13.05.2009

Marina et Sergueï Diatchenko - La Caverne: une critique

Après publié la série des Sentinelles de Sergueï Loukianenko (en "littérature générale"!), voilà que les éditions Albin Michel récidivent avec La Caverne (Пещера), un roman de Marina et Sergueï Diatchenko initialement publié en 1997 chez Azbouka et disponible actuellement en russe chez Eksmo.

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Le monde de la Caverne est un monde étrange: on n'y connaît pas la guerre, les meurtres n'y existent pas, pas plus que les agressions et autres crimes et délits. Il faut dire que la population dispose d'un moyen radical d'évacuer ses pulsions: la Caverne. La nuit, tout le monde s'y retrouve, sous la forme d'animaux. Ces animaux diffèrent en fonction du caractère de l'individu. Ainsi, les "victimes" idéales de la société y apparaissent sous forme de "daines", de gracieux ongulés agiles mais sans défense, alors que les maîtres, ceux qui sont dotés d'un instinct de domination fort, s'y retrouvent sous la forme de "starks", de puissants prédateurs auquel nul ne peut échapper. Et entre les deux il est possible de trouver diverses formes de vie formant ainsi un écosystème stable. Et lorsque qu'un prédateur tue sa proie, on la retrouve au matin dans son lit, morte. Les médias annoncent alors: "Son sommeil était profond et la mort survint naturellement". Quand au prédateur, il se réveille en ayant tout oublié.
Nul ne peut donc échapper à un stark. Et pourtant, la jeune Pavla Nimrobets, une simple employée dans une chaîne de télévision, daine dans la Caverne, échappe trois nuits de suite à un stark qui semble la poursuivre. Pire: elle reconnaît en Raman Kovitch, un metteur en scène de théâtre de génie, son prédateur. Or en principe, on ne peut pas reconnaître quelqu'un croisé sous sa forme animale dans la Caverne.
Elle prend alors contact avec un service d'aide psychiatrique, où elle recontre Tritan Todine, un jeune homme qui va la soutenir, quitte à lui mentir, jusqu'à la soutenir et devenir son mari.
Pavla, de fait, va se retrouver au centre de toutes les attentions de ceux qui contrôlent la Caverne: elle est un cas unique, une personne dotée d'une chance phénoménale, que tous vont vouloir étudier, parfois comme un vulgaire cobaye. Petit à petit des factions vont se dévoiler au sein de ce pouvoir occulte, au point de transformer la jeune fille en victime d'une chasse en plein jour.
La Caverne a donc tous les ingrédients d'un bon thriller. Le lecteur est poussé petit à petit dans les doutes de Pavla sur sa propre santé mentale. Son amant est-il un traître? Raman Kovitch, ce metteur en scène grandiose, n'est-il qu'un bourreau, ou bien un bienfaiteur de l'Humanité en voulant mettre celle-ci face à ses pulsions dans une pièce de théâtre particulièrement audacieuse?
On bascule dans le doute en permanence, et ce jusqu'à la fin du livre.
Ce monde si particulier de la Caverne est-il une utopie gérée par des psychiatres bienveillants ou bien au contraire une dystopie, objet d'expérience de ces mêmes psychiatres? Là est le point fort du roman car c'est au lecteur de trancher, de faire son choix en fonction de ses propres affinités. Jamais les Diatchenko ne prennent partie, jamais ils ne dénoncent ou au contraire encensent ce système pour le moins étrange et en tout cas stable: il semble durer depuis au moins trois siècles! Et choisir entre utopie et dystopie s'avère particulièrement délicat: tous les habitants de ce monde sont au courant de la Caverne. Tous la craignent, et pourtant tous l'acceptent aussi, de plus ou moins bon gré. C'est là un des caractères nouveaux, en tout cas peu fréquent dans la littérature de l'imaginaire occidental, de ce roman.
On regrettera toutefois quelques petits défauts de structure interne, notamment des flash backs concernant Todine qui n'était pas vraiment utiles et qui tombent en plein milieu de chapitre. Mais ces petits défauts sont peu de chose dans un roman particulièrement original et prenant.

19.02.2009

Marina et Sergueï Diatchenko - La Caverne

Bonne nouvelle!

Le 4 mars prochain, paraîtra en librairie, chez Albin Michel, un roman des époux Diatchenko, La Caverne.

