigé l'escrime au rang d'art de vivre.
Reprenons.
L'émirat de Kabir, avec à tête le yatagan Shèshez Abu-Salim, est au coeur d'un vaste empire, un empire remarquable par sa stabilité: depuis des siècles, nul meurtre, nul crime n'y a été commis. Il faut dire que l'empire ne connaît plus aucun ennemi extérieur, et que sa population est habituée depuis longtemps à inculquer aux suppléments, dès leur naissance, le respect de la vie. Et pourtant les duels abondent, ainsi que les tournois. Mais les blessures y sont extrêmement rares: une discipline de fer fait que l'on contrôle les coups de ses suppléments. « Il est idiot d'abimer un supplément ». Ces duels sont d'ailleurs renommés « discussions ». Ainsi, les étincelants semblent avoir érigé l'escrime au rang d'art de vivre.
Tel est le postulat des Oldie dans cette curieuse trilogie: les humains sont persuadés de contrôler leurs armes, alors que les armes, nommées « étincelants », dotées d'une âme, sont persuadées de contrôler leurs suppléments humains. Les deux sociétés coexistent ainsi sans le savoir, sans se rendre compte que tout s'y mène en parallèle: lorsque deux humains discutent, leurs armes tiennent la même conversation.
L'émirat de Kabir est un havre de paix, et il en est ainsi jusqu'à ce que lors d'un tournoi, un étranger réussisse à trancher la main de Chen Ankor, supplément de l'épée Dan Guien, la plus fine lame de l'empire. Cet étranger fait partie d'un groupe d'anciens prisonniers capturés par des nomades, et venus avertir l'empire que ces peuples sauvages ne tarderont plus à se lancer à l'assaut de cette proie aisée, incapable de se défendre tant la violence lui répugne.
Secrètement, ces anciens prisonniers tentent de restaurer le goût du meurtre dans cette société qui l'a oubliée depuis des siècles. Et c'est Chen Ankor / Dan Guien, qui va se lancer à leur recherche, puis tenter de stopper Shoulma, la horde nomade. Mais sa mutilation, de la main droite, n'en fait plus un combattant. Qu'a cela ne tienne, n'ayant plus rien à perdre, il accepte, sur le conseil du bouffon de l'émir, de se faire poser par un étrange forgeron une main de fer, ancien gantelet d'armure d'un antique héros de l'émirat. Ce geste désespéré se transformera en miracle: non seulement la main finira pas s'animer, mais elle permettra de plus le contact entre Chen Ankor et Dan Guien. L'humain fera la connaissance de son épée et l'étincelant fera la connaissance de son supplément.
C'est donc un roman schizophrène que nous offrent les Oldie: deux personnalités en une seule, deux héros qui petit à petit n'en font plus qu'un, au point, en définitive, de se désigner par les expressions « Moi-Chen » ou « Moi-Dan Guien ». Et pourtant, il n'y a qu'une seule trame, un seul récit.
Le lecteur doit donc s'habituer à trois situations totalement différentes: dans le premier volume, chaque partie est dédiée à tour de rôle à l'épée, puis à l'humain. Il en est de même dans le deuxième, à la différence près que ces deux entités pensantes ont appris à communiquer, et ne s'en privent pas. Enfin, dans le troisième volume, même si les auteurs maintiennent cette alternance, elle n'est plus du tout sensible: la fusion des personnalités est telle qu'on n'y prête plus la moindre attention. C'est là un véritable tour de force littéraire.
D'une trame relativement banale (encore un grand empire menacé par de sombres hordes barbares), les Oldie ont réussi à tirer un véritable roman psychologique, doté d'une réflexion intéressante sur la place de la violence dans la société. Un monde sans violence est-il réellement viable?
La trilogie de La Voie de l'épée constitue donc une véritable innovation dans le domaine de la Fantasy, ce qui est, il faut bien l'avouer, une réelle prouesse dans ce genre très porté sur les stéréotypes.
La fiche technique:
Editions Keruss (Longueil, Québec)
vol. 1: Kabir, 2007, 210 p., ISBN 978 2 923615 02 8
vol. 2: Meilan, 2008, 268 p., ISBN 978 2 923615 03 5
vol. 3: Shoulma, 2008, 263 p., ISBN 978 2 923615 04 3
Les trois volumes sont traduits par Pavel Zakharov
L'interview
Russkaya Fantastika: Vous faites référence, tout au long du récit, à de grands textes épiques du monde entier (le Kalevipoeg, les récits sur Gesser Khan, ceux sur Niourgoun Boôtour le Yakoute, le Mahabharata, pour ne prendre que quelques exemples). En dehors du fait que cela trahit une grande culture, est-ce que cette littérature épique constitue pour vous une véritable passion?
