23.09.2011
Kir Boulytchev - Demi-vie - Projet "Kosmoopera" 19
Il fallait que l'on incorpore à un moment ou à un autre un récit du cycle du Docteur Pavlych, de Kir Boulytchev, dans le projet « Kosmoopera ». Ce cycle a en effet fait partie de ce qui s'est fait de mieux dans le genre. Nous vous avons déjà parlé du roman Le Village, une petite merveille, et nous avons édité chez Rivière Blanche deux novella : La Robe Blanche de Cendrillon et Le Grand esprit et les fugitifs.
Autant dire qu'il y avait peu de chance pour que la novella Demie-Vie (Половина жизни, 1972) ne nous plaise pas.
Nous sommes en 1958. Natacha est infermière. Héroïne de la seconde Guerre Mondiale, elle est malheureusement veuve et élève seule une petite fille, Olenka, qu'elle confie de temps en temps au frère de son défunt mari, Timofeï. Mais c'est alors que toutes deux sont en vacances chez lui qu'arrive l'improbable : Natacha est enlevée par un mystérieux vaisseau.
Bien des décennies plus tard, nous retrouvons le docteur Pavlych à bord d'un vaisseau d'exploration, dans une zone de la galaxie encore vierge de présence humaine. L'expédition vient tout juste de découvrir une épave. Un vaisseau extraterrestre totalement vide et inactif, qui dérive depuis plus de cinquante ans au moins. Un vaisseau énorme surtout, si massif qu'il est impossible de le remorquer tel quel. Pavlych est donc envoyé à bord, à charge pour lui d'explorer l'engin sans perdre le contact radio. Et quelle n'est pas sa surprise de découvrir un morceau de ce qui ressemble à du papier sur lequel il est inscrit en russe : « Je m'appelle Natacha ».
Et rapidement il parvient à mettre la main sur ce qui fut le journal de captivité de l'infirmière, une captivité à bord d'un vaisseau dont l'équipage est intégralement composé de robots et dont l'unique but est de passer de monde en monde pour capturer des spécimens, les conserver si possible vivants et sinon les placer dans des bocaux formant ce qui peut s'apparenter à un musée des horreurs.
1958 n'est pas une date choisie au hasard par Kir Boulytchev : c'est en effet l'année de parution de la première nouvelle de science-fiction des frères Strougatski, D'ailleurs (Извне, trad. Alain Cappon dans Antarès n°37-38, 1991), un récit basé justement sur le même postulat : un homme monte à bord d'un vaisseau spatial qui a fait escale sur Terre et se retrouve au milieu d'une immense ménagerie cosmique. Mais alors que le héros des Strougatski n'est qu'un passager clandestin, la Natacha de Boulytchev, elle, fait partie des échantillons prélevés. Elle se retrouve ravalée au stade de simple objet de curiosité, d'animal. Les robots ne font nulle distinction entre les créatures pensantes et les autres. Et c'est justement lorsque ceux-ci vont ramener à bord cinq être intelligents, mais, aux yeux de Natacha, d'une laideur repoussante (ils ont l'aspect d'holothuries), que celle-ci va être amenée une ultime fois à surmonter ses a priori pour faire alliance avec eux et tenter de s'évader.
Clairement, Boulytchev nous montre qu'il faut savoir surmonter ses différences, mettre de côté ses a priori sur l'Autre, pour faire face ensemble à l'adversité. Un propos simple, mais mis en scène dans un récit poignant, émouvant, et surtout vivant. Demie-vie, à l'instar des autres récits du cycle, se lit d'une traite. Il faudra donc bien un jour que l'on arrive à vous le présenter en français.
Notons pour finir que Boulytchev a partiellement recyclé une partie du début du récit pour en faire l'introduction du film en deux partie L'Épineux chemin des étoiles (Через Тернии к Звездам, 1980), introduction que l'on peut voir ici (avec sous-titres en anglais :
Une lecture de Patrice

09:35 Publié dans (a) Projet "Kosmoopera", (aut.) Kir Boulytchev, Auteurs russes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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Commentaires
Alors si je peux me permettre c'est 19eme billet dans le cadre du projet "Kosmoopera" (le 18 c'était : Trois récits martiens de Dmitri Bilenkine)
honte à moi car je n'ai pas encore lu La Robe Blanche de Cendrillon :(
Écrit par : Lhisbei | 24.09.2011
Oups! Effectivement, merci!
Écrit par : Patrice | 24.09.2011
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