Espérons que ce roman, traduit par Antoinette Roubichou-Stretz, rencontrera le même succès que ceux de Sergueï Loukianenko, chez le même éditeur.

 


17.02.2009

Sergueï Loukianenko - Les Sentinelles du Crépuscule, la critique

Depuis la parution en France de son premier volume de la série des Sentinelles, Sergueï Loukianenko étonne les lecteurs de Fantastique et de Fantasy, par l'usage très ludique qu'il fait des archétypes de ces genres que sont les mages, les vampires, les sorciers... ici dénommés globalement « Autres ». Cependant comme cela arrive fréquemment avec les séries dont l'écriture s'étale dans le temps, on pouvait craindre un essoufflement.

 

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Que ses lecteurs se rassurent donc, avec Les Sentinelles du Crépuscule (qu'il aurait fallu écrire Les Sentinelles de la Pénombre), point d'essoufflement, ni de lassitude: Sergueï Loukianenko arrive à se renouveler en introduisant une forte dimension sociale dans son récit, qui en devient du coup d'autant plus passionnant.
Comme dans le précédent volume, l'auteur utilise ici une structure de récit ternaire: trois histoires sont racontées successivement, leurs éléments communs servant à tracer l'histoire générale, celle d'Anton Gorodetski, petit mage clair de deuxième classe, marié pour son malheur à une magicienne bien plus puissante que lui, et travaillant au Contrôle de la Nuit, cette police chargée de surveiller les agissements des Sombres depuis la signature du traité de paix en Clairs et Sombres, il y a des siècles de cela. Un Anton qui doute de plus en plus des bienfaits que les Clairs sont sensés apporter à l'Humanité, et qui s'interroge sur sa volonté de rester au sein du Contrôle.
Dans le premier récit, Anton doit enquêter au sein d'une résidence pour milliardaires, seul et sans l'aide de la magie, mais avec le soutien de Kostia, un vampire du Contrôle du Jour, et surtout de l'Inquisition, ce groupement de Sombres et de Clairs qui veille à l'équilibre des forces. Quelqu'un semble être en mesure de transformer n'importe quel humain en Autre. Tous sont conscients du risque que ce savoir fait peser sur le traité: quel camp sera en mesure de recruter ainsi autant d'Autres qui le souhaite et de faire pencher la balance en sa faveur?
Dans le deuxième récit, Anton, cette fois-ci en vacances avec sa femme et sa fille, se retrouve confronté bien involontairement à un groupe de loup-garous, et surtout à une très puissante sorcière, hors classe, et sortie de nulle part, vivant telle une Baba Yaga aux fins fonds d'un bois. Or cette sorcière semble posséder un antique manuscrit légendaire, le Fuaran, sensé contenir la méthode de transformation d'un humain en Autre.
Enfin, dans le troisième récit, Anton doit se lancer à la poursuite de celui qui semble être à l'origine de tout cela.
Passons sur les détails, afin de ne pas gâcher le plaisir au lecteur: le roman de Sergueï Loukianenko étant tout de même un roman de littérature populaire, reposant essentiellement sur l'intrigue, en dévoiler trop serait malvenu. Et venons-en à ce qui fait l'intérêt réel de ce volume.
L'effet de surprise initial n'étant plus présent, Loukianenko se renouvelle donc en livrant des parcelles de sa pensée sur la Russie contemporaine (celle de 2004, date de parution du volume). Et l'auteur ne se prive pas, par exemple, de fustiger ces nouveaux riches qui se construisent des appartements luxueux en plein Moscou sans être même capable d'en finir l'ameublement. Il tape dur aussi, et longtemps, sur la corruption des services sensés être « publics ». ll n'hésite pas à parler de l'alcoolisme, véritable fléau social, et il le fait sans pour antant condamner les alcooliques eux-mêmes, qu'il pose en victimes. Mais Loukianenko n'est pas Pelevine ou Sorokine. Plutôt que de s'apesantir sur les problèmes, il préfère décrire tout de même une Russie qui se redresse. Il ne se prive pas non plus pour lancer quelques petites piques discrètes vers l'Occident (« Une magicienne très prometteuse; on lui avait déjà proposé un transfert en Europe. Ils adorent récupérer les jeunes talents au nom de notre grande cause commune » - p. 21; ou encore: « Je suis allé acheter [...] du soda 'Baïkal' pour les plus jeunes. Ils auraient bien sûr préféré du Coca Cola. Mais je ne voulais pas qu'ils s'intoxiquent avec cette cochonnerie » - p. 92 – notons au passage que depuis Baïkal est devenu le nom commercial de Pepsi en Russie...). Mais il fustige aussi au passage les nationalismes de tout poil (« Plus ils sont divisés et mieux ils se sentent... Les Pétersbourgeois avec leur fructueuse célébration, les Kazakhs et les Kirghizes, prêts à présenter une foule d'arguments pour démontrer l'ancienneté historique de leurs Etats nouvellement créés et nos frères slaves que l'existence d'un frère aîné opprimait profondément. Et tous les Russes qui savent si bien se mépriser mutuellement de capitale à province et de province à capitale, sans parler des républiques autonomes et des régions. » - p. 329).

