30.06.2011

Igor Rossokhovatski - Ouragan - Projet "Kosmoopera" 4

Igor Rossokhovatski (né en 1929), est un auteur ukrainien à l’oeuvre particulièrement riche. Actif depuis 1958, son dernier roman est paru en 2002. Trois romans en tout seulement, mais dix-sept novellas, et des dizaines de nouvelles, sans compter un scénario de film.

C’est sans doute ce grand nombre de textes publiés qui lui a valu d’être traduit deux fois :

Le Maître (Учитель, 1970 en ukrainien, 1979 en russe), trad. (du russe) Jacqueline Lahana, in Leonid Heller, Le Livre d’or de la science-fiction soviétique, 1984, Presses Pocket, p. 175-183.

Qui seras-tu la prochaine fois ? (titre ukrainien : Яким ти повернешся?, titre russe : Каким ты вернешься?, 1967 en ukrainien et en russe), trad. (du russe) O. Sanson, Lettres Soviétiques, n°360, 1988, p. 94-110.Rosso1.jpg

Nous précisons « traduction du russe », car Igor Rossokhovatski étant ukrainien, ses textes ont d’abord été rédigés (et le plus souvent publiés) en ukrainien. Les deux récits en français sont donc des traductions de traductions.

Tous deux partagent le même sujet : les androïdes, que Rossokhovatski appelle « sigoms ». La première, bien que sympathique, n’emporte pas l’adhésion (et Leonid Heller la publiait déjà à titre d’exemple de cette SF déclinante des années 70). La deuxième lui est bien supérieure : elle montre le destin d’un scientifique mort lors d’un accident et réincarné en « sigom », un de ces surhommes créés en laboratoire. Non seulement ce texte est touchant, mais il fait aussi l’objet d’expérimentation formelle curieuse.

 

Cependant, c’est un texte tout autre donc nous voudrions parler. Un récit d’exploration de l’espace : Ouragan (Ураган, 1974).

Des astronautes terriens se retrouvent sur une planète inconnue, sur laquelle une précédente expédition a déjà disparu. Il n’y a pas de formes de vie développée sur ce monde. Mais il y a des ouragans, très forts, terribles, presque permanents.

Les explorateurs pensent que c’est pour cela qu’aucune intelligence n’est apparue ici. Un astronaute décide d’observer cette planète lors d’une période d’accalmie, et il découvre des grottes. Il s’y enfonce, pour fuir une tempête ; il a peur, puis il se sent fatigué, et voudrait se reposer. Il s’accroupit et sent que quelque chose, apparemment les pierres de la grotte, se transforme en fauteuil, pour son confort. Une voix hypnotisante se fait alors entendre pour l’enjoindre de rester dans cet endroit où se trouverait son bonheur. Des mousses, qui se développent dans la grotte, commencent à l’envelopper : il lui semble que ce sont elles qui parlent.Ouragan.jpg

Lui-même commence à se recouvrir d’écailles. Et une voix lui enjoint de protéger la grotte.

Rossokhovatski nous livre-là un récit particulièrement poétique, même si sa trame est celle d’un récit d’aventure plutôt basique : on y retrouve tout simplement le motif antique des sirènes. Cependant l’auteur y ajoute quelques variantes intéressantes, et surtout il laisse libre cour à une très belle plume. Les images mystérieuses et fantasmatiques s’enchaînent. La progression de l’ensorcellement est particulièrement bien menée, par exemple. De ce fait, il est assez étonnant que ce texte d’une trentaine de pages bien remplies, que ce soit en ukrainien (sa langue originale) ou en russe, n’aie plus connu de réédition depuis 1986. Il mérite pourtant toujours amplement le détour.

Une lecture de Viktoriya

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