12.04.2009

Alexandre et Sergueï Abramov - Cavaliers venus de nulle part

 

En attendant de reprendre avec plus d'assiduité le fil de l'actualité, payons-nous le luxe d'un nouveau retour sur le passé, en vous parlant des Cavaliers venus de nulle part (Всадники ниоткуда), d'Alexandre et Sergueï Abramov.

 

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Certes, nous avons déjà eu l'occasion de discuter de ce moment à diverses reprises sur quelques forums de Science Fiction, sans toutefois en faire la juste critique qu'il mérite.

Youri Petrovitch Anokhine est membre d'une expédition scientifique en Antarctique. Alors qu'il est isolé avec un véhicule tous-terrains, une brume rose l'entoure. Il s'évanouit, et lorsqu'il se réveille, il se retrouve en présence de deux véhicules strictement semblables, et d'un double de lui-même. Mais qui est l'original? Lui ou le double? Chacun dispose des mêmes souvenirs, chacun est persuadé d'être dans le vrai, jusqu'à ce que le nuage rose revienne et fasse disparaître le double et son véhicule.

Tel est le début de l'arrivée sur Terre de ces étranges extraterrestres que sont les nuages roses, dont les seuls activités consistent à enlever les glaces des pôles et de les envoyer dans l'espace, et de copier les humains. Créant d'abord des copies à l'identique, ils expérimentent ensuite sur la base des souvenirs de leurs « victimes », d'abord en recréant une France sous l'Occupation, réaliste mais déformée par les erreurs de mémoire de la personne à laquelle ces souvenirs appartiennent. Ils en viennent aussi à matérialiser une histoire en cours d'écriture et contenue seulement dans la tête de son auteur. Et tous ces espaces virtuels ont pourtant une réalité bien tangible: les personnes « vraies » qui s'y retrouvent peuvent s'y attirer bien des problèmes, et même y mourir car ces créations – y compris les armes – sont bien matérielles, jusqu'à ce que les nuages viennent les dissoudre.

Qui sont ces nuages? Pourquoi font-ils enlèvent-ils la glace et procèdent à ces créations étranges? D'où viennent-ils? Nous le saurons jamais. Et c'est là l'un des points forts de ce roman des Abramov père et fils: réussir une sorte de mélange entre Rama d'Arthur Clarke et Simulacron 3 de Daniel Galouye, autrement dit des thèmes de l'intelligence extraterrestre totalement incompréhensible et de la réalité virtuelle. Publié en 1968, ce roman était donc, en son temps, particulièrement novateur. On regrettera alors que sur cette intrigue particulièrement réussie viennent se greffer des personnages qui eux sont au sommet de l'insipide. Personnages soviétiques par excellence, ils sont parfaits, agissent en « héros », même lorsqu’ils sont en proie au doute. Bref, ils sont des modèles, là où l'on s'attendrait à ce que leur raison vacille. Mais ça n'est finalement qu'un petit inconvénient en regard de la solidité de l'intrigue et des descriptions qui font de ce roman une oeuvre importante.


Paradoxalement, et alors que les romans de Science Fiction soviétiques ont toujours eu du mal à faire leur place dans le domaine éditorial francophone, celui-ci a fait l'objet de deux traductions, toutes deux dues aux éditions en langues étrangères de Moscou.

La première, sous le titre Cavaliers venus de nulle part, est de C. Partchevski et est parue en 1975 aux éditions Mir (Moscou).

 

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La deuxième, sous le titre de Cavaliers de nulle part, est de Jean-Pierre Dussaussois, assisté de Jean-Georges Synakiewicz, et est parue en 1990 chez Radouga (Moscou).

Aucune des deux n'est parfaite, loin s'en faut (remarquez d'ailleurs la belle coquille de la version Mir: C. à la place de S. pour le prénom Sergueï). On préférera alors celle des éditions Mir pour de simples raisons de bibliophilie: il s'agit d'un petit livre relié fort agréable à lire, alors que les volumes publiés par Radouga sont brochés et fragiles (sans compter la laideur absolue de la couverture de cette édition, que nous ne montrerons pas, donc).


Enfin, rappelons pour le plaisir qu'une très belle nouvelle de Sergueï Abramov seul, Les habits neuf de l'empereur (Новое платье короля), que nous avons déjà signalée ici, a été traduite dans Lettres soviétiques n°344, 1987, p. 4-57, traduite par Harald Lusternik et précédé d'un avant propos de l'auteur sur sa carrière.


Les chances pour qu'un éditeur français traduise d'autres oeuvres des Abramov étant infinitésimales, ne laissez pas passer celles-ci.

Commentaires

Excellent roman effectivement !
Sylvain

Ecrit par : Sylvain | 19.10.2009

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