Henry Lion Oldie: Depuis notre jeune âge, nous nous passionnons pour la poésie épique de différents peuples. Durant des années, nous avons assemblé chez nous une collection importante de livres. Ce sont des dizaines de volumes comprenant entre autres le Mahabharata indien, le Gouroulitadjik, des sagas scandinaves et islandaises, le Shah-nameh de Firdousi, le Kalevala, la Bibliothèque d'Apollodore, le Chant des Nibelungen, le Gesserbouriate, le kazakh Manas; les légendes du Japon, de Chine, de Géorgie, d'Afrique... En effet, la poésie épique, en dehors de donner des notions sur un peuple, pose carrément un ensemble de questions biens intéressantes – historiques, philosophiques, sociales, religieuses, sacrales, métaphysiques.
A l'époque, nous avons écris un roman épique, L'oppresseur bleu-sombre des créatures, Черный Баламут (traduction exacte du nom sanscrit de Krishna Janardana) dont la base était la grandiose poésie épique qu'est le Mahabharata. En utilisant ce texte de l'Inde ancienne nous avons soulevé une série de problèmes actuels, et à notre avis épineux, sur ce qui est tout naturel: la ruine des empires, les degrés de liberté dans une société structurée, les relations entre l'Amour, la Loi et l'Intérêt... Nous avons aussi écrit un Cycle achéen qui comprend les romans Il ne doit exister qu'un seul héros (Герой должен быть один) et Ulysse, fils de Laërte (Одиссей, сын Лаэрта) qui embrassent la réalité de la Grèce ancienne depuis la naissance d'Héracles jusqu'au retour d'Ulysse dans son foyer.
Il y a aussi dans d'autres de nos livres des passages avec des allusions épiques.
RF: Le motif de la main coupée remplacée par une prothèse métallique, et celui des armes dotées d'âme se retrouve chez les Celtes, en Irlande ancienne. Pourtant, ce sont deux motifs qui ont aussi été employés par un autre grand auteur de Fantasy, Michael Moorcock. Laquelle de ces deux sources est à l'origine de La Voie de l'épée?
HLO: En effet, le motif des armes qui sont douées de volonté et de raison s'observe dans les légendes de plusieurs peuples: non seulement chez les Celtes et les Irlandais mentionnés par vous mais aussi chez les Arabes, les Japonais, les Germains... Depuis des siècles, il était d'usage de donner des noms propres aux épées remarquables et on traitait vraiment ces armes comme des êtres humains.
En effet, ce paradoxe – l'animation et l'esthétisme des armes, malgré leur prédestination à verser le sang – nous a amenés à l'idée d'une utopie féodale, d'un monde où toutes les armes sont animées et douées de raison. De plus, ces armes considéreraient les gens comme leurs suppléments déraisonnables. Cela ne serait pas une « dérogation » mais une civilisation entière d'armes blanches qui n'accepterait pas de violence.
Cela nous a permit de parler avec le lecteur de l'agression comme partie intégrante de la mentalité de l'homme, et des moyens de son élimination ou de son domptage; ou encore de sa transformation en force créatrice, en art. C'est en effet notamment de cela que s'occupent tous les véritables arts de combat – auxquels, à propos, nous avons consacré trente années de notre vie, et dont nous continuons de nous occuper encore maintenant. Nous voulions écrire un livre sur le métier et l'art, sur le conflit des cultures et les valeurs de la vie...
Mais sur le sujet de la main artificielle « vivante », nous étions plutôt influencés par le récit de Jean Ray, La Main de Goetz von Berlichingen, qui nous avions lu durant notre jeunesse précoce dans un des recueils de l'imaginaire. Il y avait un tel chevalier avec une main de fer animée...
RF: Le monde de Kabir, est-ce un monde parallèle au notre, ou bien une métaphore du notre?
HLO: Il s'agit plutôt de notre monde avec une histoire et une géographie alternatives. Regardez la carte de l'Europe et l'Asie réelles, « rétrécissez »-la une fois à une et demi, focalisez autour d'un centre se trouvant approximativement sur le territoire de l'Iran. Et maintenant repartez en arrière de quelques siècles. Modifiez une série de noms géographiques, échangez-les contre d'autres (mais apparenté du point de vue étymologique et linguistique. Ajoutez un élément fantastique : l'existence parallèle de deux civilisations – celle des gens et celle des armes blanches raisonnables. Finalement vous obtiendrez le monde de Kabir. Kabir elle-même est Khoresm; Meilan est la Chine et Shoulma, la Mongolie. Et cetera.
RF: Le polémiste chrétien du 5e siècle Salvien (Salvianus) disait que les Barbares étaient un bienfait pour l'Empire romain, trop sûr de lui-même et surtout aux moeurs trop perverties. Il écrivait même: « les méchants croient voir un bien dans le mal qu'ils font ». Est-ce ce genre de pensée qui vous a animés dans l'élaboration des rapports entre Shoulma la sauvage et Kabir la civilisée?
