16.09.2011
Vladislav Krapivine - Je vais répondre à mon frère - Projet "Kosmoopera" 17
Le Pigeonnier dans la clairière jaune, de Vladislav Krapivine, date de 1985. Mais cette oeuvre n'est pas née de rien. Bien des éléments dans la carrière de l'auteur l'annoncent, et notamment son tout premier récit d'importance (il avait déjà publié auparavant quelques nouvelles), Je vais répondre à mon frère (Я иду встречать брата, qui parut en 1962 dans la revue Le Trappeur de l'Oural (Уральский следопыт), puis en 1963 dans l'anthologie Fantastika 1963 (qui était décidément une bonne cuvée). 
Nous sommes sur la Terre, dans un lointain futur où les voyages interstellaires sont presque courants, mais se font toujours selon des vitesses relativistes, à savoir qu'en temps terrestre, une expédition dure des centaines d'années, pour au pire quelques dizaines à bord des vaisseaux.
Le narrateur, un archéologue, découvre la profonde amitié qui lie un jeune garçon avec un adulte, un cosmonaute. Et sa surprise est grande quand on lui dit qu'ils sont frères. Comment donc le cosmonaute, qui a passé plus de cent ans dans l'espace, peut-il être le frère d'un garçon de moins de 12 ans ? Pour le cosmonaute, la réponse est simple : « le petit-fils de mon frère est mon frère ».
Et le cosmonaute de raconter son histoire, bord d'un vaisseau, le Magellan, que l'on croyait perdu. L'histoire aussi de ce garçon qui se remémore par hasard l'existence de ce vaisseau, à bord duquel se trouve le frère de son grand-père, et qui va faire des pieds et des poings pour entrer en contact avec lui dès que, à la surprise de tous, on en apprend le retour dans le système solaire.
Et avec cette enchâssement d'histoire, Krapivine crée un récit émouvant, presque mélancholique, qui à la fois exalte la grandeur des cosmonautes, et même temps en dévoile la petitesse face au temps. Cette faiblesse de l'homme face à la nature va jusqu'au renoncement. Alors que dans nombre d'autres oeuvres de science-fiction soviétique, l'homme est tout puissant et peut (et même doit) modeler les mondes à sa convenance (Efremov déjà montrait comment l'humanité avait remodelé la Terre dans La Nébuleuse d'Andromède), Krapivine, par l'intermédiaire de son héros, s'y refuse. Alors que l'expédition a atteint un monde potentiellement vivable (l'atmosphère y est respirable), mais glacial ; alors que les autres cosmonautes veulent tenter de le réchauffer à l'aide de soleil artificiels, le héros, lui, s'y refuse, arguant que cette planète a sa propre beauté, et que ses formes de vie, toutes chétives soient-elles, méritent autant de respect que les autres.
Un message étonnant pour l'époque.
Nous disions plus haut que ce récit pouvait être un des ferments du Pigeonnier dans la clairière jaune. Cela se fait par le biais d'une scène unique : celle de l'apparition subite du garçon dans le cockpit du vaisseau tandis que le cosmonaute, fatigué, s'y retrouve seul. Un moment surprenant, plein de charme, qui introduit une touche de fantastique bienvenue. Cependant, Je vais répondre à mon frère a été intégré plus tard à un autre cycle de Krapivine, celui du Grand Cristal, dont nous aurons à reparler sous peu.
Une lecture de Patrice

13:56 Publié dans (a) Projet "Kosmoopera", (aut.) Vladislav Krapivine, Littérature jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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