28.08.2011

Gueorgui Gourevitch - L'Infra du Dragon - Projet "Kosmoopera" 13

 

Gueorgui Gourevitch (1917-1998) fut un des plus prolifiques auteurs de science-fiction soviétique : il aura en tout publié cinq romans et plus de soixante-dix nouvelles (nous avons déjà parlé de l'une d'elles ici). Rien ne le destinait pourtant à cela. Avant la seconde Guerre Mondiale, il avait entamé des études d'architecture, puis il fut mobilisé durant plusieurs années. Après l'armistice, il quitta l'armée, repris des études par correspondance et travailla comme ingénieur dans le bâtiment.

Son premier texte de science-fiction fut publié en 1946 : une simple histoire de sportifs qu'un produit miraculeux transformait en « hommes-fusées ». Il a en effet d'abord écrit des textes appartenant au genre de « l'Imaginaire à court terme », puisque seul ce genre pouvait exister sous Staline. Mais il a su évoluer par la suite et se tourner vers l'espace et à partir de la deuxième moitié des années 60, son œuvre commence à se teinter d'humanisme. Enfin, Gourevitch est aussi un théoricien du genre. Dès 1967, il publie un premier essai (Cartographie du Pays de la Fantaisie), essentiellement consacré aux œuvres cinématographiques, mais son action perdurera jusque dans les années 1980 où il patronnera, avec Dmitri Bilenkine, Evguéni Voïkounski et Arkadi Strougatski, le séminaire de formation de Maleevka.

Mais revenons à sa mutation, son passage de la SF à court terme à une littérature plus mûre. Elle ne s'est pas faite sans mal, et l'un des textes représentatifs de cette période est justement le seul de Gourévitch à avoir été traduit :Gourevitch.jpg

 

L'Infra du Dragon (Инфра Дракона, 1958), trad.: Louis Gaurin et Victor Joukov, in Le Messager du Cosmos, s. d. (probablement 1961), Moscou, Editions en Langues étrangères, p. 139-158

Un jeune ingénieur dans le bâtiment (comme par hasard!) a sans arrêt des projets fous. Il sait que le système solaire est quasiment inhabitable, et donc développe des plans pour, par exemple, placer Mars sur une orbite proche de celle de la Terre, afin d'améliorer son climat. Evidemment personne ne fait attention à lui sauf un vieil astronaute à la retraite, star de l'exploration spatiale. Celui-ci prête une oreille à la fois attentive et amusée aux théories de l'ingénieur, et reste convaincu lorsque celui-ci lui parle de la possibilité de naines rouges dont la température serait si basse (quelques °C au-dessus de zéro) qu'elles pourraient être comme des planètes habitables, chauffées non par un soleil, mais de l'intérieur. Et le vieil astronaute va convaincre les scientifiques de se lancer à la recherche de tels astres, on en découvrira non loin de la Terre : vite, une expédition est lancée, une expédition de trente ans, avec à son bord deux couples, le jeune ingénieur et le vieil astronaute.

En soi, la nouvelle est intéressante. Gourevitch cependant part de deux postulats peu crédibles : celui des étoiles froides et donc semblables à des planètes, et celui du commandement de la mission donné à un vieillard dont on avoue bien vite qu'il aura du mal à supporter les phases d'hibernation nécessaires pour abréger la durée relative du vol. Malgré tout, il parvient à redresser la barre grâce aux toutes dernières pages, un final merveilleux, attendu certes, mais bien troussé. Alors bien sûr, on peut lui préférer L'Astronaute, de Valentina Jouravleva (cf. Dimension URSS), texte paru plus tard, qui lui emprunte à la fois thème et trame générale, car la nouvelle de Jouravleva fait preuve d'un talent bien supérieur ; il n'empêche que l'Infra du Dragon est un texte important pour l'histoire de la science-fiction soviétique en pleine mutation. S'il est sans doute difficile de nos jours de le rééditer en français, il est toujours possible de le lire comme une curiosité.

 

Une lecture de Patrice

 

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