HLO: L'idée est proche, mais dans notre livre l'affaire ne se passe pas tout à fait ainsi. En effet, ça n'est pas Shoulma la sauvage qui est venu à Kabir la civilisée. Si se vous vous rappelez, une certaine femme est venue à Shoulma de Kabir. Elle et son épée ont réussi à outrepasser en eux-même l'interdiction de tuer vieille de plusieurs siècles. Au final, en surpassant les Shoulmouces en affaires militaires et n'étant pas lié par l'interdiction de tuer, cette paire fut mise à la tête des hordes nomades, jusqu'à aller les conduire à la conquête de Kabir. Ce ne sont pas ces barbares-nomades qui ont attaqué Kabir. Ils y étaient poussés par des personnes originaires de Kabir. Avec pour but de ranimer à Kabir le savoir-faire oublié de l'usage primordial des armes - c'est-à-dire tuer. Ainsi, on a voulu, par la force, « combler » Kabir « de bienfaits ». Naturellement, rien de bon n'est sorti de cela. Au total les habitants de Kabir ont appris à tuer, en effet, mais cela a mis fin à l'utopie féodale. A la fin du roman, l'équilibre du monde est détruit par la poudre et l'arme à feu – créés là encore à Kabir. Qui est venu à qui est une encore grande question. Il nous arrive souvent, à nous-mêmes, de poser une mine sous nos murs personnels.
RF: A partir de quel moment peut-on considérer qu’une action est violente ou bien très dure ?
HLO: Il y a un proverbe, semble-t-il français qui dit : « Ma liberté d'agiter les poings s'achève auprès du bout de votre nez ». C'est littéralement la réponse à votre question. Quand elles sont issues d'une volonté agressive seulement extérieurement les actions n'apportent à quelqu'un aucun dommage réel – physique, psychique, patrimonial, social. Mais dès que cette limite est franchie commence la violence. Au final, la partie éprouvée reçoit un droit moral et juridique à la résistance. Cela se rapporte aux gens distincts, aussi aux États tout entiers. Mais d'autre part, il s'agit-là d'une spirale sans fin, et l'humanité balance tout le temps à la frontière de l'accident. La cruauté sans violence est impossible. Peut-être, la cruauté est-elle une forme intrinsèque de la violence. Ca n'est pas pour rien si dans la langue russe ce mot a la même racine que le mot « rigidité ».
RF: Quelle est votre opinion sur la peine de mort? De même, est-ce qu’une menace de guerre peut apporter un bienfait?
HLO: Quand nous regardons à la télé le passage en justice d'un maniaque, d'un assassin en série qui a ôté la vie à plusieurs personnes - parfois on peut regretter que la peine de mort ait été supprimée chez nous et dans plusieurs autres pays. Mais nous comprenons que c'est là une réaction purement émotionnelle. En effet, il y a des erreurs judiciaires. S'il se révèle au final que la personne était innocente, si elle a été condamnée à une peine de longue durée ou à la réclusion à perpétuité, on peut la remettre en liberté et restaurer la justice. Mais si elle est mise à mort, tu ne pourras plus la ramener à la vie. C'est pourquoi, en général, nous trouvons que la suppression de la peine de mort est une décision juste. La réclusion à vie, sans droit de la révision de l'arrêt, est une punition assez sévère pour les monstres.
Au sujet du profit qu'on peut tirer d'une menace de guerre... De cette menace le profit peut arriver. De la guerre elle-même, c'est peu probable. Oui, dans quelque situation concrète locale, la compréhension de ce que la partie adverse peut entamer des hostilités à grande échelle, est un facteur de modération. Mais dans l'ensemble, à l'échelle mondiale et historique, la menace de guerre, à notre avis, influence négativement les relations entre les pays, la confiance entre les gens, le climat psychologique global sur la planète. On tire beaucoup plus de dommages d'une menace de la guerre que de profit.
Et le concours
Organisé en accord avec l'éditeur, ce petit concours consiste tout simplement en ce que la première personne qui nous laissera dans les commentaires son adresse e-mail (avec les précautions d'usage contre les spammeurs) recevra gratuitement les trois tomes de la trilogie.
16:03 Publié dans (aut.) Henry Lion Oldie, (éd.) Keruss, Auteurs ukrainiens | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : henry lion oldie, Генри Лайон Олди
01.12.2008
Henry Lion Oldie - Une interview
Le site russe Mir Fantastiki a publié il y a quelques jours une copieuse interview des deux membres du duo constituant Henry Lion Oldie, à savoir Dmitri Gromov et Oleg Ladyjenski, résident actuellement à Kharkiv (ancienne Kharkov, Ukraine).
Nous reproduisons cette interview (avec autorisation), en préliminaire de notre critique à venir de la trilogie de la Voie de l'Épée, chez Keruss, et d'une autre interview spécifiquement consacrée à cette oeuvre, que nous réaliserons dans les semaines à venir. Vous pouvez donc dès maintenant faire un peu plus connaissance avec leur univers singulier.
