29.12.2009

Alexandre Kabakov - Non-Retour

Il y a quelques semaines, nous vous parlions de La Brèche, novella de Vladimir Makanine, qui décrivait l'URSS au temps de sa chute. Il est temps pour nous maintenant d'aborder son frère jumeau: Non-Retour (Невозвращенец), d'Alexandre Kabakov, autre novella, quasi contemporaine (puisqu'écrite en 1989), portant sur le même sujet, mais d'une tout autre manière.

 

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En 1988, rien ne prédestinait vraiment Alexandre Kabakov a écrire ce texte. Connu, et même célèbre, comme auteur humoristique et satirique, on l'aurait mal imaginé dans la peau d'un auteur de Science Fiction. Mais, comme l'écrit Dimitri Savitski dans sa préface à l'édition française, usé par le perpétuel combat à mener comme la médiocrité ambiante d'un milieu éditorial qui a gardé une mentalité brejnevienne, il laisse éclater sa colère dans ce récit dans lequel il tente un portrait de Moscou en 1993. Un anticipation à très court terme, donc.

Résumons un peu. Un homme travail dans un Institut miteux qui semble s'occuper de propestive. Il est contacté par deux inconnus plutôt burlesques, qui l'envoient dans un futur proche, 1993 donc. Et dans ce futur proche, l'URSS a éclaté, littéralement. Un général prétend avoir pris le pouvoir, ouvrant la voie à une période que l'on appelle le Grand Nivellement. Les élites sont poursuivies, et surtout Moscou est livrée à une impitoyable guerre de factions. Notre homme se fait donc observateur, tout en adoptant le mode de (sur)vie des habitants. Se déplaçant perpétuellement armé, son unique but est de pouvoir rejoindre sain et sauf la Grand-Place, lieu relativement neutre où se font les distrubutions alimentaires (payantes).

 

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Là où Makanine écrivait un texte tout en symbolique, avec ses élites exilées dans un monde souterrain imaginaire, Kabakov, lui, nous plonge dans le réel, dans le cru. On trouve pourtant dans les deux récits la même idée de mouvement de foule bestial, de comportement idiot d'une société qui a totalement perdu ses repères. Bizarrement, le seul reliquat de civilisation subsistant reste les transports en commun: les bus, chez Makanine, le métro chez Kabakov, devenu refuge des plus pauvres et lieu de débauche pour la lie de la société. Qui paie les conducteurs, les obligeant à rester en poste? Nul ne le sait. On rejoint un peu l'idée du train qui fonce sans s'arrêter et sans savoir vers où de La Flèche jaune de Viktor Pelevine, autre novella sur cette URSS agonisante.

Devenu uchronique (s'il y a bien eu un soulèvement militaire en 1991, la guerre civile n'a pas eu lieu), ce récit n'en a pas moins conservé toute sa puissante évocatrice. D'autant plus qu'il subsiste malgré tout une note d'espoir. Certes, le 1993 de Kabakov est livré à la violence, aux exécutions sommaires, aux délires politiques. Mais cela reste une époque de liberté, que le narrateur finit par apprécier malgré tout.

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