07.07.2011

Ariadna Gromova - Les Glègues - Projet "Kosmoopera" 6

Ariadna Gromova (1916-1981) est une quasi-inconnue en France, et seul le court roman dont nous allons parler ci-dessous a été traduit. Pourtant, c’est un personnage important de la SF soviétique des années 1960. Elle dirigea la section de science-fiction de la filiale moscovite de l’Union des Ecrivains, et si son oeuvre n’est pas très abondante (cinq romans, trois novellas, et trois nouvelles), son activité de critique a fortement participé au relèvement du niveau littéraire de la science-fiction soviétique, car elle fut active aussi à la réorientation du genre, visant à s’intéresser plus à l’homme qu’aux progrès technique. Enfin, elle fut aussi l’une des traductrices de Stanislaw Lem.

Le texte dont nous allons parler, les Glègues (Glegui (devenu en français La Planète des virus), date de 1962.

Gromova.jpgEdition originale de 1962 dans l'anthologie annuelle Fantastika

 

Un équipage d’astronautes arrive sur une planète inconnue. Cette planète a manifestement été habitée – les astronautes peuvent explorer des villes, des parcs, des souterrains–, mais il n’y a plus personne. A force de recherches, alors que les membres de l'expédition commence à être victime l'un après l'autre d'un mystérieux mal, ils découvrent une sorte de grotte, et il leur semble qu’il y a quelqu’un dans cette grotte – ils perçoivent en tout cas des mouvements, des bruits.

Ils voient qu’un des murs commence à devenir transparent, et derrière, des créatures qui ressemblent à des hommes-oiseaux apparaissent. Les astronautes, à l’aide d’un appareil, établissent une communication avec ces hommes : l’appareil créée un lexique et déchiffre leur langue. Ces hommes-oiseaux expliquent alors qu’il y a quelques années, leur gouvernement a ordonné aux savants de créer des êtres qui seraient semblables aux gens mais qui seraient totalement soumis, comme des robots, des esclaves.

Mais le mode de fabrication de ces créatures (en fait la contamination de gens normaux par un virus) est contagieux, et il s’est propagé rapidement comme une maladie, celle-la même qui touche les membres de l'expédition.

Gromova2.jpgPremière réédition en 1981 dans l'anthologie Zvezdnaya gavan'

 

Ariadna Gromova écrit dans un style plutôt littéraire (qui n'est pas vraiment rendu dans la traduction française) : elle n’a pas pour projet d’offrir une oeuvre purement divertissante ; elle veut faire réfléchir et emploie le vocabulaire nécessaire à cela. Mais cette exigence littéraire n’entraîne pas pour autant l’ennui car le message est fort : il s’agit d’une sorte d’alerte, dont la publication à l’époque soviétique est pour le moins surprenante. Bien sûr, les astronautes, soviétiques – on regrettera à ce titre leur peu d'épaisseur psychologique –, ont le beau rôle et se posent en sauveurs. Ce qui compte n’est pas l’attitude de ces astronautes, classiques, mais la situation développée sur ce monde étranger, et à ce titre ce qu'on devine de ses habitants est bien plus intéressant. Gromova met en place un gouvernement autoritaire, qui terrorise l’ensemble de la population, y compris les personnes les plus éduquées comme les savants – ces mêmes savants qui ont peur de parler aux astronautes, par crainte de représailles. Cela ne suffit pourtant pas au gouvernement, puisqu’il lui faut encore créer une nouvelle population d’esclaves. Il clair qu’a priori, Ariadna Gromova, faute de livrer des détails sur cette société extra-terrestre ou de faire la critique du capitalisme comme tant d’oeuvres l’ont fait avant, vise le mode de gouvernement soviétique – même si évidemment on peut interpréter Glegui comme une critique du fascisme. Certes, nous sommes encore sous Krouchtchev, et les écrivains bénéficient d’une relative liberté de parole. Il n’empêche que ce récit arrive singulièrement en avance, avant même L’Heure du Taureau d’Ivan Efremov (1965) ou le virage politique que vont plus tard prendre les frères Strougatki (à partir de 1963).

Ceci explique peut-être le fait que ce récit n’a plus connu de réédition jusqu’en 1981 où il intégrera une anthologie publiée par les pourtant très orthodoxes éditions Molodaya Gvardiya.

Ce texte a en tout cas fait l’objet d’une traduction par Danuta Dobosz-Falchi, dans Antarès n°14, 1984, p. 4-59.

 

Une lecture de Viktoriya et Patrice

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