« Nos sommes le théâtre »
Conversation avec Henry Lion Oldie
« Etre présent dans ses livres »
Mir Fantastiki - Bonjour Dmitri et Oleg. En cette époque de prédominance de la lecture facile, vous écrivez des oeuvres dont la compréhension n'est pas aisée. A quoi cela est-il lié?
Henry Lion Oldie - Nous écrivons les livres que nous voudrions lire nous-mêmes et, soit dit sans offenser personne, en nous choisissant nous-même comme repère. Il en résulte un rythme, une structure, une problématique, un système d'images: cela nous plait, nous pensons et sentons ainsi. Nous sommes très contents qu'il se trouve que beaucoup de gens pensent et sentent de la même manière. Il faut respecter le lecteur – il le mérite. Il faut le réjouir à l'aide d'une polyphonie sans lui refiler « une chanson de malfaiteurs » en lieu et place d'une symphonie.
MF - Presque tous vos romans, récits, nouvelles sont pleins d'idées, de philosophie...
HLO – Raconter simplement une histoire ne nous intéresse pas. Une histoire est un moyen de dire quelque chose de plus, ce qui tourmente et ne trouve pas d'autre issue. Entre les lignes, sous le texte et au-dessus de lui, il doit exister quelque chose qui représente la cause de la création d'une oeuvre. Ce que vous nommez « philosophie » est la position de l'auteur, ses réflexions, sa manière de voir le monde, ses propres déductions. S'il n'y a pas de tout cela, l'auteur est alors absent de son livre. C'est un fast-food à la sauvette.
Quant à nous, nous voulons être présents dans nos livres: saluer le lecteur, discuter avec lui, partager son opinion, échanger des idées et des sentiments. Il ne faut parler à haute voix, en public que quand il y a quelque chose à dire et quand il y a quelqu'un qui veut écouter, sinon il vaut mieux de garder le silence. C'est cela, notre philosophie – littéralement « amour de la sagesse ».
MF - Un autre caractère distinctif de vos livres est l'abondance de la poésie. Cependant, dans certains milieux, les épigraphes et les interpolations en vers sont considérées comme une béquille littéraire. Vous ne partagez probablement pas cette opinion?
HLO - Une béquille? Vous appelez ça une béquille. Mais avec ce genre du support on peut courir beaucoup plus vite et plus loin que n'importe quel snob des « milieux littéraires » mentionnés. La poésie est une manière particulière de voir le monde: concentration maximale des images, ressort du rythme, mélodie du coeur. Nous ne remarquons pas quand nous passons de la prose à la poésie. La poésie est la plus inutile chose au monde à en juger du point de vue de l'esprit utilitaire quotidien, et c'est pourquoi c'est la plus grandiose.
MF - Vos livres intriguent déjà par leurs titres. Qu'est-ce qui apparaît en premier: le titre ou l'oeuvre lui-même?
HLO - Ça dépend. Parfois, un titre apparaît dès le début du travail, mais parfois, à la fin même. Nous n'avons pas un seul stéréotype. Bien que nous cherchons pendant longtemps avant de comprendre: le titre de ce livre doit être comme ça et pas autrement. En tout cas, nous n'avons jamais été d'accord pour changer les titres de nos livre sous la pression des éditeurs ou des collègues.
MF - Dans vos livres vous soulevez souvent un sujet qu'on peut caractériser comme « la magie quitte le monde » (Tirmen; Mag v zakone - Le magicien légal; Bogadelnia – Asile; Tcherny balamout – Le trublion noir). Pourquoi ce phénomène est-il si intéressant pour vous?
HLO - Il ne s'agit pas de la magie. C'est la création, la source créatrice qui s'en va, laissant la place à la communication mécanique de l'information (Mag v zakone). La mort, en tant que revers imprescriptible de la vie, disparaît, et la vie quotidienne se retrouve déséquilibrée d'une manière capitale et assez dangereuse (Tirmen). La structure habituelle du monde, le système de lois qui font la réalité s'en vont et le nouveau monde avec de nouvelles lois ne devra pas obligatoirement plaire à ses habitants (Tcherny balamout). Une structure bien logique en apparence, crée sur un fondement si discutable comme « une larme d'un enfant » (Bogadelnia) s'écroule. Etc.
Nous écrivons presque toujours sur « l'époque de changements » parce que le caractère statique n'inspire pas. Et le vrai visage des héros se révèle lors des changements, d'un conflit précis, c'est comme un papier de tournesol. Le mot « magie » n'est pas tout à fait bien placé – âme, source créatrice, étincelle... Si l'âme quitte le corps mais que le corps continue à vivre – à quoi sert ce vampire?
MF - Est-ce qu'il est possible d'après vous, qu'un jour, l'avenir décrit par vous dans le space opera Oekoumène devienne réalité?
