23.11.2008
Alexandre Gromov - Le Maître du vide
Alexandre Gromov fait partie de ces nombreux auteurs russes de Science Fiction apparus après la Perestroika. Prolifique, il a déjà publié de nombreux romans, mais c'est sur son deuxième, Le Maître du Vide (Властелин пустоты), publié en 1997 chez Eksmo et encore inédit en français, que nous voudrions revenir.

(On s'abstiendra ici de mettre la couverture de la première édition, qui est un exemple parfait de laideur. Les volontaires peuvent la voir ici).
La fiche technique:
Editions Eksmo
352 p. (pour l'édition de 2001)
ISBN 5-17-007067-5
Après diverses catastrophes, conséquences du progrès technique et d'une Grande Guerre interplanétaire, l'humanité renaît et de "nouveaux terriens" attaquent la Galaxie afin de coloniser d'autres planètes en utilisant des purificateurs dits "ordinaires" qui, conformément au programme qu'on leur a inculqué, y exterminent la flore et la faune potentiellement hostile, sans même regarder s'il y a du monde ou pas sur celles-ci. Un navire spatial, "La base des bases", dirige ces purificateurs. Son équipage comprend des mutants, sortes de cyborgs.
Dans ce context, un astronaute de la planète Siringue subit une avarie et se retrouve sur une planète inconnue.
Dans les premières pages du roman, l'auteur donne l'image d'une planète, Prostor ("Vaste espace"), où se trouve une société utopique et pastorale au sein de laquelle les gens vivent en harmonie avec la nature, utilisent des armes et des outils primitifs. Cette société ne connaît ni guerres, ni violence. Un des personnages principaux, Léon, est un chasseur.
Mais un jour, la vie paisible de cette société est troublée par des disques volants inconnus, qui tombent du ciel et détruisent les maisons, les gens, les forêts. Tout le monde est pris de panique. Entre-temps, dans le village où habite Léon, arrive un homme que tous appellent "Le Plus Intelligent". Il sait que ces disques ne sont rien d'autre que les purificateurs ordinaires. Le vrai nom de cette personne est d'ailleurs Sigmund, il s'agit de l'astronaute tombé il y a 50 ans. Il décide que pour se protéger de ces engins, la société doit s'armer, et donc fabriquer des canons, des tanks, des avions, etc. Mais pour organiser et mettre en état d'insurrection ce peuple, il lui faut trouver un leader. Sigmund - Le Plus Intelligent - choisit Léon (qui avait auparavant réussi à abattre un des disques à coup de sarbacane!) pour ce rôle, et peu à peu fait de lui un chef, une idole qui attire des milliers de gens. La puissance militaire de ce pays augmente, on construit des engins de plus en plus perfectionnés, et pour un certain temps, on réussit à repousser l'attaque des purificateurs (tout en subissant des pertes énormes).
Cette évolution très rapide, en à peine quelques années, entre le stade pastoral et le stade industriel, n'est rendue possible que par la découverte de ce qu'on devine être les restes d'un vaisseau de colonisation, d'où sont issus les habitants de la planète, dans lesquels on retrouve un robot possédant tous les schémas de construction nécessaires. Toutefois, la compréhenson de ces schémas, les expérimentations, se feront à un rythme assez hésitant, souvent au prix de vies humaines.
Léon établit une discipline sévère et devient le seul maître de cette société: son caractère change, il devient plus méchant, cruel, autoritaire. La fin du roman reste en quelque sorte ouverte: Léon veut installer sa société dans une grotte immense et continuer à faire s'accroître sa puissance militaire.
Voilà un roman bien intéressant. Le style est clair, voire même limpide (sauf peut-être dans les descriptions techniques), très inspiré en fait par la façon de faire des Strougatski (qui de toute façon sont les maîtres de la plupart des auteurs russes, stylistiquement parlant). Ce roman a donc un peu des faux airs de L'Île habitée avec cette histoire de naufragé supérieur aux autochtones et cherchant à les faire évoluer.
Cependant, on y décèle aussi des influences occidentales: d'abord celle d'une des nouvelles de Le Ciel est mort, de John Campbell, pour cette histoire de disques qui détruisent tout sans se poser de question; et du coup aussi des Berserkers, de Fred Saberhagen. Il y a aussi du Heinlein, quelque part.
Reste que la question centrale du livre est intéressante et propre à l'auteur, du moins présentée de cette manière: une société a-t-elle le droit de se fasciser pour survivre? L'auteur, tout en gardant une certaine distance, n'est bien sûr pas tout à fait neutre: il nous montre à la fin un Sigmund déçu par la tournure des événements. Mais il est vrai que c'est principalement au lecteur de faire son choix. Un choix douloureux...
12:41 Publié dans (aut.) Alexandre Gromov, (éd.) Eksmo, Auteurs russes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


