10.07.2011
Olga Larionova - Le Chakra du Centaure - Projet "Kosmoopera" 7
Il est assez rare qu’une série initiée à l’époque soviétique se soit continué ensuite. C’est pourtant bien le cas du Kreg couronné, d’Olga Larionova. Initiée en 1988, cette série de space opera comprend à ce jour quatre romans ou courts romans : Le Chakra du Centaure (Чакра Кентавра, 1988), Della-Wella (Делла-Уэлла, 1996), L’Evangile du Kreg (Евангелие от Крэга, 1998) et La Pipistrelle lunaire (Лунный нетопырь, 2005).
Jasper est un monde en apparence merveilleux. Cependant, il y règne une société de type clairement féodal. Des seigneurs s’y partagent le pouvoir. On s’y bat encore à l’épée, parfois même dans le cadre de tournois. Et pourtant les habitants de ce monde utilisent des robots et sont parfaitement capables d’envoyer des vaisseaux dans l’espace. Mais ils sont aussi aveugles, tous, et de naissance. Leur seul moyen pour eux de voir est de développer une symbiose avec d’étranges oiseaux, les Kregs, créatures intelligentes venues d’un autre monde. Chaque personne a son Kreg, perché sur ses épaules, et cet être guide son porteur à chaque instant, lui disant ce qu’il faut voir et comment.
Mais lorsque certains Kregs se sentent vieillir, on arme des vaisseaux, avec à leur bord une expédition militaire, chargée de trouver un monde vivable, d’éliminer toute présence hostile à sa surface puis d’y installer les oiseaux. Par présence hostile, on entend aussi, éventuellement, la civilisation locale...
C’est le parcours de l’une de ces expéditions que Le Chakra du Centaure nous fait suivre, un parcours d’autant plus intéressant pour nous qu’il aboutit au contact avec un vaisseau terrien, et que des Humains, exceptionnellement épargnés, seront emmenés sur Jasper. Un contact qui obligera certains habitants de cette planète à prendre conscience de leur état : celui de victime de parasitisme.
Voilà un roman vif, enlevé, à l’écriture fluide qui permet une lecture rapide. D’emblée Larionova nous plonge dans l’atmosphère de cette planète, offrant un contraste déroutant entre le côté féodal et l’aspect scientifique, qui laisse d’abord perplexe, mais qui finalement se tient. Cet état de fait, ce contraste effectivement peu naturel n’est due qu’à une situation qui est elle-même d’origine artificielle.
Politiquement parlant, ce livre est bien de son temps : il ne s’agit pas d’une critique du fascisme, mais bien du système soviétique : il n’est pas question d’une élite qui asservit le reste de la population, mais bien de l’ensemble de la population, qui, soumise à ce qui est ni plus ni moins qu’une forme de propagande, obéit sans même sans rendre compte. Une population passive qui n’a même pas conscience de son état. Cependant il parfaitement ce roman sans tenir compte de cet arrière plan politico-historique : Larionova nous donne à lire de l’aventure, de la romance, tout ceci donc dans un roman toujours actuel qui a légitiment conquis son public, au point de connaître de nombreuses rééditions. On ne peut malheureusement en dire autant des trois suites, qui semblent être d’un niveau bien moindre.
Une lecture de Viktoriya
17:20 Publié dans (a) Projet "Kosmoopera", (aut.) Olga Larionova, Auteurs russes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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