HLO - Pourquoi pensez-vous que c'est l'avenir qui a été décris dans « Oekoumène » (il n'y a pas de version française de ce livre, NdT)? Il n'y a rien de tel. Toute cette oeuvre s'est bâtie sur notre notion de l'« Univers alternatif ». Déjà, à l'époque où nous écrivions le cycle d'Achaïe, nous avons mis en usage pour nous les notions de Nomos et de Cosmos. Le Nomos est un monde habité, une civilisation; parfois un monde privé ou une patrie. Le Nomos des Grecs anciens, leur Oekoumène se présente ainsi: à l'ouest se trouve l'Océan, au Sud, l'Ethiopie, au Nord, les Hyperboréens. La Chine est totalement absente du Nomos d'un Grec! La Chine ne faisait pas partie de son « monde ». Il ne peut même pas être question de l'Amérique. Dans le Nomos de l'Egypte ancienne, il n'y avait pas d'Antarctique. Dans le Nomos des Chinois il n'y avait pas d'Irlande! Alors, nous avons eu une idée: que pourrait-il arriver si les Nomos ne se réunissaient pas en notre monde mais au contraire, se dissipaient dans tous les sens en formant des planètes/mondes différents. C'est ainsi que le cosmos de l'Oekoumène est apparu. Nous sommes étonnés des critiques qui disent que c'est l'avenir de l'humanité... De quelle humanité? La Terre n'y est pas prévue. Cela a été écrit clair et net dans tout le roman : « Aucune Terre n'a jamais existé. C'est un mythe! ». La Terre n'est mentionnée que comme le berceau mythique possible de toutes les nations.
Autre chose: il n'y a qu'une partie des idées évolutionnistes, par exemple celles que nous avons énoncées dans Oekoumène, qui peuvent se réaliser un jour: l'énergétique biologique, l'humanité sous forme d'ondes – c'est possible et même désirable.
MF - Vous écrivez souvent sur l'évolution de l'homme vers une nouvelle qualité. Pensez-vous qu'à force de développement et de perfectionnement des technologies informatiques cette transition s'est rapprochée?
HLO - On parle déjà d'un ordinateur qui aura pour une base un code génétique humain. Dans ce cas-là, le système biologique qui s'appelle « gens » peut changer à un point qu'on ne peut même pas imaginer. On a déjà parlé tout à l'heure de la variante de l'évolution de l'humanité sous forme d'ondes, qui prévoit le renoncement aux corps albumineux...
Mais même si le corps obtient le préfixe « super », que faire avec la mentalité? Avec l'âme? Ici l'ordinateur ne pourra pas aider. Et cela fait peur d'imaginer un « super-homme » qui pense par catégories schémas: bouffer, s'accoupler, régner sur ceux qui sont plus faibles, s'emparer du pouvoir... Dans ce cas-là, le « super-homme » se transforme automatiquement en un monstre. C'est cette question qui nous trouble toujours: comment rester un homme alors qu'on te met une bombe atomique dans chaque main, qu'on t'insère une aile à réaction dans les lombaires et des viseurs laser à la place des yeux?
« L'éternel est bien semblable dans tous les siècles »
MF - Qui, d'après vous, est le meilleur écrivain de romans d'anticipation? Pourquoi?
HLO - Nous, cela va sans dire. C'est comme ça. Et est-ce qu'il y a une autre réponse à une question pareille?
MF - Comment considérez-vous le fantastique actuel?
HLO - Comme n'importe quel courant, il se divise en deux-trois sous-genres principaux. Un grand pivot de la littérature de masse qui satisfait la demande et remplit les espérances: si on veut des elfes – il y aura des elfes, si on veut un vaisseau spatial – il y aura un vaisseau spatial, si on veut une aiguille dans l'oeuf de Kochtchei - il y aura une grande aiguille dure (Allusion à Kochtcheï l'Immortel, personnage maléfique des contes populaires russes, dont l'âme se trouve à l'extérieur de son corps, souvent dans un oeuf - NdT). Par dessus ça, deux affluents: l'avant-garde marginale – provocante, épatante, parfois irritante comme toute forge où l'on fabrique les procédés de l'avenir; et la tradition littéraire au meilleur sens du mot, où le fantastique sert tout d'abord de méthode, de moyen de vision originale du monde faisant ressortir la problématique du texte, cassant les stéréotypes des lecteurs et des auteurs.
C'est comme dans un conte: un tsar avait trois fils...
MF - Comment considérez-vous les tentatives de certains écrivains d'achever des livres des grands maîtres? Par exemple, le Cycle des Princes d'Ambre de Roger Zelazny « prolongé » par deux trilogies de prélude écrites par John Gregory Betancourt.
HLO - Malheureusement, nous connaissons pas de cas où ce genre d'achèvement ou de suite (préquelle, séquelle, etc.) s'est approché même un petit peu du niveau d'un texte initial. On comprend bien le désir de finir un roman inachevé d'un maître. On comprend aussi le désir de prendre part au monde littéraire d'un grand prédécesseur. Mais les résultats déçoivent.