L'intérêt de ce roman de Loukianenko se retrouve finalement bien exprimé dans les rares allusions littéraires qu'il ose. Ainsi p. 286: "J'ai remarqué dans la corbeille à papier un livre à couverture criarde. Guesser avait donc vraiment passé la nuit à lire Golovatchev?". Or Vassili Golovatchev, écrivain bien réel, auteur prolifique, écrit des textes forts sympathiques, populaires (du space opera, de la fantasy), mais on serait bien en peine d'y rechercher de la philosophie. Le deuxième auteur mentionné par Loukianenko est d'une autre trempe puisqu'il s'agit des frères Strougatski, d'abord p. 284, par une brève allusion ("Le lundi, comme tu le sais, commence le samedi": le lecteur curieux pourra toujours comparer le Niitchavo des deux frères au Contrôle de la Nuit de Loukianenko), puis par une citation directe de Stalker (p. 397: " Le bonheur gratuit pour tous? Et que personne ne soit oublié?").

Si Loukianenko préfère les Strougatski à Golovatchev, ça n'est sans doute pas pour rien, puisqu'en définitive, dans ses dernières années, l'oeuvre des deux frères a quitté l'espace et le futur pour rejoindre la Terre et notre époque. On comprend mieux alors la fin des Sentinelles du Crépuscules: "Nous ne pouvons pas voler dans l'espace. Nous pouvons seulement nous efforcer de ne pas tomber."

 

08.11.2008

Sergueï Loukianenko - Les sentinelles du crépuscule

Ca y est: après plusieurs longs mois d'attente, le troisième tome de la trilogie des Sentinelles de Sergueï Loukianenko est enfin paru, le 6 novembre dernier, chez Albin Michel. Christine Zeytounian-Beloüs en assure toujours la traduction.

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Le mot de l'éditeur:

Vous appartenez déjà au monde des Autres, mais vous ne le savez pas… Les Sentinelles de la Nuit et Les Sentinelles du Jour, les deux premiers volets de cette série-culte, vendue a plusieurs millions d’exemplaires dans le monde, ont révélé l’extraordinaire talent de Sergueï Loukianenko et son univers, aussi élaboré et imaginatif que ceux d’un Tolkien ou des meilleurs Asimov.
Dans une Russie moderne et délabrée, des êtres aux pouvoirs surnaturels, les Autres, se fondent parmi les humains. Partagés entre forces de la Lumière et forces de l’Obscurité, ils se livrent, depuis plus de mille ans, une étrange guerre froide. Aujourd’hui, pour la première fois, ils doivent s’allier contre un ennemi commun. Un traître qui, au mépris de toutes leurs lois, aurait décidé de transformer un simple mortel en Autre. Mais dans un monde ou réalité et magie se confondent, les apparences sont souvent trompeuses…

« Un choc, le tour de force de rénover de fond en comble le roman fantastique. » Le Monde
« Du bon, de l’excellent fantastique d’une totale modernité. » Marianne
« Un détonant cocktail à base de polar, de SF, de fantastique, qui fascine. » Le Figaro
« Un véritable monde magique parallèle. » Métro

Et la fiche technique:
Format : 215 mm x 145 mm
432 pages
EAN13 : 9782226186607
Prix : 18.50 €

On remarquera au passage que le résumé de l'éditeur est aussi mauvais que sur le premier tome: on peut toujours chercher les points communs entre cette trilogie et les oeuvres de Tolkien et d'Asimov. Il n'empêche que le livre est excellent. La critique est maintenant ici.