11.10.2009

Vladimir Makanine - La Brèche

Chacun sait que la collection "L'Imaginaire" des éditions Gallimard est l'une des plus à même de faire paraître des romans trans-fictionnels, à la limite de la Science Fiction ou du Fantastique, sans en être vraiment. C'est pourquoi en 2007 elle a réédité sous la traduction de Christine Zeytounian-Beloüs du récit La Brèche, de Vladimir Makanine, publiée initialement en français en 1991.

 

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La Brèche (Лаз) est bien trans-fictionnelle, puisqu'il s'agit d'une allégorie du monde soviétique finissant. Ici, les intellectuels vivent dans un monde souterrain, passent leur temps dans un restaurant à discuter de philosophie et de politique. Pendant ce temps, à la surface, une nuit sans fin est tombée, ou du moins n'en finit pas de tomber, ne laissant pour voir aux habitants qu'une faible lueur crépusculaire alors que l'électricité est de plus en plus souvent coupée et que les piles se font rares.

Et le monde du dessus est livré au chaos. Les services s'arrêtent les uns après les autres, la nourriture se fait rare, des foules massives hantent les rues et happent quiconque vient à croiser leur chemin. Quelques chanceux parviennent à s'organiser et à trouver refuge dans des havres de paix improvisés comme d'anciennes datchas. Le héros de notre récit, lui, veut se creuser une grotte, un abri. Pour y placer sa femme et son fils, qui a quinze ans mais n'a que l'intellect d'un bébé.

Par chance, il est lui-même un intellectuel, curieusement resté à la surface, et l'accès du monde d'en dessous, dans lequel il peut s'approvisionner, ne lui est pas totalement fermé: une brèche lui permet d'y descendre. Mais cette brèche, petit à petit, se referme, et l'angoisse d'y rester coincer se fait de plus en plus forte.

Récit allégorique, donc, La Brèche, distillant l'absurde avec prudence, est un tableau qui dépeint la fin du régime soviétique, avec son intelligentsia totalement coupée de la base, et une base qui justement est livrée à elle-même. Tous les ex-Soviétiques se souviennent encore de ces magasins allimentaires vides, des trésors d'astuce qu'il fallait déployer pour simplement vivre dans un monde qui n'était non plus cruel (ce n'était plus l'époque de Staline), mais tout bonnement déshumanisé. Du coup, l'auteur emploi dans son récit un style chirurgical, aussi froid que précis, qui peut destabiliser le lecteur tant l'émotion y est si peu rendue. Pour éviter toutefois de lasser, Makanine a eu le bon goût de faire court, un povest', comme on dit en russe, autrement dit une novella. Et ce texte n'en est que plus percutant car sa richesse symbolique est immense.

La réédition de La Brèche est finalement une bonne chose, qui nous rappelle froidement une époque pas si lointaine.


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