MF - Et des oeuvres d'amateurs « inspirées par »? Comment prenez-vous les « fanfics » et les parodies de vos livres?
HLO - Si c'est drôle - on rit. Si un texte est bien écris, on sort la personne qui l'a écrit de la catégorie de « fanfics » et on l'applaudit. S'il n'y a que des coups d'épingles et des révérences à notre adresse – on hausse les épaules.
En général, tout commence par des parodies et des pastiches. Nous ne sommes pas une exception. Mais tôt ou tard, l'enfant n'est plus au berceau. C'est bien si la passion pour les « fanfics » reste un hobby agréable, mais il voudrait que ça soit un terrain de départ pour quelque chose plus grand et plus indépendant.
MF - L'apparition d'Internet est-elle un fait positif ou négatif pour votre oeuvre?
HLO - C'est un fait positif du fait que c'est un nouvel instrument utile: il est plus facile de communiquer avec un éditeur, d'obtenir l'esquisse d'une couverture de la part d'un dessinateur et proposer des modifications. On peut aussi trouver rapidement une information nécessaire pour le travail lorsqu'on n'a pas d'ouvrage de référence sous le coude.
Autre chose: il faut être fort et avoir des nerfs solides pour subir l'effervescence régulière des forums et des boîtes e-mail: « Il est au bout du rouleau! Il ne fait que du gâchis! C'est de la bibine... ». Faut-il donner raison au lecteur ou pas? Mais la plupart des propos se caractérisent par l'absence de tact (et d'orthographe aussi), et l'écrivain a une nature fine, créatrice: son coeur fait souvent les siennes. Et voilà donc, on se rappelle, en prenant un petit verre de valocardine (un vaso-dilatateur, NdT) la phrase suivante: « Reçois avec la même indifférence l'éloge et la calomnie... » (phrase du poème de Pouchkine, Monument, NdT). Vous connaissez la suite...
MF - Comment en Ukraine prend-on ce fait que vous écrivez en russe? Est-ce que vous avez essayé d'écrire en ukrainien?
HLO - On le prend normalement. On lit nos livres et en demande encore. Les marginaux-nationalistes ne comptent pas. On édite souvent nos livres en ukrainien: sept livres ont déjà parus et on en prépare encore. Nous révisons les traductions nous-mêmes, nous connaissons bien l'ukrainien, nous sommes bilingues tous les deux. Pour les éditions en ukrainien, Oleg Ladyjenski traduit souvent ses vers lui-même, pour éviter tout problème.
MF - Est-ce que la création d'oeuvres littéraires doit être une profession ou faut-il gagner de l'argent par un autre moyen?
HLO – C'est à chacun de décider lui-même. Le mot « doit » est inadmissible. La littérature ne doit rien à personne, même à ses créateurs. Dans les années 1990, malgré que pendant six ans aucun de nos livres ne soit paru, nous avons décidé de faire de la création d'oeuvres littéraires notre profession. A l'époque, nous n'avions pas d'argent mais d'un 'autre côté, si nous travaillions quelque part en dehors de la littérature, nous ne pouvions pas trouver assez de temps pour travailler à nos livres. En définitive, cela à marché. Mais le coup d'épée aurait pu être dans l'eau.
C'est bien si tu as une propriété et que tes paysans te versent une redevance. Alors, tu peux consacrer tout tes loisirs à un hobby littéraire. Mais quand tu rentres à la maison après un déchargement de wagons ou après un travail de dix heures dans un bureau, il est très difficile de retourner au livre sur lequel tu as commencé à travailler. Cependant, nous n'oserons pas donner de conseils à un écrivain débutant.
MF - Est-ce que notre réalité ressemble au fantastique des 18-19 siècles?
HLO - Qu'est-ce que ça veut dire - « ressemble »? Le critique Chasles (critique et historien de la littérature anglaise, 1798-1873 - NdT) a désigné La Peau de chagrin de Balzac en utilisant l'expression de « fantastique de notre époque». Dostoevski considérait « La dame de pique » de Pouchkine comme un fantastique excellent. Walter Scott écrivait: « A quoi nous pouvons nous résigner, tout au plus, quand il s'agit du fantastique? C'est sa forme qui éveille chez nous des idées agréables et attrayantes ». Sir Walter parlait plus ou moins de Hoffmann.
Si on analyse tout ce fantastique, alors, ni la vieille comtesse, ni le morceau de peau qui accomplit les désirs, ni le vase d'or, n'existent dans notre réalité. Mais d'un autre point de vue, la passion du jeu, et surtout, du gain à tout prix, le désir de réaliser un rêve, le rêve d'un artefact qui répond à des demandes – cela n'est-il pas éternel? Et voilà ce qu'il advient lorsqu'on parle de la présence d'Internet alors il n'y a rien de commun. Mais si on parle d'éternel – tout est semblable dans tous les siècles...
