12.02.2009
Anatoli Kim - L'Écureuil
Paru initialement en 1984 en Union Soviétique, L'Écureuil (Белка) d'Anatoli Kim est un roman qui appartient à un genre traditionnel particulièrement riche en Russie, mais qui justement après des décennies de réalisme soviétique, ne faisait alors que se relever de ses cendres, le Fantastique.


Le postulat de base de Kim est relativement simple: des animaux à forme humaine, appelés ici "garous", ont infiltré le monde des Hommes, vivant comme eux tout en gardant certains traits mentaux caractéristiques de leur espèce. Ces animaux sont plus ou moins conscients de leur nature, et un écureuil, le narrateur du roman, se prend à vouloir devenir un humain à part entière.
Drôle de personnage que cet écureuil. Craintif, voire carrément couard, comme tout ceux de son espèce, il est cependant doté d'un pouvoir qui lui permet de pénétrer les esprits de tout le monde, y compris des morts.
Au-delà du fait d'être une pure merveille de poésie, ce roman use donc d'un artifice stylistique rare dans le monde de l'Imaginaire: le récit y est raconté pour l'essentiel à la première personne, mais cette première personne n'est jamais la même, puisque, en bon écureuil, le narrateur passe d'un esprit à l'autre comme il passerait d'un arbre à l'autre. Ainsi d'un paragraphe à l'autre, et parfois même d'une phrase à l'autre, « je » n'est plus « je ». Seul le changement de ton, de style, permet de se douter qu'on change de personne, jusqu'à avoir une certitude grâce à un élément contextuel. C'est extrêmement déstabilisant, mais au final, cela produit un effet psychologique extraordinaire: l'auteur dévoile ainsi avec une précision de chirurgien sa vision du monde, de l'art (la plupart des personnages sont artistes) et de l'Homme, une vision à la fois belle et pessimiste, fortement teintée des théories de Pierre Teilhard de Chardin. L'Homme aurait ainsi toujours une part d'animalité en lui, et il ne tiendrait qu'à lui de la faire disparaître. On retrouve-là dans un autre domaine une idée chère aux frères Strougatski... Mais quel en serait le résultat?
C'est donc un texte difficile: il faut bien avouer qu'il nous a fallu plusieurs mois pour en achever la lecture. Mais l'effort fourni en vaut la peine car il s'agit là d'un livre sombre, mélancolique, très beau car servi par un style extraordinaire (et en français par la belle traduction de Christine Zeytounian-Beloüs), et surout riche de sens.
La fiche technique:
Broché: 379 pages
Éditeur : Éditions Jacqueline Chambon (mars 1990)
ISBN-10: 2877110362
ISBN-13: 978-2877110365
Drôle de personnage que cet écureuil. Craintif, voire carrément couard, comme tout ceux de son espèce, il est cependant doté d'un pouvoir qui lui permet de pénétrer les esprits de tout le monde, y compris des morts.
Au-delà du fait d'être une pure merveille de poésie, ce roman use donc d'un artifice stylistique rare dans le monde de l'Imaginaire: le récit y est raconté pour l'essentiel à la première personne, mais cette première personne n'est jamais la même, puisque, en bon écureuil, le narrateur passe d'un esprit à l'autre comme il passerait d'un arbre à l'autre. Ainsi d'un paragraphe à l'autre, et parfois même d'une phrase à l'autre, « je » n'est plus « je ». Seul le changement de ton, de style, permet de se douter qu'on change de personne, jusqu'à avoir une certitude grâce à un élément contextuel. C'est extrêmement déstabilisant, mais au final, cela produit un effet psychologique extraordinaire: l'auteur dévoile ainsi avec une précision de chirurgien sa vision du monde, de l'art (la plupart des personnages sont artistes) et de l'Homme, une vision à la fois belle et pessimiste, fortement teintée des théories de Pierre Teilhard de Chardin. L'Homme aurait ainsi toujours une part d'animalité en lui, et il ne tiendrait qu'à lui de la faire disparaître. On retrouve-là dans un autre domaine une idée chère aux frères Strougatski... Mais quel en serait le résultat?
C'est donc un texte difficile: il faut bien avouer qu'il nous a fallu plusieurs mois pour en achever la lecture. Mais l'effort fourni en vaut la peine car il s'agit là d'un livre sombre, mélancolique, très beau car servi par un style extraordinaire (et en français par la belle traduction de Christine Zeytounian-Beloüs), et surout riche de sens.
La fiche technique:
Broché: 379 pages
Éditeur : Éditions Jacqueline Chambon (mars 1990)
ISBN-10: 2877110362
ISBN-13: 978-2877110365
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