MF - Et comment voyez-vous l'avenir dans 100 ans?
HLO - Nous tâchons bien de vivre dans le présent sans essayer de faire d'avance des pronostics pour demain. En effet, c'est un grand problème: beaucoup de gens vivent dans le passé ou dans le futur, et ont ainsi plein de problèmes superflus dans le présent. C'est pourquoi dispensez-nous de cela, quand l'avenir viendra, alors, on verra.
« La création collective est une chose habituelle »
MF - Utilisez-vous un ensemble de règles en travaillant en tandem?
HLO - Nous avons trois règles:
- Ecrire ce que nous voulons et comme nous le voulons.
- Ne pas avoir honte de ce que nous avons écris.
- Ne jamais signer un contrat si un livre n'est pas fini.
MF - Quelles qualités doivent posséder les coauteurs?
HLO - La douceur et la rudesse – toute chose à son temps. La compréhension que le but est plus important que les ambitions, le sens des particularités d'un texte de l'autre, le savoir-faire de nourrir le feu, l'assiduité même si ça semble banal, et du talent, bien sur.
MF - Pour pouvoir vous voir il vous suffit de monter ou descendre l'escalier. Comment cela s'est passé?
HLO - Il y a huit ans, nous habitions dans des quartiers différents de la ville et nous avons décidé de changer d'appartement pour vivre dans le même bâtiment. Voilà comment ça s'est passé. Pour que le rêve se réalise, il faut beaucoup y travailler, c'est bien connu.
MF - Comment peut-on caractériser vos relations?
HLO – Dites-le nous vous-même: comment deux personnes doivent se traiter l'un-l'autre quand dès le plus jeune âge, elles jouent ensemble dans un théâtre, font du karaté, écrivent ensemble des livres, se partagent des honoraires sans scandales, habitent dans un (le) même bâtiment et avec tout cela, ont toujours envie de se voir?
MF - A quel point la création collective est-elle d'actualité maintenant?
HLO - Si on jette un coup d'oeil sur l'histoire de l'humanité, la création n'est pas d'actualité. Dieu a crée l'homme à son image – en ce sens que le Créateur a crée le créateur. Et une grande majorité de la population de la Terre se passe bien de la création, de cette image, tant individuellement que collectivement.
C'est une autre chose dans l'art: la création collective est une chose habituelle. Le théâtre: troupe, metteur en scène, dramaturge, dessinateur... L'orchestre symphonique ou, au moins, le quatuor d'instruments à cordes. Le cinéma: beaucoup de gens prennent part dans la création d'un film. Dans la littérature, à vrai dire, c'est plus complexe: l'individualisme est plus fort mais il y a aussi pas mal de duos, par exemple Ilf et Petrov, les frères Strougatski...
Il nous semble que le nombre de personnes qui travaillent à une oeuvre n'est pas le plus important. C'est le résultat qui l'est.
MF - Allez-vous publier des livres sous votre vrai nom?
HLO - Mais, comme qui dirait, nous nous ne cachons pas non plus, maintenant. Le nombre de lecteurs qui savent qui sont les Oldie dépassent de beaucoup celui de ceux qui ne nous connaissent pas. Ça fait déjà depuis longtemps que sur le dos des couvertures de nos livres se trouve la photo de Gromov et de Ladyjenski avec une petite information. On regarde et on comprend tout de suite – on les connaît. De plus, des annotations contiennent souvent les vrais noms.
Mais enlever complètement le nom de plume – ça ne sert à rien. Nous nous sommes tellement habitués à lui qu'il est devenu notre deuxième peau; et le lecteur lui-même s'y est tout autant habitué que nous. Henry Lion Oldie n'est pas la simple somme de deux personnes: Gromov et Ladyjenski, c'est aussi une troisième qualité particulière et il serait injuste de la perdre.
D'ailleurs, nous avons publié des livres écris en solo, sous nos vrais noms: un recueil de récits et de nouvelles de Gromov, Pout prokliatykh (La voie des maudits) et un recueil poétique de Ladyjenski, Most nad okeanom (Le pont au-dessus de l'Océan). Et actuellement aussi, nous pensons déjà à commencer la création d'une série particulière de nos livres où, au lieu du pseudonyme seront placés nos noms réels. Pourquoi pas? La « campagne des Cents Fleurs »: il y aura des séries avec les Oldie, il y aura d'autres séries où apparaîtrons Gromov et Ladyjenski.
Le principal est que les livres puissent trouver leurs lecteurs. Le reste n'est pas important.
MF - Une dernière question. Comment pouvez-vous vous caractériser? Etes-vous acteurs, spectateurs, metteurs en scène?..
HLO - Nous somme le Théâtre. Qui commence par le vestiaire (proverbe pour les spectateurs en Russie - NdT).
12:07 Publié dans (aut.) Henry Lion Oldie, Auteurs ukrainiens, Interviews | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : oldie, Олди, keruss
19.11.2008
Henry Lion Oldie - Les parias du 8e commandement
Les toutes jeunes éditions canadiennes Keruss, qui ont démarré leur activité en 2007, ont décidé de faire connaître en France Henry Lion Oldie, ce duo d'auteurs ukrainiens prolifique.
A leur catalogue, déjà quatre titres dont Les Parias du 8e commandement, traduit par André Cabaret:

C’est un étrange don que possèdent les enfants adoptifs du vieux Samuel le Turc, dans la Pologne du XVIIe siècle. Ils peuvent faire ce que personne ne devrait pouvoir faire. Ce sont des voleurs. Ils volent aux autres leurs pensées, leurs désirs, leurs habitudes et leurs connaissances pour les utiliser à leur tour.
Pour Marta, la plus jeune des enfants, la vie est moins simple. Elle a été dame de compagnie de la baronne von Eisendorf, à Vienne, où elle tombe amoureuse d’un voleur à la tire, Joseph le bon vivant. Alors qu’elle attrape la peste, Joseph vend son âme au diable en échange de la vie de sa bien-aimée. Il se suicide pour honorer son contrat. A l’ultime seconde, Marta parvient à dérober au nez et à la barbe du Grand Félon l’âme qui lui revenait de droit ! Une âme humaine, c’est lourd – rien à voir avec des désirs ou des savoirs… Marta laisse échapper l’âme de Joseph, qui se loge dans le corps d’un chien n’ayant qu’une seule oreille.
Les voici en fuite à travers l’Europe, poursuivis par le diable et ses sbires. Réfugiés au monastère de Yan, ils se rendent à Schaffliary pour l'enterrement de Samuel. C’est sûrement un piège. Les enfants décident de parcourir ensemble la route semée d’embûches.
Marta apprendra au terme du voyage pourquoi le diable la poursuivait avec tant d’assiduité.
La fiche technique:
Éditions Kéruss, 2007
isbn 978-2-923615-01-1
format 15×22,8 cm
226 pages
Et notre critique:
Disons-le d'emblée, ces Parias du 8e commandement constituent un roman tout à fait plaisant. D'abord par son cadre, inhabituel puisque l'action se passe à l'extrême sud de la Pologne du XVIIe siècle, en Galicie, région où cohabitent tant bien que mal diverses ethnies slaves ou non (Polonais, Ruthènes - dont les Gourals du roman -, Hongrois, Tsiganes, etc.). Ce cadre permet de développer une histoire riche en rebondissements dignes d'un Alexandre Dumas en grande forme.
Mais l'action, si elle occupe une grande place dans le récit, n'est pas ce qu'il y a de plus important. Les Oldie ont pris grand soin de bien développer l'idée de ces personnages étranges, ces voleurs dont la seule activité consiste à dérober des fragments d'esprit, des pensées, des souvenirs. Ni bons, ni mauvais, ils sont simplement libres de leurs actions, leur don ne leur servant le plus souvent qu'à acquérir une bonne place dans la société. Leur seule consigne, laissée par Samuel, leur père adoptif, ne jamais se frotter au diable, ce qu'ils ne manqueront bien évidemment pas de faire, bien involontairement. Ce sera alors l'occasion d'une réflexion intéressante sur le cycle des âmes, et sur le rôle du diable dans cet ensemble, un diable pathétique, finalement pitoyable, car ne retirant aucun plaisir de son action, bien au contraire.
Les Parias du 8e commandement, roman de fantaisie historique bien loin des boursoufflures anglo-saxonnes (et même de plus en plus françaises), sont un excellent roman populaire, dont la lecture est rendue aisée par un style clair qui ne prend toutefois pas ses lecteurs pour des imbéciles.
Tout cela donne du coup bien l'envie d'entammer la lecture des trois autres volumes publiés chez Keruss, la trilogie de La Voie de l'épée.
10:21 Publié dans (aut.) Henry Lion Oldie, (éd.) Keruss, Auteurs ukrainiens | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : oldie, Олди, keruss
09.11.2008
Lunatique
Depuis l'année 2005, les éditions Eons ont fait revivre le vieux fanzine créé dans les années 60 par Jacqueline Osterrath, Lunatique, et sous la direction de Jean-Pierre Fontana cette nouvelle revue, qui démarre au n°69 (le 68 étant le dernier numéro de Lunatique ancienne série), publie des auteurs de tous horizons et de tous pays.
La littérature de Science Fiction russophone est donc bien présente, grâce aux traductions d'André Cabaret, qui officiait déjà dans la revue Antarès.

10:04 Publié dans (aut.) Henry Lion Oldie, (éd.) Eons, Revues | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : henry lion oldie, lunatique, eons, Генри Лайон Олди



